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Ghislaine Maxwell, de l'ombre de Jeffrey Epstein aux néons de la prison

La procureure de Manhattan annonce les chefs d'inculpation contre Ghislaine Maxwell, le 2 juillet 2020.
La procureure de Manhattan annonce les chefs d'inculpation contre Ghislaine Maxwell, le 2 juillet 2020. © Johannes Eisele, AFP
5 mn

Héritière née en France, habituée des dîners mondains, Ghislaine Maxwell dort désormais en prison en attendant son procès pour avoir attiré des jeunes filles mineures dans les griffes de son ex-compagnon décédé, Jeffrey Epstein. Elle devrait plaider coupable lors d'une audience cruciale mardi, durant laquelle la justice doit décider de son éventuelle libération sous caution.

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Elle a fui la justice et les médias pendant des mois. Elle réclame à présent d’être libérée en attendant son procès. Ghislaine Maxwell, qui passe ses nuits sous haute sécurité dans une prison new-yorkaise depuis son arrestation il y a une quinzaine de jours, devrait savoir, lors d’une audience cruciale mardi 13 juillet, si la juge accepte sa requête.

La procureure fédérale de Manhattan en charge du dossier compte bien empêcher sa remise en liberté. Accusée d’avoir recruté des adolescentes pour son ex-compagnon Jeffrey Epstein – le financier américain qui s’est suicidé en prison en août dernier – Ghislaine Maxwell, 58 ans, présente un risque de fuite "extrême", selon Audrey Strauss.

L’héritière du magnat des médias Robert Maxwell possède une quinzaine de comptes en banque totalisant jusqu’à 20 millions de dollars, a souligné la procureure. Elle dispose d'un réseau de connaissances à l’étranger et détient trois passeports, dont un français : si elle se réfugiait outre-Atlantique, elle pourrait échapper à l’extradition.

Portable enveloppé d’aluminium

Les conditions de son arrestation, le 2 juillet dans le New Hampshire, poussent aussi à croire qu’elle pourrait être tentée de prendre la fuite. Lorsque le FBI a pénétré dans la propriété où elle se cachait et lui a demandé d’ouvrir la porte, Ghislaine Maxwell n’a pas répondu et s’est réfugiée dans une autre pièce, selon des documents de justice cités par le New York Times. Lors de la perquisition de la maison, la police a retrouvé un téléphone portable enveloppé d’aluminium, preuve qu’elle aurait cherché à brouiller les pistes.

Sa cavale a fasciné les Américains pendant près d’un an. Quelques jours après l’annonce du suicide de Jeffrey Epstein, une photo d’elle, attablée à un fast-food de Los Angeles, un livre sur l’espionnage sous le nez, faisait la une des tabloïds. C’est son ami avocate qui a pris le cliché dont l’intention n’est toujours pas claire à ce jour : s’agissait-il d’une provocation ?

Si c'est le cas, elle n'a pas duré bien longtemps : Ghislaine Maxwell a ensuite vécu cachée jusqu’à son arrestation. Le bureau de la procureure a donné quelques détails sur ses derniers mois passés dans le New Hampshire. La propriété de 63 hectares a été achetée en décembre par une société écran. Son frère a embauché d’anciens militaires britanniques pour assurer sa sécurité sur place et un gardien faisait ses courses à sa place.

Enfance dorée

Une vie recluse, loin de ses années jet-set et de son enfance dorée. Née en France à Maisons-Laffitte en 1961, l’héritière de l’empire Maxwell est la plus jeune d’une fratrie de neuf enfants. Élevée dans le grand luxe en Angleterre, elle fréquente la haute société britannique après des études à Oxford.

Son père Robert, à la tête d’une fortune estimée à 1,9 milliard de dollars, meurt en 1991 dans des circonstances troublantes. Il est passé par-dessus bord de son yacht, baptisé "Lady Ghislaine" en l’honneur de son enfant préférée, au large des Canaries, alors qu’il était gravement endetté. Ghislaine Maxwell a toujours cru qu’il avait été assassiné. Elle hérite d’une pension de 100 000 dollars par an et se lance dans l’immobilier aux États-Unis.

C’est à New York, au début des années 1990, qu’elle fait la connaissance de Jeffrey Epstein. Ils vont côtoyer ensemble l’élite de l’Upper East Side, Donald Trump et Bill Clinton compris. La relation entre les deux personnages reste mystérieuse. Ghislaine Maxwell est tour à tour décrite comme l’ex-compagne, la meilleure amie, la super intendante et la mère maquerelle de Jeffrey Epstein.

Histoires sordides

Une mine de témoignages a surgi en août dernier, lors de la publication de plus de 2 000 pages de documents liés à une plainte pour diffamation déposée en 2015 par une victime présumée, Virginia Giuffre. Plusieurs femmes accusent Ghislaine Maxwell de les avoir recrutées pour assouvir les besoins sexuels de son ami et de célèbres personnalités comme le prince Andrew d’Angleterre ou encore Jean-Luc Brunel, patron français d'une agence de mannequins. Virginia Giuffre affirme même que Ghislaine Maxwell participait aux abus que le financier lui faisait subir. Une autre femme, Johanna Sjoberg, dit avoir entendu Ghislaine Maxwell parler d’une de ses recrues comme de son "esclave sexuelle".

Les histoires sordides s’accumulent dans ces documents de justice. Une accusatrice, Sarah Ransome, affirme que le couple lui a retiré son passeport lorsqu’elle a été abusée sur l’île privée du millionnaire… un îlot des Caraïbes surnommé "Pedophile island". Un ex-majordome a pour sa part assuré avoir vu "plus de 100 filles" défiler dans sa résidence de Palm Beach sur une période de dix ans. Après chaque visite, il faisait le ménage dans la salle de massage et assure qu'il rangeait "les sex toys"… dans le placard de Ghislaine Maxwell.

Secrets bien gardés

Si cette dernière a reconnu en 2016 avoir embauché des masseuses pour Jeffrey Epstein, elle réfute tout caractère sexuel dans ces rencontres. À partir de 2008, quand le financier a été condamné pour sollicitation d’une prostituée mineure, elle a cessé d’apparaître en public avec lui. Mais le passé l’a rattrapée l’année dernière après l’arrestation de son ancien compagnon. Jeffrey Epstein n’étant plus en vie pour faire face à ses accusatrices, Ghislaine Maxwell est désormais au centre de l’affaire.

Visée par six chefs d’inculpation, dont ceux de participation à un réseau pédophile et d'incitation à la prostitution, elle risque la prison à vie. Lors de l’audience de mardi, les procureurs s’attendent à ce qu’au moins une de ses accusatrices s’exprime. Ils ont aussi affirmé que davantage de témoignages leur étaient parvenus depuis l’arrestation de l’héritière, de quoi renforcer leur dossier. Reste à savoir si celle qui a côtoyé les puissants cherchera à sauver sa peau en déballant ses secrets.

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