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Présidentielle en Côte d’Ivoire : un scrutin sous très haute tension

Des partisans du président ivoirien Alassane Ouattara, lors d'une réunion du comité politique du RHDP, parti au pouvoir en Côte d'Ivoire, pour sélectionner leur candidat à l'élection présidentielle d'octobre à Abidjan, le 29 juillet 2020.
Des partisans du président ivoirien Alassane Ouattara, lors d'une réunion du comité politique du RHDP, parti au pouvoir en Côte d'Ivoire, pour sélectionner leur candidat à l'élection présidentielle d'octobre à Abidjan, le 29 juillet 2020. © Luc Gnago, Reuters
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L’annonce de la candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle d’octobre promet une campagne tendue. Les opposants jugent cette candidature illégale et exigent le retour de Laurent Gbagbo dans la bataille électorale. 

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Alassane Ouattara a mis fin au suspense sur ses ambitions présidentielles. "Je suis candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2020", a annoncé, jeudi 6 août, l’actuel chef de l’État ivoirien, choisissant le soixantième anniversaire de l’indépendance de son pays pour se déclarer.  

Sa candidature n’a rien d’une surprise. Certes, le président sortant avait clairement laissé entendre depuis plusieurs années, qu'il ne briguerait pas de troisième mandat, passant publiquement la main à son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly pour lui succéder. Mais la mort de ce dernier, brutalement décédé le 8 juillet à Abidjan à l'âge de 61 ans des suites de problèmes cardiaques, a depuis sérieusement remis en question la promesse du président. Le retour d’Alassane Ouattara dans la course à la présidentielle laisse présager, à bien des égards, une campagne très agitée.  

La candidature d’Alassane Ouattara, légale ou illégale ?  

Juridiquement, la question se pose. L’opposition juge la candidature d’Alassane Ouattara illégale eu égard à la nouvelle Constitution adoptée en 2016, qui limite – comme l’ancienne du reste — à deux le nombre de mandats présidentiels. "Cette question a beaucoup alimenté les discussions des constitutionnalistes en Côte d'Ivoire, estimait Sylvain N'Guessan, analyste politique de l'Institut stratégique d'Abidjan, dans un entretien accordé le 9 juillet à France 24. Les opposants à Ouattara estiment que, dans la mesure où la nouvelle Constitution de décembre 2016 n'a pas remis en cause son élection d'octobre 2015, il a atteint la limite et n’a plus le droit de se présenter. D'autres pensent au contraire, qu'avec une nouvelle Constitution, les compteurs sont remis à zéro et qu'Alassane Ouattara peut briguer un nouveau mandat. Le contexte est assez complexe. Il faut laisser les institutions en charge de la Constitution se prononcer." 

Vendredi, Maurice Kakou Guikaoué, secrétaire exécutif du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), interrogé par RFI, a annoncé le dépôt d'un recours contre cette candidature auprès du Conseil constitutionnel.

Dans ce contexte, deux scénarios possibles se dessinent, estime le journaliste Clément Yao, dans un article de "L’Afrique aujourd’hui". "Dans le meilleur des cas, vu les crispations et polémiques qui enflent autour de la Constitution et en raison aussi du court délai imparti pour le rééquilibrage de la Commission électorale indépendante […], le pouvoir ivoirien pourrait se saisir de ces éléments pour justifier le report de la présidentielle du 31 octobre à une autre date, peut-être, plus consensuelle." 

Côte d'Ivoire : le scrutin présidentiel se tiendra le 31 octobre
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Dans l’autre cas, si la candidature du président Ouattara est validée par le Conseil constitutionnel, "la situation pourrait dégénérer avant même la date de convocation des Ivoiriens aux urnes, poursuit le rédacteur. Dans ce scénario du pire, les conséquences seraient désastreuses. Selon plusieurs observateurs, les violences pourraient même dépasser celles qu’a connues ce pays lors de la crise post-électorale de 2010-2011." Certains observateurs vont même jusqu’à dire que ces mêmes violences pourraient embraser la région déjà fragilisée par les mouvements jihadistes. Ce serait alors "tous les efforts militaires consentis qui pourraient alors voler en éclat", conclut Clément Yao.  

De sombres perspectives que l’analyste politique Sylvain N’Guessan nuance dans un nouvel entretien à France 24. "Je pense que sa candidature sera validée par la Commission électorale ivoirienne (CEI). Cette dernière ne peut en effet avoir le recul requis pour analyser de manière objective l'article 183. Une chose est sûre, dans ce contexte, la candidature d’Alassane Ouattara va engendrer des troubles. Mais je ne pense pas qu'ils s'inscriront dans le temps."

Le retour de Laurent Gbagbo 

Autre point de crispation de la campagne, la question du retour de Laurent Gbagbo. À trois mois du scrutin, les partisans de l’ancien président espèrent toujours son retour au pays. L'ex-chef d’État ivoirien, acquitté puis libéré sous conditions par la Cour pénale internationale, reste dans l'attente de son passeport.  

Mais un tel retour est-il possible ? L’article II de la Constitution ivoirienne stipule qu’aucun Ivoirien ne peut se présenter à un scrutin s’il est en exil. Mais à partir du moment où la CPI permet à Laurent Gbagbo de rentrer, il devient possible de se présenter. "Encore faut-il qu'il en ait la volonté, abonde Sylvain N’Guessan. Si tel est le cas, il serait souhaitable qu'il puisse rentrer. À mon avis, il faudra privilégier le compromis politique : il serait intéressant que le dialogue entamé par le Premier ministre Bakayoko puisse se poursuivre et qu’une solution politique soit privilégiée."  

FR NW GRAB CIV THAÏS BROUCK JT10H Q1
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Manifestations et "brutalités policières" 

Sur le terrain, la situation est déjà tendue. Une manifestation des partisans de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, destinée à dénoncer "son absence sur la liste électorale", a été dispersée à coups de matraque et de gaz lacrymogènes, jeudi, à Abidjan. Le président de la Commission électorale ivoirienne, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, avait expliqué deux jours plus tôt que toute personne condamnée pour un délit ou un crime à une privation de ses droits civiques était rayée des listes électorales.  

De leur côté, les fidèles de Laurent Gbagbo accusent le pouvoir ivoirien de manœuvres politiques pour l'empêcher de revenir sur le devant de la scène. "Les manifestations vont continuer jusqu'à ce que les noms de nos leaders soient inscrits sur la liste électorale (...) afin qu'ils puissent jouir de leurs droits", a assené Jean Bahé, responsable d'une structure du Front populaire ivoirien (FPI, parti créé par Laurent Gbagbo), dénonçant "une brutalité policière" et faisant état de "trois arrestations et d'un blessé grave" dans leurs rangs.  

Reste à espérer que le scénario de la campagne présidentielle de 2010 ne se répète pas : il y a dix ans, la victoire d'Alassane Ouattara contre Laurent Gbagbo avait déclenché une guerre civile de plusieurs mois et fait 3 000 morts.  

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