Assassinat de Rafic Hariri : le Hezbollah blanchi, un membre présumé reconnu coupable

Les magistrats du Tribunal spécial pour le Liban, le 18 août 2020.
Les magistrats du Tribunal spécial pour le Liban, le 18 août 2020. © Piroschka Van De Wouw/Pool, Reuters

Au terme de six années de procès, le Tribunal spécial pour le Liban a jugé qu'"il n'y a[vait] pas de preuve" d'implication du Hezbollah dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en février 2005. En revanche, un membre présumé du mouvement chiite, Salim Ayyash, a été reconnu coupable.

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La direction du Hezbollah et Damas blanchis par le Tribunal spécial pour le Liban (TSL). Selon l'instance internationale qui siège aux Pays-Bas, "il n'y a pas de preuve de quelque implication que ce soit de la direction du Hezbollah" dans l'attentat à la camionnette piégée qui a coûté la vie à l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et à 21 autres personnes en février 2005 à Beyrouth, a déclaré mardi 18 août le juge David Re, lors de la lecture du verdict de ce procès.

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Salim Ayyash reconnu coupable d'"homicide intentionnel"

Le tribunal a reconnu coupable Salim Ayyash, membre présumé du Hezbollah, d'"homicide intentionnel" et d'avoir été à la tête de l'équipe qui a mené l'attaque tuant l'ancien Premier ministre. Les juges ont déclaré qu'ils étaient "convaincus au-delà de tout doute raisonnable" que Salim Ayyash était l'utilisateur de plusieurs téléphones portables ayant servi à surveiller Rafic Hariri pendant les mois précédant l'attentat, élément clé du dossier formé par l'accusation.

Les magistrats ont également indiqué être convaincus que Salim Ayyash, 56 ans, - également accusé d'être impliqué dans trois autres attentats contre des hommes politiques en 2004 et 2005 - "avait des liens avec le Hezbollah".

"La Syrie et le Hezbollah ont peut-être eu des motifs d'éliminer M. Hariri et ses alliés politiques, mais il n'y a aucune preuve que les dirigeants du Hezbollah aient été impliqués dans le meurtre de M. Hariri et il n'y a aucune preuve directe de l'implication syrienne", a toutefois déclaré le juge président David Re.

Les magistrats prononceront ultérieurement sa peine. Condamné en son absence, il risque la prison à perpétuité s'il devait un jour être rendu au tribunal.

Après avoir entendu près de 300 témoins et examinés plus de 3 000 pièces à convictions, les juges du tribunal ont estimé qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves pour condamner les trois autres suspects, Hassan Merhi, Hussein Oneissi et Assad Sabra.

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Saad Hariri accepte la décision du tribunal

Au bout de six ans de procès, "nous espérons sincèrement que le verdict d'aujourd'hui vous permettra de faire le deuil", a déclaré le juge, s'adressant aux victimes et à leurs familles. Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre libanais, était présent pour assister à l'audience.

"Le tribunal a statué, et au nom de la famille de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, et au nom des familles des martyrs et victimes, nous acceptons la décision du tribunal", a déclaré Saad Hariri à des journalistes à l'issue du prononcé du jugement, devant le TSL. "Nous avons tous découvert la vérité aujourd'hui", a-t-il ajouté.

En revanche, dans les rues de Beyrouth, les partisans de Rafic Hariri ont exprimé leur déception à l'annonce du verdict. "En fin de compte, les accusés sont des dirigeants du Hezbollah", a affirmé à l'AFP Amine Baroudi, un étudiant originaire de Tripoli (nord). "Moi, et mes futurs enfants, resterons convaincus que ceux qui ont commis le crime étaient affiliés au Hezbollah et n'ont pas pris la décision de leur propre chef."

Riyad appelle à "sanctionner" le Hezbollah

De son côté, l'Arabie saoudite, proche de l'ancien Premier ministre libanais assassiné, a appelé mardi à "sanctionner" le Hezbollah. "Le gouvernement saoudien appelle à la justice et à sanctionner le Hezbollah et ses éléments terroristes pour protéger le Liban, la région et le monde", a déclaré le ministère des Affaires étrangères cité par l'agence de presse officielle SPA.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a, lui, qualifié la décision de "sans équivoque" et a déclaré que le Hezbollah avait "pris en otage l'avenir des Libanais au service des intérêts étrangers".

Le mouvement chiite, acteur incontournable sur la scène politique libanaise, a nié toute implication. Vendredi 14 août, son leader, Hassan Nasrallah, a dit ne pas être concerné par le jugement et que si un membre du mouvement était jugé coupable, le Hezbollah clamerait son innocence.

Washington a de son côté "salué" la nouvelle. "La condamnation d'Ayyash contribue à confirmer ce que le monde reconnaît de plus en plus : que le Hezbollah et ses membres ne sont pas des défenseurs du Liban comme ils le prétendent, mais forment une organisation terroriste dont l'objectif est de promouvoir les projets sectaires néfastes de l'Iran", a estimé dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo.

Avec Reuters et AFP

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