L'Union africaine suspend le Mali, les putschistes sous pression internationale

Le chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air malienne, Ismaël Wagué, s'exprime lors d'une conférence de presse à Kati, au Mali, le 19 août 2020.
Le chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air malienne, Ismaël Wagué, s'exprime lors d'une conférence de presse à Kati, au Mali, le 19 août 2020. © Annie Risemberg, AFP

La pression internationale s'est accentuée, mercredi, sur la junte militaire qui a pris le pouvoir au Mali en arrêtant le président Ibrahim Boubacar Keïta et son Premier ministre. L'Union africaine a annoncé la suspension du pays de l'organisation tandis que l'ONU a appelé à la libération immédiate des dirigeants arrêtés.

Publicité

La communauté internationale continue de réagir, au lendemain du coup d'État qui a renversé le gouvernement malien. L'Union africaine a annoncé, mercredi 19 août, la suspension du Mali de l'organisation "jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel". Le président en exercice de l'UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, a par ailleurs exigé la "libération immédiate" du président Ibrahim Boubacar Keïta, toujours détenu au lendemain de son arrestation par l'armée.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé de son côté les soldats mutinés à "regagner sans délai leurs casernes" et à libérer "immédiatement" tous les dirigeants arrêtés. Lors d'une réunion d'urgence à huis clos, les pays membres ont également "souligné la nécessité pressante de rétablir l'État de droit et d'aller vers un retour de l'ordre constitutionnel". Le président français Emmanuel Macron a également réagi dans la soirée, estimant que "la lutte contre les groupes terroristes et la défense de la démocratie et de l'État de droit sont indissociables".

Des réactions qui s'ajoutent à celle des États-Unis et de l'Union européenne, plus tôt dans la même journée. À l'issue d'un sommet extraordinaire de l'UE, les 27 ont réclamé un "retour immédiat de l'État de droit" dans le pays. "La stabilité de la région et du Mali, la lutte contre le terrorisme doivent demeurer des priorités absolues", a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, soulignant "l'extrême préoccupation" des Européens.

La réaction était tout aussi virulente de l'autre côté de l'Atlantique. Washington a ainsi "condamné fermement la mutinerie du 18 août au Mali comme nous condamnerions toute prise du pouvoir par la force", a insisté le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, sans parler de coup d'État.

>> À lire aussi : "Au Mali, de la crise politique au coup d’État militaire"

 

01:22

 

Parmi les pays voisins, l'Algérie, qui partage 1 400 km de frontières avec le Mali et a joué un rôle important dans les pourparlers de paix dans ce pays, "réitère son ferme rejet de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement". De même, le Maroc, partenaire du Mali, s'est dit "attaché à la stabilité de ce pays".

Le président Keïta et le chef du gouvernement, Boubou Cissé, étaient toujours mercredi au camp militaire de Kati, le quartier général des auteurs du coup d'État situé près de Bamako, a indiqué une source au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), l'instance créée mardi par les putschistes. D'autres responsables civils et militaires ont également été arrêtés mardi.

"Nous tenons à la stabilité du pays"

De son côté, la junte au pouvoir à Bamako a appelé mercredi les Maliens à "vaquer librement à leurs occupations" et à "reprendre sainement leurs activités", réclamant également l'arrêt du vandalisme. Le comité "invite les fonctionnaires à reprendre le travail dès demain, jeudi 20 août 2020, et rassure les populations que toutes les dispositions sont prises pour la protection des personnes et des biens, ainsi que les lieux de travail", a ajouté Ismaël Wagué, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air et porte-parole des militaires.

"Nous ne tenons pas au pouvoir mais nous tenons à la stabilité du pays qui nous permettra de réaliser dans des délais raisonnables consentis des élections générales pour permettre au Mali de se doter d’institutions fortes capables de gérer au mieux notre quotidien et restaurer la confiance entre le gouvernement et les gouvernés", a-t-il poursuivi. L’officier a qualifié les armées des pays voisins et les forces de maintien de la paix de l’ONU comme celle de la France de "partenaires pour la stabilité et le rétablissement de la sécurité".

Un officier malien, le colonel Assimi Goita, a déclaré mercredi soir être le chef de la junte, après une réunion avec les secrétaires généraux des administrations. "Le Mali se trouve dans une situation de crise socio-politique, sécuritaire. Nous n'avons plus le droit à l'erreur. Nous, en faisant cette intervention hier, nous avons mis le pays au-dessus (de tout), le Mali d'abord", a affirmé l'officier, entouré de militaires armés. 

Figure notoire de l'opposition malienne, l'imam Mahmoud Dicko envisage de s'éloigner de la scène politique après avoir rencontré des putschistes, a indiqué mercredi, son porte-parole Amadou Maiga.

Couvre-feu et frontières fermées

Le calme régnait toutefois mercredi dans la capitale, qui portait encore les stigmates des incidents ayant ponctué ce renversement de pouvoir. Les bureaux abritant le cabinet d'avocats de l'ex-ministre de la Justice Kassim Tapo ont notamment été attaqués et incendiés par des gens en colère. Les administrations et les banques étaient également fermées.

Le président Keïta a annoncé à la télévision publique sa démission dans la nuit de mardi à mercredi, puis la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale. "Ai-je réellement le choix ?", a-t-il déclaré, en disant vouloir éviter que du sang ne soit versé pour qu'il se maintienne au pouvoir.

Le colonel-major Ismaël Wagué a ensuite annoncé la création du Comité national pour le salut du peuple, expliquant que les militaires avaient "décidé de prendre (leurs) responsabilités" face au chaos, à l'anarchie et à l'insécurité.

Les militaires ont appelé la société civile et les mouvements politiques à "créer les meilleures conditions d'une transition politique civile conduisant à des élections générales crédibles" dans un "délai raisonnable". Les putschistes ont enfin annoncé la fermeture des frontières et l'instauration d'un couvre-feu, tout en tentant de rassurer la communauté internationale sur ses intentions. "Tous les accords passés" seront respectés, a affirmé le colonel Wagué.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine