Colère des États-Unis après le refus de l'ONU de prolonger l'embargo sur les armes en Iran

Le Conseil de sécurité de l'ONU a rejeté une résolution américaine visant à prolonger l'embargo sur les ventes d'armes à l'Iran, provoquant la colère des États-Unis, le 14 août 2020.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a rejeté une résolution américaine visant à prolonger l'embargo sur les ventes d'armes à l'Iran, provoquant la colère des États-Unis, le 14 août 2020. © Carlo Allegri, Reuters

Une résolution américaine ayant pour objectif de prolonger l'embargo sur les ventes d'armes en Iran a été rejetée, vendredi, par le Conseil de sécurité des Nations unies. Les États-Unis ont dénoncé un vote "inexcusable", avant d'annoncer vouloir déclencher un retour imminent au régime de sanctions internationales contre la République islamique.

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Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) a rejeté, vendredi 14 août, une résolution américaine visant à prolonger l'embargo sur les ventes d'armes à l'Iran, qui expire en octobre. Un rejet qui a suscité la colère des États-Unis. Ces derniers ont dénoncé un vote "inexcusable".

Seuls deux pays ont approuvé le projet de Washington, a annoncé l'Indonésie, qui préside cette instance. Deux autres, la Russie et la Chine, ont voté contre et les onze membres restants du Conseil se sont abstenus, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne.

La République dominicaine a été la seule — avec les États-Unis — à avoir voté en faveur du texte. Si celui-ci avait obtenu neuf voix favorables, Pékin et Moscou auraient certainement opposé leur veto, mais cela n'a pas été nécessaire.

L'ONU "a échoué à remplir sa mission fondamentale"

"Les États-Unis n'abandonneront jamais nos amis dans la région qui attendaient davantage du Conseil de sécurité", a réagi dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo. "Nous continuerons à travailler pour faire en sorte que le régime théocratique terroriste ne soit pas libre d'acheter et de vendre des armes qui menacent le cœur de l'Europe, du Moyen-Orient et au-delà", a-t-il déploré.

Selon le secrétaire d'État, l'ONU, qui regroupe notamment les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et France), "a échoué aujourd'hui à remplir sa mission fondamentale", à savoir "maintenir la paix et la sécurité internationales".

Le Conseil de sécurité "a rejeté une résolution raisonnable pour prolonger un embargo sur les armes en Iran vieux de treize ans et a ouvert la voie à ce que le principal État soutenant le terrorisme au monde puisse acheter et vendre des armes conventionnelles sans restrictions de l'ONU, pour la première fois depuis plus d'une décennie", a-t-il déploré, estimant qu'il était ainsi allé à l'encontre du souhait de nombreux pays arabes et d'Israël.

De son côté, Téhéran a salué, samedi, le vote du Conseil de sécurité de l'ONU. "Depuis soixante-quinze ans d'histoire des Nations unies, l'Amérique n'a jamais été si isolée", a écrit sur Twitter le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, quant à lui, jugé "scandaleuse" la décision de ne pas renouveler l'embargo. "Au lieu de s'opposer aux ventes d'armes, le Conseil de sécurité les encourage", a-t-il fustigé.

Le ministre de la Défense Benny Gantz a lui parlé de "mauvaise décision". "Dans sa tentative incessante de se doter d'armes nucléaires et ses efforts d'alimenter la terreur et la violence, l'Iran nuit à la paix dans la région et dans le monde", a-t-il tweeté.

Les États-Unis veulent un retour aux sanctions de l'ONU contre l'Iran

Plus tard, les États-Unis ont annoncé qu'ils allaient chercher à déclencher "dans les prochains jours" un retour automatique à l'ensemble des sanctions internationales contre l'Iran. Une déclaration faite vendredi par l'ambassadrice américaine aux Nations unies, Kelly Craft, dans un communiqué.

Washington avait en effet prévenu qu'en cas de mise en échec de son projet de résolution, il pourrait tenter de déclencher le "snapback" prévu par l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien. Ce mécanisme permet un retour automatique au régime de sanctions internationales contre l'Iran qui prévalaient auparavant.

Des diplomates ont indiqué que les États-Unis pourraient lancer ce processus dès la semaine prochaine mais que cela devrait donner lieu à une bataille acharnée, alors que l'administration Trump s'est retirée en 2018 du Plan d'action global commun (PAGC) signé à Vienne en juillet 2015.

Un éventuel "snapback" aurait certainement pour effet de tuer le PAGC, alors que Téhéran a déjà commencé à violer des termes de l'accord en réponse au retrait de Washington et à la réimposition de sanctions américaines unilatérales.

"L'imposition de quelconques sanctions ou restrictions contre l'Iran par le Conseil de sécurité donnera lieu à une réponse ferme de l'Iran et nos options ne sont pas limitées", a d'ores et déjà prévenu l'ambassadeur iranien à l'ONU, Majid Takht Ravanchi. "Les États-Unis et toute entité qui pourraient soutenir ou accepter ce comportement illégal en porteront l'entière responsabilité", a-t-il ajouté dans un communiqué.

Plus tôt dans la journée, le président russe Vladimir Poutine a proposé la tenue d'un sommet virtuel avec les États-Unis et les parties toujours prenantes de l'accord de 2015 (France, Allemagne, Royaume-Uni, Chine et Iran) en vue d'éviter une escalade aux Nations unies à propos de l'Iran. La France est disposée à prendre part à cette réunion, a fait savoir l'Élysée.

Avec AFP et Reuters

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