Accéder au contenu principal

Dans une maison de retraite sud-africaine, le Covid-19 rode "partout autour de nous"

Dans un couloir de Casa Serena, à Johannesburg, le 22 juillet 2020
Dans un couloir de Casa Serena, à Johannesburg, le 22 juillet 2020 MARCO LONGARI AFP
3 mn
Publicité

Johannesburg (AFP)

La maison de retraite "Casa Serena", la maison sereine en français, n'a jamais aussi mal porté son nom. Quatorze des pensionnaires de cet établissement de Johannesburg, en Afrique du Sud, sont décédés après avoir contracté le Covid-19 et la peur rôde aujourd'hui parmi les vivants.

Au début de la pandémie, Case Serena accueillait 64 résidents.

"On s'attendait à ce que des gens meurent comme chaque année pendant l'hiver (austral), mais là c'est une concentration de mort", soupire Mario Serra, à la tête de la maison de retraite.

Lui aussi a contracté le nouveau coronavirus, mais il s'en est sorti.

"C'est comme marcher en plein soleil et tout d'un coup une grosse patte avec des ongles incroyables vous griffe dans le dos, témoigne-t-il. Vous voyez le sang et vous ne savez pas ce que c'est".

L'Afrique du Sud est désormais le cinquième pays au monde le plus touché par la pandémie en termes de cas confirmés (plus de 408.000). Le nombre officiel de décès a dépassé les 6.000, mais il est largement sous-estimé, ont prévenu des experts.

Et entre 40.000 et 50.000 personnes pourraient mourir du Covid-19 d'ici la fin de l'année dans le pays, selon des projections officielles.

A Casa Serena, la solitude et l'impuissance ont pris le pas sur tout parmi les résidents, qui ont trop peur de quitter leur chambre.

"L'après-midi, on avait l'habitude de sortir, de jouer aux cartes, mais maintenant dormir sur le lit est la seule chose que je puisse faire", explique Esterina Satori, 88 ans.

"La maladie est partout autour de nous, on ne sait pas quand on va l'attraper. Je connais un couple qui est allé à l'hôpital et il n'est jamais revenu", ajoute un résident de 79 ans, Giuseppe Tassi.

- Traînée de poudre -

Des pensionnaires inquiets demandent: "+Vais-je mourir ? Suis-je positif ? Suis-je négatif ?+ Et on n'a pas la réponse", poursuit Mario Serra.

Tester les pensionnaires est futile, estime le personnel. "On traite les symptômes, c'est tout", confesse l’infirmière en chef de l'établissement, Margaret Humphreys.

"Si un pensionnaire tousse et qu'on n'intervient pas à temps, ça se répand comme une traînée de poudre", prévient-elle.

Parmi les résidents, on compte plusieurs descendants de prisonniers italiens de la Seconde Guerre mondiale ou de migrants italiens qui ont fait fortune en Afrique du Sud dans les années 60 et 70.

En début d'année, ils ont d'abord vu, à la télévision, l'épidémie faire des ravages dans les maisons de retraite en Italie.

"Au début, l'Italie était le pays le plus touché en Europe, mais ils s'en sont finalement sortis. On commence juste à atteindre le pic en Afrique du Sud maintenant", constate Guiseppe Tassi.

Dans la maison de retraite, les visites sont rarissimes.

Certains ont attendu plus de trois mois pour pouvoir voir, rapidement, leurs proches. Comme Rita Bellini qui vient de parler, à travers une vitre et pendant quinze minutes seulement, à son père Mario, âgé de 89 ans.

Pendant plusieurs jours, elle et les filles d'autres pensionnaires ont concocté des repas pour tous les résidents de Casa Serena afin d'aider le personnel lui aussi décimé par la pandémie.

Rita Bellini anticipe le jour où toute la famille sera autorisée à se retrouver. "On aura un festin tous ensemble et on prendra des photos des amis qui restent".

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.