La journaliste philippine Maria Ressa plaide non coupable d'évasion fiscale

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Manille (AFP)

La journaliste philippine Maria Ressa a plaidé mercredi non coupable d'évasion fiscale, au moment où de nombreuses voix demandent l'abandon des multiples poursuites engagées contre cette critique virulente du président Rodrigo Duterte.

Maria Ressa, 56 ans, est la cofondatrice du site d'information en ligne Rappler qui a été visé par plusieurs procédures judiciaires après avoir publié des articles critiques contre la politique du chef de l'État, y compris sa campagne sanglante et controversée contre le trafic de drogue.

L'ex-journaliste de CNN a été reconnue coupable le mois dernier dans une affaire de diffamation présentée par ses soutiens comme une tentative de museler les détracteurs de M. Duterte.

Dans une vidéo postée sur Twitter, elle a annoncé mercredi avoir plaidé non coupable d'évasion fiscale devant un tribunal de Manille.

Mme Ressa, qui a aussi la nationalité américaine, est accusée d'avoir fourni des informations erronées dans une déclaration d'impôts qui portait sur près de 300.000 pesos (5.200 euros) en 2015, rapporte Rappler.

"Nous livrerons chacune des batailles parce que nous ne voulons rien céder", a déclaré la journaliste dans sa vidéo. "Je ne renoncerai pas volontairement à mes droits."

Mme Ressa a aussi posté sur Twitter des selfies avec son avocate où elles portent toutes les deux masques et écrans faciaux dans le tribunal.

Les organisations de défense des droits de l'Homme et les associations luttant pour la liberté de la presse affirment que cette affaire de diffamation, les procédures fiscales contre Rappler et les efforts du gouvernement pour retirer ses accréditations au site relèvent du harcèlement.

Amnesty International a ainsi affirmé que les "attaques" contre Rappeler s'inscrivaient dans une campagne contre la liberté de la presse aux Philippines.

Mardi, des étudiants de l'Université de Princeton dont Mme Ressa est diplômée, des enseignants et des employés de cet établissement ont fait paraître dans le Washington Post un communiqué sur une pleine page pour exhorter le président américain Donald Trump à "user de son influence" pour convaincre le gouvernement Duterte de renoncer à toutes les poursuites contre la journaliste, son ex-collègue Reynaldo Santos qui a aussi été déclaré coupable de diffamation et contre Rappler.

"Tout au long de l'histoire des Etats-Unis, des présidents ont utilisé leur influence contre les gouvernements autoritaires qui violent les droits des citoyens américains à l'étranger. L'administration actuelle devrait faire de même", peut-on lire dans cette lettre ouverte.

"Ne pas le faire ne ferait que réduire le rôle de l'Amérique en tant que leader du monde démocratique."

Une pétition lancée en ligne par des groupes de presse internationaux en soutien de Mme Ressa et des médias philippins a recueilli pour l'instant 10.000 signatures.

M. Duterte a signé il y a peu une loi antiterroriste dont beaucoup craignent qu'elle ne serve à museler les dissidents et à réduire la liberté de la presse.