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Avec ou sans masque dans les lieux publics clos : le casse-tête de l'exécutif

Le Premier ministre Jean Castex porte un masque, lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 8 juillet 2020.
Le Premier ministre Jean Castex porte un masque, lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 8 juillet 2020. © Gonzalo Fuentes, Reuters

Alors que la crainte d'une seconde vague de Covid-19 devient de plus en plus prégnante, le Conseil d'État a été saisi par des victimes du coronavirus et des professionnels pour enjoindre le gouvernement à rendre le masque obligatoire dans les lieux clos recevant du public.

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Les images d’un concert qui s’est déroulé à Nice samedi, sans distanciation, ou celles de spectateurs rassemblés au Puy-du-Fou, sans respect des gestes barrières ont suscité un tollé. Depuis plusieurs jours, le regroupement de plusieurs milliers de personnes dans le village de Saint-Parize-le-Châtel, dans la Nièvre, pour une rave-party clandestine, provoque également une vive inquiétude.

Résultat : l’exécutif est sous pression et sommé de réagir. Les appels à rendre le masque obligatoire dans les lieux publics clos pour lutter contre le Covid-19 ne cessent de se multiplier. 

Des victimes du coronavirus et des professionnels de santé ont notamment annoncé, lundi 13 juillet, saisir en urgence le Conseil d'État à ce sujet. "Après un effort surhumain du système de santé, il est urgent de prendre toutes les mesures possibles pour empêcher la deuxième vague", écrit dans un communiqué l'avocat Fabrice Di Vizio. "Et si le gouvernement ne souhaite pas prendre cette décision, s'il ne retient rien de la crise que nous venons de vivre, nous appelons aujourd'hui le Conseil d'État à l'y forcer", ajoute-t-il.

Cet avocat représente l'Association victimes coronavirus France et le Collectif des professionnels de santé C19, dont trois membres ont porté plainte, fin mars, devant la Cour de justice de la République contre l'ancien-Premier ministre Édouard Philippe et l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Pour Me Di Vizio, le masque doit être obligatoire dans tous les lieux publics clos, comme les magasins ou les restaurants. "Il faut que l'État soit mis face à ses responsabilités. Il va falloir que le juge le contraigne à prendre des mesures", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le préfet de Seine-Saint-Denis a déjà pris, lundi, un arrêté obligeant le port du masque dans les lieux clos recevant du public à Saint-Ouen-sur-Seine, après plusieurs cas de Covid-19 dans une école de la ville. Avec cet arrêté, le port du masque devient obligatoire dans "tout établissement clos recevant du public, que son activité soit d'ordre administratif ou commercial", indique la préfecture dans un communiqué. Sont notamment concernés les "commerces", "mairie", "services publics", "parties communes des hôtels".

Un appel de médecins

La saisine du Conseil d'État intervient quelques jours après la publication d’une tribune de plusieurs médecins dans Le Parisien appelant au "port du masque obligatoire dans tous les lieux publics clos". Intitulée "Masqués Mais En Liberté", elle met en garde contre "un possible redémarrage massif des transmissions".

"Il serait vraiment très regrettable de ne pas utiliser ces moyens efficaces et accessibles [pour freiner l'épidémie] que sont : le port du masque obligatoire dans tous les lieux publics clos, la distanciation physique autant que possible et le lavage des mains", plaident ces médecins dont le Pr Antoine Pelissolo et le Dr Jimmy Mohamed. Même s’ils reconnaissent que le masque "reste inconfortable", ils soulignent que contrairement au début de l'année, nous savons que son usage est une condition importante pour limiter la diffusion du virus "à condition que tout le monde le porte".

Interrogé à ce sujet lors de son déplacement en Guyane, le Premier ministre, Jean Castex, a indiqué dimanche que "la question de développer le port du masque est à l'étude", notamment pour les lieux clos, afin de lutter contre l'épidémie de coronavirus. "Dans la réglementation existante, dans un certain nombre de ces lieux fermés [comme les transports publics], le port du masque est obligatoire", a souligné le Premier ministre.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a lui aussi fait une mise au point dans un tweet : "Les gestes barrières ne sont pas une option. N’hésitez pas à porter un masque en toute situation, surtout si vous n'êtes pas sûr de pouvoir garder un mètre de distance avec ceux qui vous entourent. C’est par le civisme de chacun que nous préserverons la santé de tous ! #COVID-19."

Dans un tweet publié dimanche, le président Emmanuel Macron a utilisé la même formule insistant lui aussi sur le fait que les gestes barrières "ne sont pas une option". Le chef de l'État ne devrait pas manquer d’être interrogé au sujet du port du masque lors de l’entretien qu’il va accorder à des journalistes à l’occasion du 14-Juillet.

Il y a encore quelques mois, au début de la pandémie, les membres du gouvernement avaient pourtant affirmé que le port du masque était inutile. "Les Français ne pourront pas acheter des masques dans les pharmacies, car ce n'est pas nécessaire si on n'est pas malade", avait même déclaré Sibeth Ndiaye, alors porte-parole du gouvernement.

Les maires et les commerçants favorables

Comme l’explique France Bleu, de nombreux édiles se disent en tout cas favorables aujourd'hui à l’obligation du port du masque dans les lieux privés recevant du public. Il s'agit "d'une mesure de bon sens", selon Philippe Laurent, secrétaire général de l'Association des maires de France, maire UDI de Sceaux dans les Hauts-de-Seine. L'élu avait pris en avril un arrêté imposant le port du masque sur sa commune, qui avait été retoqué par le Conseil d'État. "Je n'ai pas changé d'attitude ni de conviction", explique Philippe Laurent, cité par France Bleu.

Les commerçants soutiennent également cette mesure. Francis Palombi, le président de la Confédération des commerçants de France, a expliqué sur France Info avoir envoyé "un SMS au président de la République" pour lui demander d'imposer le masque dans les lieux fermés. "Il faut absolument que l'État durcisse ses positions, et j'espère que monsieur le Premier ministre Castex va s'y employer", a-t-il ajouté.

Dans d'autres pays, cette question suscite aussi un vif débat. En Espagne, plusieurs régions dont la Catalogne ou les Baléares ont décidé de renforcer le caractère obligatoire du masque qui doit y être porté à tout moment sous peine d'amende. Au Québec, province canadienne la plus touchée par le coronavirus, les autorités vont rendre obligatoire le port du masque dans les lieux publics fermés à partir de samedi, selon les médias locaux, tandis qu'aux États-Unis, le gouverneur du Texas a rendu obligatoire le port du masque le 3 juillet.

 

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