A l'heure du Covid-19, timide reprise des compétitions de running en France

La Pommeraye (France) (AFP)

Publicité

Une meute éparse de coureurs masqués s'élance à l'assaut de 15 km de sentiers escarpés sur les coteaux de la Loire. Samedi dernier, le Trail des Moulins à La Pommeraye a offert aux amateurs leur première course dans le Maine-et-Loire depuis le mois de mars et le début de la crise sanitaire.

Après des mois de sevrage dû au confinement puis à l'impossibilité d'organiser des regroupements publics, les compétitions sont à nouveau permises depuis juillet à condition de réunir moins de 5.000 personnes et d'obtenir l'accord des préfectures. Mais les lignes de départ restent rares.

"Environ 70% des courses sont annulées, souligne Michel Huertas, vice-président de la Fédération française d'athlétisme (FFA) responsable du running. Ce n'est souvent pas du fait des organisateurs, mais plutôt des collectivités locales qui ne sont pas trop chaudes pour l'organisation."

La Fédération a pourtant pris soin de couvrir avec son assurance la responsabilité des clubs si l'évènement devenait un foyer de contamination du virus.

"La pandémie nous a stoppés net, alors que le running connaît un certain essor. Beaucoup de gens en plus sont partis courir pendant le confinement, on avait espoir d'une progression fabuleuse", continue M. Huertas.

- 'Parcours du combattant' -

Afin d'aiguiller les organisateurs, la FFA a publié en juillet un guide de recommandations sanitaires à l'heure de la pandémie de nouveau coronavirus.

Il préconise notamment le port du masque au départ puis à l'arrivée, l'absence de public dans certaines zones, l'achat de matériel (masques, gel...) et la mise en place d'une cellule dédiée au Covid.

"On respecte tout le protocole de la FFA, ça va très loin. Cette année, c'est un parcours du combattant", explique Pascal Bouquet, responsable du Trail des Moulins, une organisation bénévole.

"Ca entraîne un budget Covid d'environ mille euros, estime-t-il, alors qu'habituellement on dégage entre 2.000 et 4.000 euros de bénéfices réinjectés dans l'école d'athlétisme grâce aux inscriptions, aux partenaires et à la buvette."

Les coureurs, eux, se prennent au jeu, donnant lieu à des scènes cocasses: le masque, à retirer après le départ mais à garder sur soi, est tantôt porté à la main, sur le front, ou glissé en douce dans le caleçon...

A Baume-les-Dames (Doubs), dimanche dernier, un coureur s'élance seul à l'assaut des 18 km du trail du "Mont des Dames", 30 minutes après le top-départ. Un étourdi ? Non, la compétition a fait le pari d'un format "contre-la-montre", laissant un créneau d'une heure aux trailers pour s'élancer quand ils le souhaitent, pour éviter un attroupement.

Malgré les contraintes, les sourires sont de mises et les mordus de course heureux d'épingler de nouveau un dossard, même s'ils ne sont qu'environ 500 contre 800 l'an dernier.

"Ca me manquait tellement, souffle, soulagée, Marion Fissier, une enseignante de 42 ans qui participe d'habitude à une douzaine d'épreuves par an (marathons, trails, triathlons). Sans course je suis moins efficace à l'entraînement. Et là, l'organisation tient la route, on ne prend aucun risque on respecte tout, c'est dommage d'avoir annulé tout le reste."

- 'On ne survivra pas' -

Les efforts déployés par quelques irréductibles ne peuvent masquer l'hécatombe: entre le 14 mars et le 23 août, au moins 2.300 courses ont été annulées d'après le calendrier de la FFA.

Pour certains clubs, quelques milliers d'euros s'envolent. Pour les professionnels du secteur, c'est une catastrophe.

"On a déjà perdu 70% de notre chiffre d'affaires sur l'année, déplore Sébastien Jouanneau, directeur d'Even Outdoor, trois salariés, à la fois organisateur ou prestataire de service (chronométrage, plateforme d'inscription) en Franche-Comté d'une trentaine d'évènements par an.

"En plus du chômage partiel, qui continue dans notre secteur d'activité, c'est surtout ma deuxième société (formation) qui nous a sauvé la vie financièrement, prévient-il. Mais on ne survivra pas à une deuxième année comme ça."

"On veut travailler, montrer que l'on peut créer des évènements, aider des organisateurs, ajoute-t-il. Dire qu'il y a six mois, tout était facile, ça roulait bien, on était en pleine ascension..."

Plusieurs acteurs s'inquiètent déjà pour 2021: la situation sanitaire incertaine refroidit les bonnes volontés, alors que chaque organisateur doit se signaler à la FFA dès cet automne.