Rentrée scolaire en France : de nouvelles règles sanitaires, les enseignants sur le qui-vive

Une professeure donne un cours au lycée de Sada, sur l'île de Mayotte, le 3 juin 2020, lors du premier jour de la réouverture de l'établissement depuis le confinement.
Une professeure donne un cours au lycée de Sada, sur l'île de Mayotte, le 3 juin 2020, lors du premier jour de la réouverture de l'établissement depuis le confinement. © Ali Al-Daher

À partir du mardi 1er septembre, les collégiens et lycéens vont reprendre le chemin des salles de classe. Alors que l'épidémie de coronavirus connaît un rebond en France, certains professeurs s'interrogent sur les conditions de cette rentrée inédite, marquée par un durcissement du protocole sanitaire. 

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En France, le nombre d'infections au coronavirus repart à la hausse depuis plusieurs semaines, mais la rentrée scolaire aura bien lieu mardi 1er septembre. Affirmant que "l'éducation est plus importante que jamais", le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a assuré, jeudi 20 août, que les élèves seront accueillis tous les jours en classe. Il a aussi annoncé que la rentrée serait marquée par des règles sanitaires plus strictes, notamment concernant le port du masque. 

Auparavant, celui-ci était obligatoire lorsque la distanciation physique ne pouvait pas être respectée, dorénavant, le masque doit être porté par les adultes et les élèves de plus de onze ans, dans les lieux clos, même si la distanciation physique est assurée. Dans les espaces extérieurs, cette règle évoluera en fonction de "l'appréciation locale", a précisé le ministre. 

Le masque sera fourni par les établissements aux enseignants, les élèves devront s'en procurer par eux-mêmes. 

Possibilité de retirer le masque, sous condition

Le ministre a précisé que les professeurs pourront, en cas de distance de deux mètres avec les élèves, retirer le masque pour faire cours. La dernière version du protocole sanitaire évoquait une distance d'un mètre. "Si ça gêne le cours, cette possibilité existe. Le port du masque peut être une contrainte pour les professeurs, a fortiori quand ils doivent parler pendant des heures", a souligné Jean-Michel Blanquer. 

Dans les espaces clos (cantines, bibliothèques ou encore salles de classe), la distanciation physique ne sera plus obligatoire lorsqu'elle n'est "pas matériellement possible ou qu'elle ne permet pas d'accueillir la totalité des élèves". Le même principe prévaut dans les espaces extérieurs, par exemple, dans la cour de récréation.

D'après le protocole, l'espace doit toutefois être réaménagé afin de "maintenir la plus grande distance possible entre les élèves". 

Malgré cette intervention, les professeurs de collège et de lycée s'interrogent sur les conditions de cette rentrée scolaire. Au lendemain de ces annonces, Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, a dénoncé sur LCI "beaucoup de flou sur l'organisation" du retour à l'école. "Beaucoup de choses ne sont pas prêtes et ne sont pas clarifiées", a-t-il ajouté. Plusieurs jours avant la déclaration de Jean-Michel Blanquer, le syndicat SNUIPP-FSU, première organisation à l'école primaire, avait demandé un report de quelques jours de la rentrée scolaire pour que les enseignants puisse s'y préparer. Une demande refusée par le ministre. 

Des professeurs en quête de précisions

Depuis l'annonce de ces grandes orientations, les professeurs s'impatientent. "On n'a aucune information pour la rentrée, mis à part ce que le ministre [de l'Éducation nationale] a dit la télévision", regrette Caroline Louet, professeure d'histoire-géographie au lycée Paul-Louis Courier, à Tours, en Indre-et-Loire, contactée par France 24.

Un manque de communication dénoncé également par Sullivan Caristan, professeur de français au collège Jean-Jaurès, à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. "Je suis inquiet en imaginant le stress que l'on va vivre face à ce manque de visibilité et à cette absence de consignes claires", se plaint-il. "On nous donne les grands objectifs mais pas le mode d'emploi", ajoute cet enseignant, interrogé par France 24.

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Si tous les élèves seront présents en cours, difficile pour ces professeurs d'imaginer à nouveau leurs classes pleines, dans un contexte de reprise épidémique. "Les élèves changent de salles car depuis la réforme du lycée, ils sont divisés en différents groupes de spécialité", explique Caroline Louet, qui redoute "un brassage des élèves".

Des contacts physiques inévitables

En dehors des salles de classe, la limitation des contacts physiques risque d'être difficile à mettre en place. "Dans les couloirs, les élèves se touchent et se bousculent", décrit cette professeure, qui devrait accueillir une trentaine de lycéens à chaque cours. 

Avec autant d'élèves dans les salles, le respect de l'hygiène des mains sera aussi un défi à relever, notamment pour des questions de moyens. Sullivan Caristan estime par exemple qu'"il n'y a pas assez de toilettes" dans son établissement et qu'"ils ne sont pas en bon état". De son côté, Caroline Louet redoute "une perte de temps", si les élèves doivent se laver les mains à chaque début et sortie de cours. 

Les enseignants vont également devoir habituer leurs élèves au port du masque obligatoire. "Il sera compliqué de se faire entendre et comprendre les interventions des élèves", précise Caroline Louet. Une contrainte encore plus problématique lors des cours de langues étrangères. "Pour apprendre la prononciation en espagnol, le masque ne sera pas l'idéal, en particulier pour ceux qui débutent", abonde Clémence Garcia, professeure d'espagnol au collège Les Plaisances, à Mantes-la-Ville, dans les Yvelines, contactée par France 24.

"Il faut que les élèves reprennent les cours"

Pour ces enseignants, le retour de leurs élèves en classe reste malgré tout un soulagement. "J'ai des élèves qui connaissent des difficultés sociales et familiales. Je préfère donc qu'ils soient les plus nombreux possible dans mes cours plutôt qu'ils soient chez eux", explique Sullivan Caristan. "Il faut que les élèves reprennent les cours car beaucoup ont été laissés de côté pendant le confinement", soulève, de son côté, Clémence Garcia. 

Après la rentrée, ces conditions d'accueil des élèves pourraient évoluer. "S'il y avait une plus grande circulation du virus dans les temps à venir dans un territoire donné, alors nous pourrions prendre d'autres mesures, comme l'enseignement à distance, ou avec peu de présence avec des plus petits groupes d'élèves", a prévenu le ministre de l'Éducation. Le 26 août, Jean-Michel Blanquer devrait à nouveau s'exprimer sur l'organisation de la rentrée scolaire. Une intervention attendue par les enseignants inquiets, à quelques jours de la reprise des cours. 

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