Covid-19: le spectacle vivant réclame une partition claire

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Paris (AFP)

Concilier spectacle vivant et contraintes liées au Covid-19: les acteurs du monde culturel impacté par la crise sanitaire attendent énormément des rendez-vous avec la ministre de la Culture Roselyne Bachelot dans les prochains jours.

Il n'y a pas de table ronde prévue mais une série de tête à tête, à partir de mercredi, entre la nouvelle pensionnaire de la rue de Valois --et/ou son directeur de cabinet-- et les représentants d'une activité sinistrée. Le secteur de la scène a été un des premiers à baisser le rideau et ne l'a toujours pas relevé, sauf pour des manifestations de poche. L'interdiction des fosses (public debout) ne permet ainsi pas la réouverture de nombre de salles de concerts où la configuration assise n'est pas viable économiquement.

La situation n'est guère plus réjouissante dans les théâtres, surtout pour ceux peu ou pas subventionnés. "Il faudrait qu'on arrive à 80% de la jauge pour avoir la capacité de respirer", synthétise pour l'AFP Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond Point à Paris. Il espère "une visibilité claire sur le fonctionnement de nos salles, avec une vraie prise en considération du spectacle vivant".

Et cet homme-orchestre --dramaturge, réalisateur etc.-- ne veut plus de "confusion comme il y a eu avec le Puy-du-Fou, par manque de communication". La dérogation préfectorale de ce parc à thème pour un show avec 9.000 spectateurs ce week-end --les rassemblements de plus de 5.000 personnes sont interdits jusqu'au 30 octobre-- a fait grincer les dents des arts vivants. La ministre a dû prendre la parole --"aucun passe-droit" (Le Parisien)-- face à la polémique galopante.

- "Plan de reprise" -

Jean-Michel Ribes rebondit: "à quel endroit on a droit à des dérogations? Avec quel protocole? Que toutes les hypothèses soient envisagées et clairement définies, avec le soutien financier nécessaire, bien entendu".

Face à des trésoreries dans le rouge, "il faudrait que des mesures d'accompagnement soient annoncées tout de suite", renchérit auprès de l'AFP Angelo Gopee, patron de Live nation France (spectacles/concerts). "Il faudrait étendre les mesures de chômage partiel, jusqu'à la fin de l'année 2020, voire au delà, car on va être touchés pendant encore un ou deux ans", détaille celui qui est aussi membre du conseil d'administration du Prodiss, première organisation patronale du spectacle musical dans le privé.

Dans l'immédiat, Angelo Gopee voudrait aussi une "exonération des charges, jusqu'à la fin de l'année, qui soit inscrite dans les faits et pas seulement dans les mots". Et à plus long terme, il en appelle à un "plan de reprise", pour "faire revenir les gens dans les salles".

Le patron de Live nation France rappelle que ce ne sont pas seulement les "artistes, techniciens et producteurs de spectacle" qui sont menacés, mais aussi toute une économie liée, comme "les chauffeurs de bus, habilleuses, hôtesses, cuisiniers, etc".

- "Tous ensemble" -

Il voit d'un mauvais œil les entrevues individuelles calées par la ministre. "Il en va de la responsabilité de Roselyne Bachelot de mettre tout le monde autour de la table, c'est tous ensemble que nous arriverons à faire face aux enjeux colossaux des mois et des années à venir".

"Roselyne Bachelot peut être cette fédératrice", veut-il croire. "C'est une femme courageuse, souligne Jean-Michel Ribes. Avec sa double qualité de ministre de la Culture et de docteure en pharmacie, je pense qu'elle va trouver le vrai chemin pour qu'on retrouve au maximum les scènes".

Rendez-vous a également été pris fin août avec Frantz Steinbach, à la tête du "comité de filière nuit, lieux musicaux festifs et de vie". "Nous sommes toujours les sacrifiés de la République, notre filière risque de s'éteindre", déplore-t-il auprès de l'AFP. "On attend une feuille de route, pour imaginer une reprise partielle d'activité. Qu'on s'appuie sur nos compétences et expertises, sinon les fêtes sauvages seront toujours plus nombreuses", conclut-il.