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Covid-19 : les centres de dépistage "saturés" en Île-de-France

Les tests de dépistage PCR ont été mis en place le 11 mai en France. Ici, le 22 mai en Seine-Saint-Denis.
Les tests de dépistage PCR ont été mis en place le 11 mai en France. Ici, le 22 mai en Seine-Saint-Denis. © Stéphane de Sakutin, AFP

En partance pour la France d'outre-mer, de retour de mariage ou en contact avec un collègue contaminé... De plus en plus de Français se précipitent dans les centres de dépistage pour se faire tester gratuitement et sans ordonnance. Certains personnels de laboratoire ne cachent pas leur exaspération.

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Tout au long de l'été, les centres de dépistage du Covid-19 ont été pris d'assaut par les Franciliens. Les jeunes... comme les moins jeunes. "Il y a les enfants qui ont passé un journée au centre de loisirs avec un animateur testé positif au Covid-19, il y a aussi les 25-45 ans qui ont été en contact avec une personne positive dans leur entreprise", détaille auprès de France 24 la ligne info service du ministère de la Santé.

Dans le centre hospitalier Delafontaine à Saint-Denis, en banlieue parisienne, la vague a commencé dès les premiers départs en vacances. "Beaucoup sont venus se faire dépister quelques jours avant de prendre l'avion pour les Outre-mer", précise à France 24 Caroline*, une laborantine. La France exige un test négatif réalisé moins de 72 heures avant le vol pour les voyageurs qui se rendent en Guadeloupe, en Martinique, à La Réunion, à Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon. "Ils sont complètement stressés à l'idée de ne pas pouvoir partir", ajoute la jeune femme. Certains pays, comme les États-Unis, les Émirats arabes unis ou encore le Maroc – avant la fermeture de sa frontière le 16 août –, ont imposé les mêmes consignes, obligeant les Français à se faire dépister.

Plus de 600 000 tests chaque semaine

En août, ce sont plus de 600 000 tests qui sont réalisés chaque semaine en France – contre près de 500 000 courant juillet. Il s'agit principalement du test virologique PCR (qui signifie en anglais Polymerase Chain Reaction, soit réaction en chaîne par polymérase), réalisé en insérant un coton-tige dans le nez du patient. Il permet de détecter la présence du virus au moment où le test est effectué. Son coût, pris en charge intégralement par l'Assurance maladie : 54 euros.

Il est aussi possible de se faire tester sérologiquement, à partir d'une prise de sang en laboratoire, pour rechercher des anticorps au virus et savoir si on a été infecté par le passé. L'ordonnance est nécessaire pour être remboursé (son coût : autour de 10 euros). D'autres, baptisés Trod (pour test rapide d’orientation diagnostique), sont disponibles en pharmacie depuis le 11 juillet avec un résultat dans les dix minutes pour un coût d'environ 20 euros. Les tests salivaires sont toujours à l'étude tandis que la vente d'autotests Covid-19 reste, elle, interdite en France.

La France propose des tests virologiques et sérologiques pour dépister le Covid-19.
La France propose des tests virologiques et sérologiques pour dépister le Covid-19. © solidarites.sante.gouv.fr

Depuis le début de l'épidémie, le gouvernement a intensifié sa politique de dépistage : après avoir donné la priorité aux personnes à risques et au personnel soignant en avril, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a amorcé en mai une campagne de dépistage à grande échelle en le proposant à tous les Français. Pour faciliter les démarches, il a annoncé le 25 juillet qu'il n'était plus nécessaire d'être muni d'une ordonnance ou de présenter des symptômes pour effectuer un test.

Résultat : les laboratoires se retrouvent dépassés par les demandes. Dans un centre du 13e arrondissement, le personnel a été contraint de s'adapter à sa patientèle en acceptant de dépister tous les jours. "Avant l'été, les tests Covid avaient lieu sur rendez-vous, uniquement le mercredi", précise à France 24 Marie*, une des laborantines. La surcharge de travail a aussi causé du retard dans les résultats : jusqu'à plus de 72 heures, au lieu de 24 à 48 heures initialement.

"Les gens viennent se faire tester sans réfléchir"

Aujourd'hui, Marie regrette surtout le manque de communication concernant les modalités des tests. "Les gens viennent se faire tester sans réfléchir alors qu'il faut attendre cinq à sept jours après le dernier contact avec la personne contaminée", précise-t-elle, ajoutant que de telles situations peut créer de "faux négatifs". En revanche, si la personne contaminée est sous le même toit que le patient, le dépistage peut être fait immédiatement.

"Cette angoisse, ce stress, cette pression... cela vient des médias", s'emporte Véronique*, une biologiste d'un autre laboratoire parisien "saturé". Le groupe enregistre 2 000 tests Covid par jour en Île-de-France. "Si on présente des signes pathologiques, si on est dans un cluster, je comprends qu'on vienne se faire tester, mais comment expliquer que certains reviennent trois fois ? Comment expliquer que des compagnies aériennes exigent que les tests soient effectués 72 heures avant le vol ? Les gens nous appellent pour nous demander de modifier les heures... Voilà où on en est", déplore la biologiste, qui ne cache pas son "exaspération".

"Les tests sont devenus un bien de consommation"

Dans sa campagne de dépistage massif, le gouvernement a également prévu d'élargir la liste du personnel soignant habilité à de tels prélèvements. Un infirmier diplômé d'État, un aide-soignant, un étudiant en médecine, un sapeur-pompier ou encore un secouriste sont désormais autorisés à effectuer des tests.

Mais pour Véronique, le problème de saturation repose davantage sur la gratuité du dépistage, qui a transformé les tests en un "bien de consommation". Dans son laboratoire aujourd'hui, ce sont les jeunes qui viennent le plus se faire dépister. "Ils sortent d'un mariage ou d'une réunion familiale", soupire-t-elle. Pendant ce temps, les seniors, qu'elle appelle "les sacrifiés du Covid", ne sont que 15 % à franchir la porte de son laboratoire.

Au lieu de renforcer le dépistage, Véronique aurait préféré une "vraie stratégie de testing". Avant d'ajouter : "Et maintenant, une question se pose : qui va payer ? Et quand ?"

* Les prénoms ont été modifiés.

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