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Judo: au Japon, Wakako Ueno, mère et éleveuse de champions

Wakako Ueno, maître de judo, regarde des filles s'entraîner à Toma (Japon) le 8 février 2020
Wakako Ueno, maître de judo, regarde des filles s'entraîner à Toma (Japon) le 8 février 2020 Yasuyoshi CHIBA AFP/Archives
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Toma (Japan) (AFP)

Après avoir élevé trois filles qui se sont hissées au sommet du judo mondial, Wakako Ueno, 64 ans, continue de transmettre aux plus jeunes sa passion pour ce sport, dans un petit dojo du nord du Japon.

Dans la famille Ueno, la fille aînée, Masae, a raflé l'or olympique aux Jeux d'Athènes en 2004 puis à Pékin en 2008, tandis que sa cadette Yoshie a été notamment médaillée de bronze à Londres en 2012.

La petite dernière, Tomoe, 30 ans, a été championne du monde chez les juniors et elle aide désormais sa mère à tenir son dojo à Toma, dans la grande île septentrionale japonaise de Hokkaido.

Avant chaque entraînement, une dizaine d'enfants entourent Wakako Ueno et récitent, posés sur les genoux, les enseignements du fondateur du judo, Jigoro Kano (1860-1938), dont un petit portrait est accroché au mur.

"Le judo consiste à exploiter votre force physique et mentale de la manière la plus efficace possible", répètent-ils.

Mais au-delà de ce rituel, l'essentiel est de transmettre le plaisir du judo, assure Mme Ueno à l'AFP: "Le judo est amusant, enthousiasmant. Je veux que les enfants ressentent cette excitation".

- "Pas le choix" -

Elle s'est éprise du judo il y a une quarantaine d'années, grâce à son mari, aujourd'hui décédé.

"L'euphorie de réussir à lancer son adversaire au sol, la frustration à l'inverse d'être projetée, le fait d'être en contact rapproché, d'agripper directement son adversaire (...), j'ai pris beaucoup de plaisir à tout cela", se remémore-t-elle.

Mais il lui était difficile à l'époque de trouver des partenaires féminines; une frustration: "Je m'entraînais donc avec mon mari, mais je n'avais aucune chance de gagner, ça m'énervait".

Alors le couple a commencé à initier ses filles au judo, à commencer par l'aînée Masae.

"Je n'avais pas le choix. Pour moi le judo était aussi essentiel que les repas, cela faisait partie de notre vie quotidienne", raconte Masae, 41 ans et qui travaille à temps partiel comme instructrice de judo à Tokyo.

Son père surtout s'est chargé de son entraînement, et il ne faisait pas de quartier, à des années-lumière de l'atmosphère bon enfant qui règne aujourd'hui dans le dojo de Mme Ueno.

Masae se souvient de séances où elle devait affronter jusqu'à dix garçons l'un après l'autre.

"Je me devais de persévérer, même si mes adversaires me battaient (...). Je n'ai pas le souvenir d'un moment où je me suis amusée au judo. Je m'entraînais parce que j'y étais obligée!", confie-t-elle aujourd'hui en souriant.

- Popularité en déclin -

Sa sœur cadette Yoshie, qui fait partie des entraineurs de l'équipe nationale japonaise, se souvient aussi des méthodes d'apprentissage "brutales" de son père, qui n'hésitait pas à hurler sur ses élèves quand il était mécontent, un sabre de bambou à la main.

Mais Yoshie, 37 ans, reconnaît néanmoins l'importance de ses parents dans l'étonnante réussite sportive de sa famille.

"L'apprentissage du judo était enraciné à la maison, c'est pour cette raison que nous en sommes là aujourd'hui. Il existe peu de familles dont tous les membres pratiquent le judo", dit-elle.

Désormais, leur mère Wakako cherche surtout à refaire du judo un sport populaire au Japon, où le nombre de licenciés est en baisse constante: passant de 250.000 en 1993 à moins de 150.000 en 2018, selon la fédération nationale.

"Le baseball est à la télévision tous les jours, le football aussi. Les enfants sont forcément attirés par les sports qu'ils voient à la télévision", alors que le judo n'a droit qu'à un regain de popularité lors des Jeux olympiques, déplore-t-elle.

Mme Ueno a pris conscience sur le tard qu'elle et son mari avaient été trop durs avec leurs filles dans leur quête de gloire sportive.

Elle se souvient du choc qu'elle avait ressenti en voyant Masae éliminée prématurément des Jeux de Sydney en 2000, incapable même de lui parler pour la réconforter.

"C'est quelque chose que je regrette, reconnait-elle. Les athlètes ont déjà une telle pression. Après ça, j'ai décidé de me souvenir que ce sont leurs efforts qui sont importants, pas seulement les médailles."

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