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Football : le Basaksehir, un champion de Turquie qui doit beaucoup à Erdogan

Recep Tayyip Erdogan a disputé le match d'inauguration du nouveau stade de Basaksehir le 26 juillet 2014.
Recep Tayyip Erdogan a disputé le match d'inauguration du nouveau stade de Basaksehir le 26 juillet 2014. © Ozan Kose, AFP
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Le club du Basaksehir d'Istanbul est devenu dimanche champion de Turquie pour la première fois de son histoire. Un sacre inédit qui doit beaucoup aux investissements massifs du pouvoir turc dans ce "petit" club de la capitale économique du pays.

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Basaksehir est devenu dimanche le sixième club de Turquie à remporter le championnat professionnel, rejoignant Galatasaray, Fenerbahçe, Besiktas, Trabzonspor et Bursaspor. Une consécration pour cet ancien "petit club" d'Istanbul, qui doit beaucoup aux investissements récents de proches du président Recep Tayyip Erdogan.

Son histoire remonte à 2014. Cette année-là, le Büyüksehir Belediyespor d'Istanbul accède à la Süper Lig, la première division turque. Dans la foulée, ce club qui appartenait jusque-là à la municipalité d'Istanbul est vendu à des proches de l'AKP, le parti politique du président turc Recep Tayyip Erdogan. Au passage, il change de nom en s'installant dans le quartier de Basaksehir, fief de l'AKP.

Les liens avec le pouvoir turc sont multiples : le club est sponsorisé par Medipol, un groupe hospitalier privé dirigé par le médecin personnel du président Erdogan, Farhettin Koca, et le nouveau stade est construit par Kayon Grup, spécialisé dans la construction d'infrastructures étatiques. Enfin, le nouveau président est Güksel Gümüsdag, qui n'est d'autre que le mari d'une nièce du président.

"Le quartier de Basaksehir reflète totalement la stratégie d’Erdogan sur le club de Basaksehir. Il a créé ce quartier dans les années 90 quand il a senti que le style de vie islamiste était dominé par le style de vie moderne et laïque d’Istanbul. Il l’a présenté comme l’épicentre de son projet culturel qui remplace les anciens centres culturels de la ville, Beyoglu, Besiktas et Kadikoy. Aujourd’hui il fait la même chose avec le club : il essaye de remplacer la tradition de ces grands clubs par Basaksehir", explique Daghan Irak, maître de conférence à l'Université d'Huddersfield (Royaume-Uni) et auteur du livre "Football Fandom, Protest and Democracy: Supporter Activism in Turkey", (fans de football,  manifestations et démocratie: l'activisme des supporters en Turquie) interrogé par France TV sport.

Erdogan met un triplé pour l'inauguration du nouveau stade

Basaksehir évolue désormais en orange – hasard ou non, les mêmes couleurs que l'AKP– et prend quartier dans son nouveau domicile, le stade Fatih Terim. Recep Tayyip Erdogan lui-même était présent sur le terrain  le 26 juillet 2014 pour le match d'ouverture dans le nouveau stade.

La passion du football de celui qui était alors Premier ministre de la Turquie n'est pas nouvelle. Il a évolué à un niveau semi-pro dans sa jeunesse au sein du Kasimpasa et était même surnommé "imam Beckenbauer". Et pour son apparition sous le maillot de Basarksehir, Recep Tayyip Erdogan inscrit même un triplé. Son maillot – le numéro 12 car il était le favori pour devenir le 12e président de la Turquie –  est alors retiré de l'équipe, une tradition réservée habituellement aux légendes d'un club.

Basaksehir connait alors une fulgurante montée en puissance sous la houlette, notamment, de l'ancien entraîneur de la sélection turc, Abdullah Avci. Le club stambouliote bénéficie également de la perfusion financière des investisseurs qui, couplée à l’assouplissement du quota de joueurs étrangers par club à partir de 2015 (14 par club) et la forte progression des droits TV, permet au club d'attirer des grands noms européens sur le déclin.

Emmanuel Adebayor, Gaël Clichy, Robinho… Dans l'effectif champion cette année, 18 des 26 joueurs sont de nationalité étrangère. Mais la figure de proue de l'équipe reste Arda Turan, véritable idole en Turquie et fidèle soutien de Recep Tayyip Erdogan, qui est venu du FC Barcelone pour rejoindre le club du président.

Une victoire sportive à défaut de culturelle ?

Lors des trois dernières saisons, le club a réussi à se mêler à la course pour le titre aux côtés des trois autres géants – les lions de Galatasaray, les aigles du Besiktas et des canaris de Fenerbahçe – avant de s'effondrer dans les dernières journées. Le bilan reste tout de même positif puisque Basaksehir a terminé deux fois vice-champion en 2017 et 2019 et a disputé cette saison sa première Ligue Europa et tentera d'arracher une qualification pour les quarts de finale lors de son match retour face au FC Copenhague le 5 août, après un match aller remporté 1 à 0.

Cependant, si la réussite sportive est là, le club peine à gagner en popularité. Le stade Fatih Terim sonne toujours creux. L’affluence moyenne de son stade ne dépasse pas 3 000 personnes – la douzième de Turquie– alors qu'il est conçu pour 17 000 personnes.

"On ne peut pas non plus inventer un club et pousser ce club à la popularité en utilisant sa puissance politique. C’était le but d'Erdogan avec Basaksehir, mais en Turquie, ça ne marche pas comme ça", explique encore Daghan Irak sur France TV sport. "Un citoyen peut soutenir de manière fanatique Erdogan politiquement et continuer à supporter Galatasaray, Fenerbahçe ou Besiktas. Ce n’est pas incompatible."

L'universitaire turc estime que les fondations de cette nouvelle puissance du football turc restent fragiles :

"Si un jour Erdogan n’est plus au pouvoir, Basaksehir disparaîtra. On a vu l’exemple avec Osmanlispor, le club du maire d’Ankara Melih Gökçek, qui a été éliminé par Erdogan [il a reçu en 2017 l’ordre de démissionner, NDLR]. Désormais, Osmanlispor est au fond de la deuxième division alors qu’il était en Coupe d’Europe [Ligue Europa en 2016, NDLR]", avertit Daghan Irak. "C’est la même chose pour Basaksehir. Il n’y a pas de raison valable de continuer à investir dans ce club sans le régime d’Erdogan."

Avec AFP

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