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Avec Tencent, Donald Trump s’est choisi un Goliath chinois comme adversaire

WeChat appartient à Tencent, le deuxième plus important groupe Internet en Chine.
WeChat appartient à Tencent, le deuxième plus important groupe Internet en Chine. REUTERS - Florence Lo

Après TikTok, le président américain menace de prendre des sanctions contre WeChat. Mais le propriétaire de ce service de messagerie, Tencent, est l’un des acteurs les plus influents de l’économie chinoise. Et ce conflit pourrait faire des victimes collatérales inattendues.

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L’offensive anti-TikTok du président américain Donald Trump avait laissé Alex Stamos, l’ancien responsable de la cybersécurité pour Facebook, largement indifférent. “TikTok n’est même pas dans mon Top 10 des applications les plus problématiques en matière de sécurité”, a-t-il affirmé, mercredi 5 août, à la BBC, précisant qu’il considérait l’application chinoise de messagerie WeChat bien plus dangereuse.

Quelqu’un à la Maison Blanche doit avoir été d’accord avec lui. En effet, Washington a annoncé, jeudi soir, que TikTok ne serait pas la seule cible chinoise d’une interdiction d’opérer sur le territoire nord-américain dans 45 jours. WeChat, une application développée par le géant chinois de l’Internet Tencent, est également visée par l’administration américaine.

Outil de surveillance en Chine

“Comme TikTok, WeChat obtient automatiquement une large quantité d’informations personnelles sur ses utilisateurs. Une base de données qui risque de permettre au parti communiste chinois d’avoir accès à des informations sensibles sur les ressortissants américains”, affirme Donald Trump dans son décret présidentiel.

Le président américain n’a pas (entièrement) tort. Cela fait plusieurs années que des experts en cybersécurité comparent WeChat à l’outil de surveillance numérique “dont Pékin a toujours rêvé”, comme l’écrivait Slate en 2018. Le Citizen Lab, un centre de recherche canadien sur la liberté d’expression en ligne, a commencé dès 2016 à documenter la manière dont les autorités chinoises surveillaient les discussions sur WeChat pour mieux censurer le contenu de ce qui pouvait être échangé via cette application.

Mais mettre WeChat et TikTok dans le même sac sécuritaire n’en constitue pas moins un raccourci discutable. La surveillance et la censure sur WeChat concernent essentiellement les Chinois. Ce service “fonctionne sur le modèle d’une application, deux systèmes”, note le Citizen Lab. Cette référence au célèbre statut juridique dont joui(ssai)t Hong Kong signifie qu’il n’existe pas de preuve que le régime chinois censure les discussions sur WeChat pour des ressortissants d’autres pays que la Chine. 

En outre, cette messagerie n’a jamais réussi à s’imposer à l’international avec le même succès que TikTok. Plus de 90 % des 1,2 milliard d’utilisateurs de WeChat se trouvent en Chine ou sont des expatriés chinois, rappelle le site TechCrunch

“Escalade radicale” du conflit avec la Chine

La Maison Blanche en est consciente. Pour justifier son action contre la messagerie de Tencent, le décret présidentiel cite officiellement la nécessité de protéger les Chinois qui se trouvent aux États-Unis contre la surveillance de Pékin. Washington ajoute ainsi une nouvelle corde à sa rhétorique anti-chinoise : jusqu’à présent, les sanctions contre Huawei ou TikTok visaient à protéger les informations personnelles de ressortissants américains uniquement. Avec WeChat, la Maison Blanche s’érige dorénavant en champion de la liberté d’expression de tous, même Chinois, face à ce qui est dépeint comme une campagne à l’échelle mondiale de surveillance massive made in China. “C’est une escalade radicale du conflit avec la Chine”, résume le New York Times.

Surtout, ce nouveau front ouvert dans le conflit sino-américain met les États-Unis face à un adversaire autrement plus puissant que Bytedance, la maison mère de TikTok. Tencent, un conglomérat né en 1998, a une capitalisation boursière de 680 milliards de dollars, soit près de 10 fois la valeur estimée de Bytedance. Ce n’est pas seulement le groupe internet le plus puissant de Chine derrière Alibaba. C'est aussi une pièce centrale de l’économie numérique chinoise grâce à WeChat.

Dégâts collatéraux

Plus qu’une simple messagerie, c’est une appli à tout faire. En Chine, elle sert de moyen de paiement, de réseau social, de plateforme de publicité directe pour les marques, ou encore de boutique en ligne pour les commerçants. Difficile, voire impossible de faire des affaires en Chine sans avoir accès à WeChat, souligne le Financial Times. Si les entreprises américaines ne peuvent plus utiliser cette appli, “cela revient pratiquement à couper toute communication avec la Chine pour elles”, déplore Graham Webster, spécialiste de l’économie numérique chinoise au cercle de réflexion progressiste New America, interrogé par Bloomberg.

La décision de Donald Trump de s’en prendre à Tencent risque donc de faire des dégâts collatéraux très dommageables pour les intérêts des entreprises américaines en Chine. “Si les Chinois ne peuvent plus payer pour leur café Starbuck avec WeChat, ils en achèteront moins”, résume Connie Gu, analyste pour le groupe hongkongais de services financiers Bocom International.

Pour l’heure, la Maison Blanche a confirmé au Los Angeles Times que la menace de sanction ne visait que WeChat. Mais la formulation est “suffisamment vague pour laisser l’administration américaine étendre le champ d’application du décret au reste des activités de Tencent”, estime TechCrunch. 

Une telle perspective risquerait de provoquer un tremblement de terre dans l’industrie du divertissement. Tencent est, en effet, le numéro 1 mondial du jeu vidéo, a acquis 6 % d’Universal Music et détient les droits de distribution en Chine du catalogue musical de Sony. Si les États-Unis décident d’interdire de faire des affaires avec le mastodonte chinois, des sociétés comme le leader américain du jeu vidéo Activision, Riot Game (créateur du très populaire jeu League of Legend) ou encore Epic Games (à l’origine de Fortnite) risquent de devoir se séparer d’un important investisseur.

En s’en prenant à Tencent, Donald Trump prend le risque donc de faire un large éventail de victimes collatérales, depuis l’adolescent qui se défoule derrière son écran sur Fortnite jusqu’au riche homme d’affaires qui rêve de conquérir le marché chinois.

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