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Attentat de Halle : le procès de la haine contre les juifs s'ouvre en Allemagne

Stephan Balliet à l'ouverture de son procès à Magdeburg, en Allemagne, le 21 juillet 2020.
Stephan Balliet à l'ouverture de son procès à Magdeburg, en Allemagne, le 21 juillet 2020. © Hendrik Schmidt, AP
8 mn

Le procès de l'auteur de l'attentat antisémite perpétré à Halle s'est ouvert mardi en Allemagne. L'accusé, Stephan Balliet, un extrémiste de droite de 28 ans, n'a pas exprimé de remords.

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C'est dans le contexte d'un regain de la menace d'extrême droite que s'est ouvert, mardi 21 juillet en Allemagne, le procès de l'auteur de la pire attaque antisémite d'après-guerre qu'ait connu le pays.

L'accusé, Stephan Balliet, cheveux courts et vêtu d'un jean et de baskets noires, n'a pas exprimé de remords, s'attachant plutôt à exposer, en des termes souvent offensants, sa vision raciste du monde.

"J'ai décidé qu'il n'y avait pas d'autre solution que de s'armer et de se battre, sinon nous serons tous 'brunis' dans 50 ans" à cause de l'arrivée de millions de réfugiés, a déclaré cet extrémiste de droite allemand de 28 ans devant le tribunal de Magdebourg (Saxe-Anhalt).

La crise des réfugiés de 2015, au cours de laquelle des centaines de milliers de demandeurs d'asile fuyant la guerre en Syrie et en Irak ont trouvé refuge en Allemagne, a constitué le départ de sa "haine des musulmans et des Arabes", a-t-il dit. À plusieurs reprises, il les a insultés ou a utilisé un vocabulaire offensant.

La juge Ursula Mertens lui a plusieurs fois coupé la parole, l'avertissant qu'il pourrait être expulsé de la salle s'il poursuivait ses diatribes racistes : "Je ne tolérerai pas que vous commettiez des crimes et (profériez) des insultes dans cette salle d'audience." Mais Stephan Balliet a poursuivi, affirmant qu'il n'avait "aucun problème avec les religions mais avec le sémitisme", sans réellement préciser sa pensée.

Un procès de 18 jours

Le 9 octobre dernier, en pleine fête religieuse de Yom Kippour, Stephan Balliet avait essayé de commettre un attentat à Halle, dans l'est de l'Allemagne. Armé jusqu'aux dents, il avait donné l'assaut à la synagogue locale remplie de 52 fidèles avant, faute de parvenir à entrer, de retourner ses armes contre deux passants.

L'homme est notamment poursuivi pour double meurtre, tentative de meurtres sur neuf autres personnes et incitation à la haine raciale. Il encourt la prison à vie avec une période de sûreté de 15 ans.

Le tribunal de Magdebourg, dans le Land de Saxe-Anhalt, a prévu 18 jours d'audience pour ce procès fleuve qui devrait durer jusqu'à mi-octobre.

"Mes clients souhaitent savoir comment cela s'est passé et pourquoi. Ils regarderont l'auteur dans les yeux pour lui signifier qu'ils ne partagent pas sa vision du monde", a expliqué avant l'ouverture du procès l'avocat de neuf parties civiles, Mark Lupschitz.

Haine des juifs

L'avocat de Stephan Balliet, Hans-Dieter Weber, a simplement indiqué de son côté que son client était "poli, bien élevé et amical".

Stephan Balliet est accusé d'avoir commis "un attentat contre des citoyens et citoyennes de confession juive avec une motivation antisémite, raciste et xénophobe", a rappelé lors de la lecture de l'acte d'accusation l'un des procureurs, Kai Lohse.

C'est vêtu d'une tenue militaire qu'il avait tenté d'entrer de force dans l'édifice religieux avec des charges explosives et des armes à feu, notamment un fusil fabriqué à l'aide d'une imprimante 3D.

Après avoir échoué à enfoncer la porte, il avait abattu une passante puis, plus loin, un homme dans un restaurant de kebabs, ciblé pour sa clientèle immigrée. La police l'avait finalement arrêté après une course-poursuite.

Le renseignement intérieur allemand a dressé un parallèle avec les attentats commis quelques mois auparavant à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui avaient visé deux mosquées et fait 51 morts.

L'accusé a en effet filmé et diffusé en direct son assaut lors duquel il niait l'existence de la Shoah et s'en prenait aux juifs. Il a aussi publié sur Internet un "manifeste", apparu le lendemain, dans lequel il exprimait sa haine des juifs.

Trouble complexe de la personnalité

Pour la justice, il voulait "commettre un massacre". Seule la solidité de la porte de la synagogue, verrouillée à double tour, l'en a empêché.

Socialement isolé et vivant chez sa mère dans un village reculé de Saxe-Anhalt, cet homme au crâne rasé adepte des théories conspirationnistes néonazies avait abandonné ses études et passait la plus grande partie de son temps derrière un ordinateur.

Après avoir examiné l'assassin présumé, le psychiatre Norbert Leygraf l'a décrit dans un document d'une centaine de pages, consulté par le magazine Der Spiegel, comme présentant un trouble complexe de la personnalité aux caractéristiques autistiques. Cependant, il était conscient de l'injustice de ses actes.

Placé en détention provisoire et très surveillé, il a pourtant tenté à la Pentecôte de s'évader de prison en escaladant une clôture, se faisant arrêter peu après. L'événement avait provoqué l'indignation de la communauté juive.

L'attaque de Halle s'inscrit dans un contexte de résurgence du terrorisme d'extrême droite dans le pays. Un autre procès, celui d'un sympathisant néonazi, tueur présumé d'un élu promigrants membre du parti conservateur d'Angela Merkel, s'est ouvert il y a un mois.

En février, un homme soutenant des thèses racistes et antisémites a par ailleurs tué neuf personnes d'origine étrangère à Hanau, près de Francfort.

Avec AFP

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