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Hongrie : la presse indépendante en passe de perdre son dernier bastion

Des manifestants brandissent leur téléphone portable lors d'un rassemblement de soutien au site d'information Index, dont le rédacteur en chef a été limogé, le 24 juillet 2020 à Budapest.
Des manifestants brandissent leur téléphone portable lors d'un rassemblement de soutien au site d'information Index, dont le rédacteur en chef a été limogé, le 24 juillet 2020 à Budapest. © Bernadett Szabo, Reuters
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Les 90 journalistes du site d'information Index.hu ont démissionné vendredi pour protester contre le licenciement de leur rédacteur en chef et ce qu'ils considèrent être une mise au pas supplémentaire d'un média indépendant en Hongrie.

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Se saborder plutôt que subir : les journalistes du principal site d'information de Hongrie ont démissionné collectivement, vendredi 24 juillet, craignant de perdre leur indépendance vis-à-vis du gouvernement de Viktor Orban après le brutal licenciement de leur rédacteur en chef.

Rare voix critique envers le pouvoir dans un paysage médiatique où le pluralisme a drastiquement régressé ces dernières années, le portail Index.hu risque de ne pas se remettre du départ de la quasi-totalité de sa rédaction, soit quelque 90 journalistes.

Après le licenciement mercredi du rédacteur en chef, Szabolcs Dull, les salariés d'Index ont annoncé qu'ils quittaient leurs fonctions pour protester contre "une tentative manifeste de faire pression" sur leur média.

Des photos des journalistes, l'air bouleversé et parfois en pleurs à la suite de cette décision, ont été diffusées sur les réseaux sociaux. L'émoi était tout aussi grand au sein de l'opposition au gouvernement souverainiste de Viktor Orban et de la principale association de journalistes.

"C'est encore une institution essentielle de l'opinion hongroise qui est en train d'être démantelée, assiégée et détruite par la majorité gouvernementale du Fidesz" (parti de Viktor Orban, NDLR), a réagi Miklos Hargitai, président de MUOSZ, l'association des journalistes hongrois.

Quelques milliers de personnes ont manifesté vendredi soir à Budapest en soutien à la rédaction.

La Hongrie, 89e au classement mondial de la liberté de la presse

Szabolcs Dull a été licencié après avoir protesté, le mois dernier, contre une proposition de refonte du site par ses propriétaires. "Index est une puissante forteresse qu'ils veulent faire sauter", a résumé le rédacteur en chef cette semaine.

Mercredi, la direction du média avait justifié son licenciement par la divulgation dans la presse de documents internes à Index.

Des craintes sur l'avenir d'Index étaient apparues en mars après l'achat d'une participation de 50 % dans l'agence de publicité du portail par un homme d'affaires proche du gouvernement, Miklos Vaszily.

>> À voir : "Lutte contre le Covid-19 en Hongrie : les pouvoirs spéciaux détournés à des fins politiciennes ?"

Le portail fait partie de la poignée de sites Internet qui continuent de revendiquer une indépendance éditoriale en Hongrie, un pays situé à la 89e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse publié par l'ONG Reporters sans frontières. Il était 23e au moment du retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010.

Sous les mandats du Premier ministre hongrois, les médias publics sont devenus le relais de la politique du gouvernement tandis que des proches du pouvoir ont acheté des pans entiers du secteur des médias privés.

Le site hongrois Index menacé : "Une nouvelle attaque sur l'État de droit"
Les reprises en main des médias se multiplient

Les changements au sein d'Index rappellent le scénario des reprises en main subies par d'autres organes de presse ces dernières années : le site d'information Origo, qui publiait régulièrement des enquêtes mettant en cause des proches du gouvernement, tout comme l'ancien hebdomadaire économique de référence Figyelo, ont été acquis par des proches du parti Fidesz, leurs équipes remaniées et leur contenu aligné sur les messages du gouvernement. La rédaction d'Origo avait démissionné pour protester contre les nouvelles conditions.

Fin 2016, c'est le quotidien d'opposition Nepszabadsag, l'un des principaux du pays, qui cessait du jour au lendemain sa parution avant d'être racheté par l'oligarque Lorinc Meszaros, intime de Viktor Orban.

En 2018, quelque 500 médias nationaux et locaux, tous ouvertement progouvernementaux, ont été regroupés au sein d'un consortium destiné à "veiller à la préservation des valeurs nationales".

>> À voir : "Peter Szijjarto : 'Aucun État ne devrait pouvoir dire aux autres qui peut utiliser l'argent européen'"

Ces transformations ont valu au dirigeant souverainiste, régulièrement épinglé pour ses penchants autoritaires et xénophobes, de nombreuses mises en garde de l'Union européenne. Elles ont contribué au déclenchement, fin 2018, d'une procédure exceptionnelle pour risque de "violation grave" des valeurs de l'UE.

La question de l'État de droit en Hongrie a de nouveau été à l'ordre du jour des dirigeants européens lors des négociations marathon sur le plan de relance qui se sont achevées le 20 juillet. Un compromis imprécis et contesté faisant le lien entre respect de l'État de droit et versement des fonds européens a fini par être adopté.

Présent à Bruxelles, Viktor Orban avait assuré à des journalistes que la Hongrie n'avait rien à se reprocher au regard de ces principes démocratiques.

Le chef de la diplomatie hongroise, Peter Szijjarto, s'était agacé jeudi de "fausses accusations" sur la liberté de la presse en Hongrie, assurant, lors d'un déplacement au Portugal, que la critique du gouvernement s'exerçait aussi bien dans les journaux que sur Internet et à la télévision.

Avec AFP

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