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TÉMOIGNAGE

Explosions à Beyrouth : "Ma ville est détruite mais je suis fière d'être Libanaise"

Distribution effectuée dans l'ancien bâtiment de l'Université Saint Joseph, le 8 août, à Beyrouth.
Distribution effectuée dans l'ancien bâtiment de l'Université Saint Joseph, le 8 août, à Beyrouth. © Care
7 mn

Alors que l’aide internationale se décide dimanche à l'ONU et que le Premier ministre libanais Hassan Diab propose des élections parlementaires anticipées, sur le terrain, les ONG travaillent sans relâche. La tâche est immense. Témoignage de la Beyrouthine Patricia Khoder, de l'ONG Care.

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Beyrouth s'est réveillée pour le cinquième jour consécutif au milieu des décombres, avec en son cœur un cratère de 43 mètres de profondeur. Moins d'une semaine après la double explosion qui s'est produite le 4 août dans la zone portuaire et qui a fait plus de 150 morts et environ 6000 blessés, les secours tentent toujours de trouver d'éventuels survivants. Alors que l'aide internationale s'achemine vers la capitale libanaise, bénévoles et employés d'organisations non gouvernementales engagés sur le terrain, sont à pied d'œuvre. À l'instar de Patricia Khoder, responsable de la communication de l'ONG Care et habitante de Beyrouth, contactée par France 24, qui avoue être toujours en "état de choc".

France 24 : Comment avez-vous vécu cette double explosion ?

Patricia Khoder : J'étais dans les bureaux de l'ONG Care, dans le quartier de Badaro, [périphérie de la ville] au moment des explosions. On a entendu deux grandes déflagrations, on a d'abord pensé que c'était un attentat perpétré contre le bâtiment dans lequel nous étions. Puis, on est sorti et on a vu un immense champignon dans le ciel. Je me suis tout de suite rendue au port et j'ai pu voir que les quartiers de Gemmayzé, Achrafiyé, ou encore Mar Mikhael avaient été soufflés, il n'y avait plus rien. J'ai tout de suite écouté les infos et j'ai compris qu'il n'y avait plus de Beyrouth, que ma ville était partie. Ce sont des quartiers où je vivais, où j'ai grandi. Toute ma jeunesse était là-bas.

Quatre jours après le drame, je suis toujours en état de choc. Incapable de ressentir quoi que soit. Depuis les explosions, je n'ai dormi que 12 heures. Je n'arrive pas à trouver le sommeil, je n'arrive même pas à pleurer, je ne réalise toujours pas ce qu'il s'est passé. Je découvre chaque jour qu'une personne que j'aimais est morte, qu'un lieu a disparu. On a encore besoin de beaucoup de temps pour faire le bilan humain, matériel et plus encore pour commencer à faire le deuil.

Je parviens à tenir grâce à mon travail au sein de l'ONG Care. Depuis mardi, je me suis entièrement concentrée sur ma mission. Le fait que l'on puisse acheminer des vivres, lever des fonds pour le Liban, est ce qui m'importe le plus maintenant.

Que faîtes-vous au sein de l'ONG depuis les explosions? 

Je m'occupe de la communication mais cela fait deux jours que je suis sur le terrain pour distribuer des vivres, via des ONG locales qui sont très actives et grâce à l'aide de Care France, pour les quartiers les plus touchés par l'explosion. Ce sont des quartiers en pleine gentrification, mais qui sont essentiellement habités par des gens pauvres, qui n'ont plus rien et n'ont nulle part où aller.

Nous avons commencé à distribuer des colis alimentaires dans lesquels on peut trouver du riz, de la farine, des pâtes mais aussi des conserves qui peuvent être consommées immédiatement parce que beaucoup de sinistrés n'ont plus de maison, ni de cuisine. Ils sont dans la rue. On a commencé avec les denrées alimentaires mais on espère rapidement pouvoir distribuer bien d'autres choses. Le Liban a besoin de tout et tout de suite : des médicaments, - deux hôpitaux ont sauté et ne sont plus opérationnels -, des hôpitaux de campagne, des vêtements, des matelas, des draps, des lit, etc. On manque aussi de certains matériaux pour reconstruire. Il y a notamment une pénurie de verre car toutes les fenêtres de la ville ont volé en éclat et il n'y a plus assez de vitres dans le pays pour faire face à la demande. En attendant, les Libanais mettent des cartons, du plexiglas, d'autres n'ont tout simplement rien et continuent de dormir dans leurs habitations sans toit ou sans façade pour ne pas qu'on leur vole le peu qu'il leur reste. 

D'autres n'ont tout simplement plus de toit. Il y a 300 000 personnes qui vivent dans la rue. Or dans deux mois, les premières pluies vont arriver, le froid aussi. Il va falloir leur trouver des solutions.

Comment envisagez-vous l'avenir ?

Je ne pense pas à l'avenir. Je n'ai pas de lendemain, je suis comme ma ville. Il y a un traumatisme très fort qui empêche de se projeter dans le temps. Mais les Libanais sont forts, ils sont un peuple dignes. J'ai été très surprise de voir leur résilience : dès le lendemain des explosions, des gens nettoyaient les rues, dégageaient les débris. Il est très difficile de briser la volonté des Libanais.

Cela n'enlève rien à la difficulté de notre nouveau quotidien. J'ai vécu toute la guerre à Beyrouth mais je n'ai jamais rien vu d'une telle ampleur. Mais ce que je vois autour de moi me rend fière, ma ville est détruite, elle est à terre, mais quand je vois la solidarité qui s'organise autour de moi, quand je vois cette volonté de nettoyer, continuer et d'aller de l'avant mais si on n'a pas de lendemain, je me dis que je suis fière de mon peuple, fière d'être Libanaise.

On est évidemment très sensibles aux messages qui viennent du monde entier. On a besoin de courage, de l'espoir du monde entier. Cela fait pas mal de temps que l'on vit sans espoir. Aujourd'hui, plus que jamais, on a besoin de l'espoir du monde entier. Et c'est la communauté internationale qui va nous le redonner. C'est pourquoi, il est nécessaire de faire des dons aux ONG internationales et aux associations libanaises pour aider Beyrouth à se relever.

 

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