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L'accord Israël-Émirats, signe d'un "nouvel état d'esprit" au Moyen-Orient

Un homme lit un exemplaire du journal émirati The National près du Burj Khalifa, le gratte-ciel le plus haut du monde depuis 2009, à Dubaï, le 14 août 2020.
Un homme lit un exemplaire du journal émirati The National près du Burj Khalifa, le gratte-ciel le plus haut du monde depuis 2009, à Dubaï, le 14 août 2020. © Giuseppe Cacace, AFP

Donald Trump a annoncé, jeudi, un "accord de paix historique" entre Israël et les Émirats arabes unis. Ce rapprochement, fruit de négociations tripartites, divise sur la scène internationale mais aussi au niveau régional. Les cartes pourraient bien être rebattues au Moyen-Orient. France 24 fait le point.

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L’accord annoncé, jeudi 13 août, entre Israël et les Émirats arabes unis a été salué comme le début d'une "nouvelle ère" par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Les Émirats deviennent le troisième pays à normaliser ses relations avec l’État hébreu après l’Égypte (avec les accords de Camp David en 1978) et la Jordanie (en 1994).

Une annonce diversement reçue par la communauté internationale. L’Europe se félicite de cet accord, notamment la France et le Royaume-Uni. Au contraire, l’Autorité palestinienne y voit "une trahison de Jérusalem et de la cause palestinienne", de même que la Turquie et l’Iran.

  • Normalisation complète des relations

Le communiqué commun des États-Unis, d’Israël et des Émirats arabes unis parle d’une "normalisation complète des relations" entre l’État hébreu et les Émirats.

Il est aussi précisé que "des délégations (des deux pays) se rencontreront dans les prochaines semaines pour signer des accords bilatéraux concernant l’investissement, le tourisme, les vols directs, la sécurité, les télécommunications, les technologies, l’énergie, la santé, la culture, l’environnement, l’établissement d’ambassades réciproques ou d’autres domaines (présentant) des avantages mutuels".

"Cet accord témoigne d’un nouvel état d’esprit au niveau régional", explique David Rigoulet-Roze, enseignant et chercheur à l’Institut français d'analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques (L’Harmattan), contacté par France 24. "C’est la concrétisation de liens, de relations plus ou moins discrètes ces dernières années, mais de plus en plus approfondies entre Israël et les pétromonarchies, que ce soit là avec les Émirats arabes unis, ou avec l’Arabie saoudite ou Bahreïn."

  • Des relations "discrètes" entre Israël et les Émirats avant l'accord

Si cet accord peut sembler étonnant, notamment au regard des positions d’Israël et des Émirats au sujet de la cause palestinienne, les deux pays ont œuvré en coulisses à ce rapprochement. "Cela a été un travail de diplomatie discret, parce que l’on n’avait pas vu venir cet accord de normalisation entre les deux pays", explique Armelle Charrier, chroniqueuse internationale à France 24.

Mais ce travail n’a pas été amorcé récemment, comme l’explique David Rigoulet-Roze : "Des relations discrètes se sont nouées ces dernières années avec les pétromonarchies en général, qui se trouvent être membres du Conseil de coopération du Golfe, et les Émirats arabes unis en particulier, notamment face à ce qui est perçu comme une menace iranienne."

Des relations discrètes que les Émirats ont, cependant, rendus de plus en plus visibles dans leur rapprochement avec Israël. "Fin 2018, deux ministres israéliens – Ayoub Kara, ministre des Télécommunications et Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports – ont fait un déplacement à Abu Dhabi qui, par-delà leur périmètre de compétence, avait évidemment une dimension politique. À cela s’ajoute le 20 mai dernier le premier vol direct de la compagnie émiratie Etihad d'Abu Dhabi à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, destiné à apporter une aide médicale aux Palestiniens dans le contexte de la pandémie de Covid", précise l’enseignant-chercheur à l’IFAS. "C’est l’habileté de Mohammed bin Zayed al-Nahyan, prince héritier d'Abu Dhabi et dirigeant de facto des Émirats arabes unis, qui souhaite ce rapprochement avec Israël sans être pour autant taxé d’abandon de la cause palestinienne et qui essaie d’afficher le maintien à cette cause, même si concrètement il y a des contradictions sous-jacentes. Ce vol, c’était pour montrer que la pétromonarchie n’oubliait pas les Palestiniens même s’il y avait par ailleurs l'approfondissement des relations avec Israël."

  • "Flou" autour de la question des annexions en Cisjordanie

Après l'annonce de l'accord jeudi, un point, et non des moindres, reste en suspens : le projet israélien d'annexion de territoires palestiniens en Cisjordanie. Les interprétations divergent à ce sujet.

Aux yeux des Émirats, en échange de cet accord, Israël a accepté de "mettre fin à la poursuite de l'annexion des territoires palestiniens". Mais Benjamin Netanyahu a tempéré ce propos, estimant que cette annexion est "reportée" mais qu’Israël n'y a "pas renoncé". "J'ai apporté la paix, je réaliserai l'annexion", a-t-il même proclamé.

"Il y a une forme d’accord sur des éléments de langage en parlant de 'pause temporaire' concernant cette annexion initialement prévue le 1er juillet et qui n’a pas été effective", explique David Rigoulet-Roze. "Il y a un certain flou qui demeure, dont les éléments de langage constituent le reflet. La formulation renvoyant à l'idée de 'pause temporaire' toujours susceptible de faire l'objet d'une reconduction de manière plus ou moins indéfinie convient finalement aux deux parties puisqu’elle leur permet de maintenir leur position sans trancher de manière définitive, que ce soit Benjamin Netanyahu qui dit qu'il s'agit d'un report et pas d'une annulation, ou que ce soit Mohammed bin Zayed al-Nahyan qui explique dans un tweet que l’accord implique qu’il n’y aura pas de nouvelle annexion."

  • Trump "court derrière cet accord depuis longtemps"

Donald Trump, qui a eu la primauté de l’annonce de ce rapprochement, va lui aussi en tirer bénéfice. "Il s’exprime dans une campagne présidentielle et il a intérêt à montrer des beaux résultats", explique la chroniqueuse de France 24 Armelle Charrier. Outre cela, le président américain "court derrière cet accord depuis longtemps", selon David Rigoulet-Roze : "Le 28 janvier dernier, il avait présenté le fameux 'deal du siècle' supposé être un projet de paix entre Israéliens et Palestiniens. Trois ambassadeurs du Golfe étaient alors présents : il y avait les Émirats, le Bahreïn et Oman. L’accord Israël-Émirats a un intérêt d’autant plus important : dans le cadre de sa stratégie de réélection, comme il est en grande difficulté sur la scène intérieure – avec l’échec de la gestion de la pandémie de Covid-19 et une situation économique terrible –, ce serait une manière de consolider son socle électoral, constitué par le noyau dur chrétien évangéliste qui entretient une relation très étroite avec Israël."

Enfin, cet accord est bénéfique à plusieurs titres pour Israël, que ce soit sur le plan intérieur ou régional. Riccardo Bocco, professeur de sociologie politique invité de France 24 jeudi soir, explique que ce rapprochement avec les Émirats a lieu dans un contexte où "le Premier ministre n’a jamais été autant contesté par sa propre base électorale et par la classe moyenne israélienne". Cet accord, par ailleurs, va lui profiter sur "le plan stratégique international, à savoir sa lutte contre l’Iran", selon le spécialiste. "L’alliance avec les Émirats est (de ce point de vue) extrêmement importante, ce qui est également dans l’intérêt des États-Unis. C’est un redéploiement des cartes dans le monde arabe, et en particulier dans le Golfe."

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