Accéder au contenu principal

Virus: à Mexico, la piste de danse du "Los Angeles" est vide

Un couple de danseurs mexicains Carlos Bueno et Patricia Rivera sur la piste vide de la piste de danse du "Los Angeles", à Mexico le 10 juillet 2020
Un couple de danseurs mexicains Carlos Bueno et Patricia Rivera sur la piste vide de la piste de danse du "Los Angeles", à Mexico le 10 juillet 2020 Pedro PARDO AFP
4 mn
Publicité

Mexico (AFP)

Trotski y a esquissé quelques pas, le peintre Diego Rivera, des intellectuels, s'y sont pressés aux côtés de guérilleros. Asphyxié par la pandémie de coronavirus, le "Los Angeles", célèbre salon de danse de Mexico, est aujourd'hui désert.

Ce lieu emblématique de la capitale mexicaine, au coeur du quartier central de Guerrero, a éteint ses néons le 22 mars. Depuis, aucune date de réouverture n'a été communiquée.

Si elles pouvaient parler, les lattes vernies du "Los Angeles" raconteraient sans doute l'histoire de ces écrivains mexicains qui y trinquèrent et de ces Zapatistes qui décidèrent ici de déposer leurs armes.

C'est aussi dans ses murs, entre rouge et fuchsia, que Cantinflas, le grand acteur mexicain ("Le Tour du monde en 80 jours") évoqué par Georges Perec dans son livre "Je me souviens" retrouvait sa belle, l'actrice mexicaine d'origine russe Valentina Ivanova.

Mais, en dépit de son histoire et du haut de ses 83 ans, le "Los Ángeles" pourrait bien être définitivement condamné au silence par le COVID-19.

Face à l'imminence de la faillite, son propriétaire a lancé une campagne de dons.

"Notre situation financière était déjà difficile. La pandémie est en train de nous achever", confie à l'AFP Miguel Nieto, petit-fils du fondateur du salon.

En charge de l'entreprise depuis 48 ans, Nieto emploie 25 personnes et peut si besoin en embaucher une centaine d'autres au pied levé.

L'avenir du salon semble d'autant plus compromis qu'un grand nombre de ses habitués sont des personnes âgées, particulièrement sensibles au nouveau coronavirus, et qui avant cette crise sanitaire se plaisaient à y danser le mambo, le danzón et le chachachá.

Le "Los Angeles", de loin le salon de danse le plus célébre, n'est pas le seul à être en péril. Quelque 2.600 autres lieux de la vie nocturne de Mexico et avec eux leurs 380.000 employés sont menacés, selon Anidice, le syndicat qui les regroupe.

- Le dernier salon -

Ce coin de bohème mexicaine foisonne de tant d'anecdotes sur l'histoire du pays qu'elles lui ont valu sa devise : "Qui ne connaît pas le +Los Angeles+, ne connaît pas le Mexique".

Nieto raconte fièrement qu'outre Cantinflas, l'acteur German Valdès, alias Tin Tan, s'est déhanché sur le grand parquet, ainsi que le peintre muraliste Diego Rivera, époux de la non moins célèbre Frida Kahlo.

En 1998, Carlos Fuentes y a célébré le 40e anniversaire de la publication de son premier roman "La Plus Limpide Région", une critique de la société mexicaine, avec les deux Nobel de littérature, Gabriel Garcia Marquez et Jose Saramago.

Théâtre de plusieurs scènes de films, le club a aussi été le lieu d'une réunion en 1997 entre le sous-commandant Marcos et d'autres rebelles zapatistes.

"Tant de choses se sont passées ici en tant d'années !", soupire Nieto.

Pour José Alfonso Suárez del Real, secrétaire à la Culture de Mexico, le "Los Angeles" est "la seule salle ancienne encore vivante dans le pays".

"Il représente le Mexique des années 1940 et 1950", explique-t-il.

- "Tant que l'âme dansera" -

Avec nostalgie, des anciens danseurs se remémorent les belles heures du "Los Angeles".

On les appelait les Pachucos en référence aux Mexicains qui vivaient dans le sud des États-Unis dans les années 1930, et qui, en quête de reconnaissance sociale, s'habillaient de façon extravagante.

Pachuco fier depuis 1977, Carlos Bueno, médecin à la retraite, est sorti du confinement de sa maison imposé par le COVID-19 dès qu'il a appris que le "Los Angeles", sa "seconde maison", risquait de fermer.

"Je sens une obligation morale de soutenir l'endroit où j'ai rencontré ma femme", avoue Carlos, 65 ans, costume blanc et chapeau orné d'une plume de faisan.

Patricia Rivera, son épouse, arbore une robe bleue moulante.

"Le mardi, quand nous venions au salon, je ne faisais pas la cuisine ni la lessive. Je me faisais juste très belle pour venir danser", se souvient-elle.

Le couple esquisse quelques pas sur la piste déserte.

Les amoureux du lieu préfèrent voir en la dédicace laissée ici par Carlos Fuentes cette nuit de mars 1998, une prophétie : "Le +Los Angeles+ était là il y a quarante ans. Il le restera tant qu'il y aura un avenir et que l'âme dansera".

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.