RB Leipzig: Red Bull franchit un cap dans sa conquête du foot

Berlin (AFP)

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Avec la demi-finale de Leipzig en Ligue des champions, quatre ans après son accession en Bundesliga, la marque autrichienne Red Bull vient de franchir un cap important vers son ambition ultime: s'installer au sommet du football européen.

Certes, l'enthousiasme de la jeune équipe allemande s'est fracassé contre l'effectif de stars du Paris SG (3-0). Mais l'exploit n'en est pas moins grand, et de nature à inquiéter ceux qui n'ont jamais accepté l'intrusion de Red Bull dans le football.

"Les anti-Leipzig peuvent respirer!", s'exclame mercredi matin le quotidien Tagesspiegel de Berlin, "la défaite du RB Leipzig est une victoire pour les tenants du folklore du football".

Ceux qui, comme le patron du Borussia Dortmund Hans-Joachim Watzke, pensent que Leipzig "ne joue au football que pour vendre des canettes", auront probablement été confortés dans leur vision par la campagne organisée à Lisbonne par le RB.

Seul des huit clubs du tournoi final, Leipzig a fait placarder en ville 1.400 affiches de promotion, mettant en avant ses joueurs. Mais comment ne pas y voir une opération de pub pour Red Bull?

- Loin des géants européens -

Pourtant, chaque succès des hommes au maillot rouge et blanc contribue à faire entrer le RB dans la normalité. Depuis quatre ans, sondage après sondage, le club est de plus en plus apprécié par les fans de foot allemands.

Sur le plan sportif, le projet est intéressant. Pas de politique d'achat de "galactiques" comme au Real Madrid ou au PSG, mais un collectif de joueurs en début de carrière, à qui l'on donne rapidement de l'expérience en leur confiant des responsabilités.

Économiquement, la croissance est contrôlée. Le club est encore à des années-lumière des mastodontes européens comme Paris, Munich, Liverpool ou le Real en terme de salaires et de valeur marchande de l'effectif.

L'entraîneur Julian Nagelsmann est d'ailleurs lucide: passer du statut actuel à celui de grand d'Europe sera beaucoup plus difficile que de passer de la cinquième division à la Bundesliga. "Nous développer à la même vitesse que lors des onze dernières années sera un énorme défi", reconnaît le coach de 33 ans.

Les dirigeants n'ont pas l'intention de se laisser griser par leur aventure européenne. "Nous allons continuer à évoluer dans le cadre qui était le nôtre avant ce final 8", assure le patron Oliver Mintzlaff, écartant l'idée de dépenser des fortunes pour acquérir des stars.

Car le projet est un projet à long terme, porté par l'Autrichien de 76 ans fondateur de Red Bull et désormais milliardaire, Dietrich Mateschitz, qui a fait depuis longtemps du sport un vecteur formidable de notoriété pour sa marque de boissons énergétiques.

- "Grand ennemi du football" -

Après s'être investi dans l'univers des sports extrêmes dans les années 1990, il s'est attaqué à la Formule 1. Engagé comme constructeur en 2005, Red Bull a été sacré champion du monde dès 2010, premier d'une série de quatre titres consécutifs jusqu'en 2013.

En parallèle, Mateschitz mûrissait un projet plus grandiose encore: s'imposer dans le football, le sport roi sur la planète.

Le RB Leipzig, l'instrument de cette ambition, a grandi à marche forcée: fondé en 2009 en cinquième division, promu en 2016 en Bundesliga, demi-finaliste de Ligue des champions quatre ans plus tard!

Aux "romantiques", qui voient dans ce modèle l'aliénation ultime du jeu aux valeurs commerciales, les réalistes répondent que le Bayern et ses tout-puissants sponsors Adidas, Audi ou Allianz, le PSG et Manchester City avec leurs financement qatari et émirati, ou encore la Juventus avec la famille Agnelli, évoluent depuis bien longtemps dans un monde où l'argent domine tout.

"Il est hypocrite de voir dans le RB Leipzig le grand ennemi du football", commentait mercredi le Tagesspiegel: "Ceux qui pensent cela vivent dans leur petit monde personnel. Pas dans la réalité du football".

Leipzig n'a-t-il pas été battu mardi par le PSG, dont l'effectif vaut près d'un milliard d'euros? Red Bull, avec son groupe à 500 millions, est encore loin du compte, s'il veut gagner un jour la Ligue des champions.