Paris : Christophe Girard, ancien adjoint d'Anne Hidalgo, visé par une enquête pour viol

Christophe Girard est désormais personnellement visé par la justice pour des "soupçons de viol". Ici, à Paris, le 2 avril 2019.
Christophe Girard est désormais personnellement visé par la justice pour des "soupçons de viol". Ici, à Paris, le 2 avril 2019. © Bertrand Guay, AFP

Déjà critiqué pour ses liens avec l’écrivain pédophile Gabriel Matzneff, l’ex-adjoint à la maire de Paris Christophe Girard est à son tour visé par une enquête pour "viol" ouverte mardi par la justice après des révélations du New York Times. L'élu a réagi en annonçant son retrait temporaire du Conseil de Paris.

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Christophe Girard est désormais dans le viseur de la justice. Le parquet de Paris a annoncé, mardi 18 août, l’ouverture d’une enquête pour "viol" à l’encontre de l’ex-adjoint à la mairie de Paris, après des révélations du New York Times. Dans un article du quotidien américain, un homme accuse Christophe Girard d’être à l’origine d’une relation abusive avec lui quand il était mineur. Déjà mis en cause pour ses liens avec l’écrivain pédophile Gabriel Matzneff, l'élu a réagi en annonçant son retrait temporaire du Conseil de Paris, un mois après avoir quitté ses fonctions d’adjoint à la Culture, le 24 juillet.

"Par souci de sérénité et du bon fonctionnement de la majorité au sein du Conseil de Paris, j'ai proposé à Anne Hidalgo (...) ma mise en retrait le temps de l'enquête préliminaire et pour mieux me défendre", a annoncé, via son avocate, l'élu au Conseil de Paris et au Conseil municipal du XVIIIe arrondissement.

Christophe Girard, 64 ans, est désormais accusé par un homme affirmant avoir été victime d'une relation abusive avec lui quand il était mineur dans les années 1990. L'élu conteste de son côté toute relation sexuelle avec lui.

Le procureur de Paris, Rémy Heitz, avait annoncé plus tôt mardi l'ouverture d'une "enquête pour examiner des soupçons de viol par personne ayant autorité". Mais le procureur a précisé que les investigations devraient déterminer, outre l'exactitude des accusations, si "la prescription de l'action publique est acquise" au vu de l'ancienneté des faits.

"Il a profité de ma jeunesse pour ses plaisirs sexuels"

Dans l'article publié par le New York Times, Aniss Hmaïd raconte au quotidien américain avoir rencontré Christophe Girard en Tunisie à l'été 1989, quand il avait 15 ans. Selon lui, il aurait ensuite été entraîné dans une relation abusive de près de dix ans qui lui a laissé "des blessures psychologiques durables".

Âgé désormais de 46 ans, il accuse Christophe Girard de l'avoir agressé sexuellement une première fois à 16 ans lors d'un voyage aux États-Unis et de l'avoir contraint à des rapports sexuels une vingtaine de fois au cours des années suivantes.

En échange, Aniss Hmaïd assure que Christophe Girard l'employait parfois comme domestique dans sa résidence d'été dans le sud de la France et "lui obtenait des emplois temporaires au sein de la maison Yves Saint Laurent", dont il était l'un des principaux dirigeants.

Quatre membres de son entourage ont confirmé au quotidien américain "qu'il leur avait révélé les abus de M. Girard il y a près de vingt ans".

"Il a profité de ma jeunesse, de mon jeune âge et tout ça pour ses plaisirs sexuels", a déclaré au quotidien américain Aniss Hmaïd, qui a envisagé de dénoncer Christophe Girard aux autorités mais en a été dissuadé par sa mère qui le jugeait "trop puissant".

Pas de dépôt de plainte

L'ancien bras droit de la maire Anne Hidalgo, pilier depuis 20 ans de la municipalité, avait dénoncé dès dimanche des allégations "graves" et "sans fondement". Il avait alors annoncé une plainte en dénonciation calomnieuse.

"La personne qui met en cause Christophe Girard n'a pas porté plainte, même aujourd'hui, et elle a préféré contacter les journalistes", a réagi mardi auprès de l'AFP l’avocate de l’homme politique, Me Delphine Meillet. "On peut imaginer qu'il ne voulait pas être confronté à l'institution judiciaire, qui juge avec impartialité et sagesse, et il a privilégié la justice médiatique."

Pour Me Meillet, "le parquet se sent obligé d'ouvrir une enquête au regard de la pression médiatique (...). Mais juridiquement, ça ne tient pas une seule seconde", estime-t-elle, notamment parce que Aniss Hmaïd affirme avoir été "consentant", tout en disant avoir été pris dans un "engrenage".

Anne Hidalgo "satisfaite" de l'ouverture de l'enquête

À la Mairie de Paris, l'ouverture de cette enquête a conduit les derniers soutiens de Christophe Girard au sein de la majorité à changer de ton.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a déclaré dans un tweet être "satisfaite" de l'ouverture de l'enquête. Elle a ensuite rappelé son "soutien indéfectible à toutes les victimes de viol".

Un changement de position pour la maire de Paris. Après une manifestation d’écologistes et de féministes le 23 juillet sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville dénonçant le soutien de Christophe Girard à Gabriel Matzneff, Anne Hidalgo avait exprimé "toute [son] affection et [son] soutien pour [son] ami Christophe Girard, victime d’un déferlement de haine et d’une violence inacceptable".

Standing ovation au Conseil de Paris

Christophe Girard avait démissionné de ses fonctions d'adjoint au lendemain de la manifestation. Après cette décision, le Conseil de Paris et le préfet de police de Paris, Didier Lallement, lui avaient rendu hommage avec une salve d’applaudissements. Cette standing ovation avait fini par étouffer les cris de "honte !" de certaines élues écologistes présentes – les écologistes faisant pourtant partie de la majorité municipale.

"En juillet, des élues écologistes ont été prises pour cibles pour avoir demandé la démission de Girard. Depuis, les dossiers s'amoncellent et la justice se saisit de l'affaire. Notre majorité doit être exemplaire : Girard ne peut plus en faire partie", a estimé mardi dans un tweet David Belliard (EELV), maire-adjoint de Paris.

Les enquêteurs avaient interrogé Christophe Girard en mars. Ce dernier a été secrétaire général de la maison Yves Saint Laurent entre 1986 et 1987 alors que la structure avait apporté un soutien financier à Gabriel Matzneff dans les années 1980, selon plusieurs récits.

L'écrivain est lui visé par une enquête pour "viols sur mineurs" ouverte par le parquet de Paris après la publication en janvier du roman autobiographique de Vanessa Springora. Elle y décrit la relation sous emprise qu'elle a entretenue avec l'écrivain lorsqu'elle était mineure.

Avec AFP

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