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Dans le Yémen en guerre, l'espoir de sauver ce qui reste du patrimoine

Une photo prise le 13 juillet 2020 montre les gros dégâts au musée national de Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, pays en guerre depuis 2014
Une photo prise le 13 juillet 2020 montre les gros dégâts au musée national de Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, pays en guerre depuis 2014 AHMAD AL-BASHA AFP
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Taëz (Yémen) (AFP)

Les deux façades du musée national de Taëz, au Yémen, montrent sans détours les effets de la guerre: l'une, restaurée, rappelle la grandeur de ce foyer de la civilisation arabe, l'autre, en lambeau, témoigne des ravages d'un conflit dévastateur.

Son mur en pisé, agrémenté de fines briques ocres, de petites fenêtres rectangulaires et de moucharabieh blancs aux formes variées, évoque le style du vieux Sanaa, l'un des quatre sites yéménites inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco.

Palais royal ottoman, puis résidence du roi Ahmed, avant de devenir un musée en 1967, l'établissement a été "bombardé" et "pillé", affirme son directeur Ramzi al-Damini à Taëz (sud-ouest), troisième ville du pays, sous contrôle du gouvernement mais encerclée par les rebelles Houthis.

La guerre oppose le pouvoir, appuyé par une coalition dirigée par l'Arabie saoudite, aux rebelles qui contrôlent toujours une bonne partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa, depuis leur offensive en 2014.

Milliers de morts, millions de déplacés, épidémies et risques de famine. Pire crise humanitaire au monde selon l'ONU.

Le riche patrimoine archéologique n'a pas été épargné.

Entre les murs du musée de Taëz, ville enserrée par les montagnes, d'antiques ustensiles de cuisine et autres manuscrits sont exposés sur de vieilles tables en bois, drapées de nappes colorées.

"Le musée foisonnait d'antiquités rares, dont des manuscrits, des sculptures en pierre, des épées et des boucliers", explique M. Damini à l'AFP. "Nous en avons récupéré certaines, mais des pièces importantes manquent encore."

Il dit être en contact avec les autorités et l'Unesco pour poursuivre la restauration du bâtiment mais aussi pour "récupérer les pièces sorties en contrebande du pays".

- Enchères -

"Le processus est difficile", souligne Mohanad Al-Sayani, directeur de l'Organisation générale des antiquités et des musées au Yémen (GOAM), basé à Sanaa et qui coopère aussi avec l'Unesco.

"Nous avons deux gouvernements, un pays en état de guerre et le trafic d'antiquités existait bien avant le conflit", dit-il.

S'il n'existe pas de chiffres sur le nombre d'antiquités volées, les autorités et l'Unesco ont effectué des inventaires dans plusieurs musées du pays et des projets de restauration de sites historiques à Sanaa, Zabid, Chibam et Aden sont en cours, selon lui.

La guerre a "grandement affecté" les sites archéologiques, confirme à l'AFP l'archéologue yéménite Mounir Talal, en rappelant les bombardements du vieux Sanaa, du musée de Dhamar ou de la citadelle Al-Qahira de Taëz, qui se confond littéralement avec la montagne au sommet de laquelle elle trône.

"Des palais qui remontent à la dynastie des Ayyoubides (XIIe au XIIIe siècle) et des Rassoulides (XIIIe au XVe siècle) ont été malheureusement détruits à l'intérieur de la citadelle", regrette-t-il.

"Sur internet ou dans des enchères publiques, on trouve des antiquités yéménites volées en vente", ajoute-t-il, citant par exemple le grand trône en pierre du fameux royaume de Saba. "Comment il est sorti ? Nous ne le savons pas, mais il était en vente aux enchères en Europe ou peut-être a-t-il déjà été vendu."

- "Très fort" -

Certains trésors yéménites ont refait surface dans des collections privées de certains pays du Golfe, comme le Qatar ou le Koweït, assure Jérémie Schiettecatte, spécialiste français de l'archéologie de la péninsule arabique au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Pour lui, la destruction du patrimoine yéménite a suscité moins d'émoi international que celle des trésors en Syrie ou en Irak, car elle a été causée essentiellement par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, un allié et grand acheteur d'armement des Occidentaux.

"Le lien est très fort entre les Yéménites et leur patrimoine, y compris le patrimoine préislamique", fait remarquer le chercheur.

"Les sites archéologiques ont été négligés", regrette Hicham Ali Ahmed, un habitant de Taëz, qui espère un "retour à une vie normale et un Etat qui prend soin des antiquités".

Fin juin, un expert en archéologie français réputé et son mari ont été inculpés à Paris dans une vaste enquête sur un trafic d'antiquités pillées dans des pays du Proche et Moyen-Orient, dont le Yémen.

En 2023, le musée de Taëz doit en principe rouvrir ses portes. En espérant que le conflit aura alors cessé.

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