Mali : une équipe de l'ONU a pu rencontrer le président déchu Ibrahim Boubacar Keïta

Des soldats maliens attendent Malick Diaw, le premier vice-président du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le 20 août 2020 à Bamako.
Des soldats maliens attendent Malick Diaw, le premier vice-président du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le 20 août 2020 à Bamako. AFP - ANNIE RISEMBERG

Les représentants de l'ONU ont pu rencontrer, jeudi, le président déchu malien Ibrahim Boubacar Keïta et les autres personnalités arrêtées par la junte désormais au pouvoir au Mali. Cette dernière a affirmé que 17 autres personnes étaient encore retenues à la suite de la libération du ministre de l'Économie et d'un proche d'IBK. 

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Des responsables des droits de l’Homme de l’ONU ont rencontré, dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 août, le président déchu du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, ainsi que d’autres responsables détenus par des mutins depuis le coup d’État militaire intervenu en début de semaine.

La mission de l'ONU a pu accéder à l’ex-président qui ne s’est plus exprimé depuis sa démission mardi et à d'autres détenus, a tweeté la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Aucun détail sur ce qui a été dit ou sur l'état des captifs n'a été fourni.

"Nous avons autorisé une mission des droits de l'Homme de l'ONU au Mali à rendre visite à tous les 19 prisonniers de Kati, y compris l'ex-président Ibrahim Boubacar Keïta et l'ancien Premier ministre Boubou Cissé", a déclaré à l'AFP un responsable de la junte s'exprimant sous couvert d'anonymat.

Ce geste des militaires, qui assurent vouloir organiser une transition politique de courte durée, intervient alors que l'opposition appelle à de grands rassemblements dans l'après-midi à Bamako pour "fêter la victoire du peuple malien", trois jours après la chute du président Keïta, au pouvoir depuis 2013.

Libération de deux prisonniers

Lors de leur coup d'État mardi, les militaires ont arrêté le président Keïta, dit "IBK", qui a ensuite annoncé sa démission dans la nuit, et son Premier ministre Boubou Cissé, qu'ils ont emmenés dans le camp militaire de Kati, dans la banlieue de Bamako, devenu le centre du nouveau pouvoir.

D'autres personnalités ont également été arrêtées, dont le ministre de la Défense et celui de la Sécurité, les généraux Ibrahima Dahirou Dembélé et M'Bemba Moussa Keïta, le président de l'Assemblée nationale Moussa Timbiné et le chef d'état-major de l'armée, le général Abdoulaye Coulibaly.

"Nous avons libéré deux prisonniers, l'ancien ministre des Finances et de l'Économie Abdoulaye Daffé et Sabane Mahalmoudou", le secrétaire particulier du président, a affirmé le responsable de la junte. "Deux prisonniers ont été libérés. Il en reste 17 à Kati. C'est la preuve que nous respectons les droits de l'Homme", a-t-il poursuivi.

Abdoulaye Daffé est considéré comme étant proche du chérif de Nioro, le mentor de la figure de proue de la contestation qui réclamait depuis juin la démission du président Keïta, l'imam Mahmoud Dicko.

L'ex-président malien "fatigué mais serein"

Le président déchu et son Premier ministre sont toujours à Kati, ville-garnison située à une quinzaine de kilomètres de la capitale, mais ils ont été transférés "dans une villa", où ils sont privés de télévision, de radio et de téléphone, selon deux personnes ayant assisté à la visite, dont un responsable de la junte.

"Leurs conditions de détention sont acceptables", mais le président malien, "qui avait l'air fatigué mais serein", n'a pas beaucoup d'habits de rechange, selon une de ces sources. Il a été autorisé à parler à un diplomate africain, "d'un téléphone qui ne lui appartenait pas", a-t-elle ajouté.

Les autres détenus se trouvent dans les locaux d'un centre de formation de Kati, où ils "dorment sur des matelas et partagent une même télévision", selon des témoins interrogés par l'AFP.

Le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) mis en place par les militaires et dirigé par un colonel de 37 ans, Assimi Goïta, ont appelé la population à retourner au travail et les marchés ont rouvert à Bamako. Les rues étaient calmes, vendredi matin, pour la troisième journée consécutive, avant un rassemblement organisé par une coalition d'opposants à l'origine d'une série de manifestations contre Keïta avant le coup d'État et qui soutient depuis les mutins.

Les dirigeants de la junte ont promis de superviser la transition vers les élections dans un délai "raisonnable". Les militaires ont également annoncé la réouverture dès vendredi des frontières terrestres et aériennes, même si les pays de l'Afrique de l'Ouest ont décidé de fermer les leurs avec le Mali, sauf pour les denrées de première nécessité, les médicaments et l'énergie.

 Les pays voisins du Mali, réunis en Sommet extraordinaire, ont réclamé, jeudi, le "rétablissement" du président Keïta et décidé d'envoyer une délégation à Bamako en vue d'un "retour immédiat à l'ordre constitutionnel".

Avec AFP et Reuters

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