Au Mali, pas d'accord sur le calendrier du retour à l'ordre civil

Le colonel Ismaël Wagué, porte-parole de la junte au Mali, sort d'une réunion avec la Cédéao, le 23 août 2020.
Le colonel Ismaël Wagué, porte-parole de la junte au Mali, sort d'une réunion avec la Cédéao, le 23 août 2020. © Reuters

Les discussions entre la junte au pouvoir au Mali et les émissaires ouest-africains de la Cédéao se sont achevées, lundi, sans accord sur les conditions d'un retour à l'ordre civil dans le pays en pleine tourmente.

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Après trois jours de négociations, la junte au pouvoir depuis une semaine au Mali et les émissaires ouest-africains se sont séparés, lundi 24 août, sans accord sur les conditions d'un transfert du pouvoir aux civils, après le coup d'État ayant renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Les émissaires doivent à présent rentrer rendre compte de ces trois jours de discussions et les chefs d'État de la Cédéao se concerteront mercredi pour décider de renforcer ou au contraire d'alléger les mesures prises à la suite du putsch.

La junte, qui a promis de rendre le pouvoir aux civils après une période de transition d'une durée à déterminer, attend de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest qu'elle lève les sanctions annoncées le 20 août. La Cédéao avait en effet ordonné la fermeture des frontières des États membres avec le Mali et décidé l'arrêt de tous les flux financiers et commerciaux, sauf ceux concernant les produits de première nécessité.

Le pays, confronté à une crise humanitaire et à la défaillance de l'État, en plus de la propagation du jihadisme et des violences intercommunautaires, en pâtit. "C'est le peuple qui va beaucoup plus souffrir (des) sanctions", a souligné Ismaël Wagué, porte-parole des militaires réunis autour du nouvel homme fort, le colonel Assimi Goïta.

Points de discorde

Aucun accord ne s'est dessiné sur les conditions d'un transfert du pouvoir aux civils : la durée de la transition et la nature du dirigeant, civil ou militaire, à la tête du pays pendant celle-ci, restent des points de discorde entre les deux parties. Des sources au sein de la mission ouest-africaine ont prêté aux militaires le projet d'une transition de trois ans, dirigée par l'un des leurs.

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Une position bien éloignée du délai "raisonnable" dans lequel la junte promettait des élections générales le soir du coup d'État du 18 août. Éloignée aussi de l'exigence de la Cédéao d'un "retour immédiat à l'ordre constitutionnel".

La junte, confrontée à des protestations sur les réseaux sociaux, a cependant contesté défendre des positions aussi arrêtées. "À aucun moment, on n'a parlé de gouvernement à majorité militaire", a-réagi Ismaël Wagué. "Toute décision relative à la taille de la transition, au président de transition, à la formation du gouvernement, se fera entre Maliens" et donnera lieu à une "consultation massive", a-t-il assuré aux journalistes.

IBK définitivement écarté

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Seule avancée concrète des discussions : les responsables de la junte et les émissaires ouest-africains ont signifié qu'un rétablissement d'Ibrahim Boubacar Keïta dans ses fonctions n'était plus à l'ordre du jour, le chef de l'État renversé le 18 août ayant dit aux émissaires ne plus vouloir gouverner. Le rétablissement d'IBK était une exigence initiale de la Cédéao.

Les putschistes qui l'ont arrêté et le retiennent ont accepté que les émissaires de la Cédéao le voient samedi. Une grande confusion subsiste néanmoins sur le lieu où se trouve le président déchu et sur un possible départ du Mali avec la mission ouest-africaine.

À la demande de cette mission, la junte a accepté qu'Ibrahim Boubacar Keïta, 75 ans, quitte le pays "quand il veut" pour des examens médicaux, la Cédéao "garantissant" son retour au pays, a dit le colonel Wagué.

Avec AFP

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