En Méditerranée, les pêcheurs face au défi des crabes bleus

Les crabes bleus Callinectes sapidus et Portunus segnis sont des espèces invasives.
Les crabes bleus Callinectes sapidus et Portunus segnis sont des espèces invasives. © AFP

Les crabes bleus Callinectes sapidus et Portunus segnis font des ravages depuis qu’ils sont arrivés en Méditerranée. Avec leurs longues pinces et leur appétit vorace, ils sont devenus les pires ennemis des pêcheurs locaux.

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Depuis 2006, une espèce de crabe bleu originaire de l’Atlantique Ouest a commencé à être détectée en nombre sur le littoral albanais : il s’agit du Callinectes sapidus, dont la chair est réputée délicieuse.

Mais le crustacé est aussi connu pour être très vorace et agressif, à tel point qu’il figure aujourd’hui parmi les 100 espèces les plus invasives de la Méditerranée et de l’Adriatique.

Cette année, il a particulièrement proliféré dans les eaux albanaises, pour le plus grand malheur des pêcheurs locaux : "Nous, les pêcheurs, sommes très inquiets, car le crabe bleu a tout avalé, il détruit les filets, les poissons, les anguilles de nos eaux ont complètement disparu", confiait à l’AFP Stilian Kishta, pêcheur albanais, le 24 juillet.

Le Callinectes sapidus a également été repéré sur une partie des côtes françaises et espagnoles. Mais pour l’instant, la situation n’est pas encore critique, selon Christine Pergent-Martini, spécialiste des écosystèmes littoraux : "En France, on se contente de suivre ces populations, de voir si elles s’étendent, et si elles posent ou pas des problèmes particuliers dans les nouveaux milieux où elles arrivent", explique-t-elle.

L’exemple tunisien

La Tunisie a pour sa part d’abord fait face à un autre crabe bleu, cousin du Callinectes sapidus : le Portunus segnis, venu de la région Indo-Pacifique. En 2014, sa prolifération commence à devenir problématique.

Anéantissant tout sur son passage, il se fait surnommer "Daech" par les pêcheurs tunisiens. Ces derniers ont manifesté leur inquiétude à de nombreuses reprises et, en 2017, l’État a réagi en lançant un plan pour exploiter et valoriser ce crabe. 

Des pêcheurs ont été formés pour exploiter l’espèce, qui n’était pas pêchée auparavant. Des nasses polyvalentes pliantes, plus efficaces pour l'attraper, ont été fournies, et le gouvernement s’est mis à subventionner le prix d'achat, en versant une aide financière pour chaque kilo pêché et vendu.

Des usines ont aussi commencé à produire du crabe congelé destiné à l'export, notamment vers le Golfe et l’Asie, où la demande est même supérieure à l’offre.

Aujourd’hui, ces exportations constituent la majorité des bénéfices faits sur la vente de Portunus segnis. Les crabes sont aussi vendus dans des marchés de villes tunisiennes côtières, mais restent peu répandus dans le reste du pays.

Un nouveau crabe plus agressif

Les mesures prises ont aidé à stabiliser la population de l’espèce. Mais Marouene Bdioui, chercheur à l’INSTM, confie qu’il est désormais inquiet de l’arrivée de Callinectes sapidus sur les côtes tunisiennes.

"Il me semble que cette espèce est plus valorisable, il y a plus de chair dans le Callinectes, mais c’est aussi une espèce très agressive, précise-t-il. Si les Tunisiens trouvent le Portunus segnis agressif, le Callinectes est pour moi dix fois plus agressif. Ses pinces sont plus grandes, plus robustes... Il faudrait traiter cette espèce beaucoup plus prudemment que le Portunus segnis."

Le chercheur a déjà été contacté par des confrères européens pour échanger sur les mesures à prendre face à la prolifération des crabes bleus. Pour lui, cette entraide est capitale. Face à ce fléau, "il faut que l’ensemble des pays méditerranéens agissent main dans la main", assure-t-il.

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