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Covid-19 : malgré cinq mois de confinement, le nombre de cas explose en Colombie


Agents hospitaliers sur un site de test de coronavirus à Bogota, le 13 juillet 2020.
Agents hospitaliers sur un site de test de coronavirus à Bogota, le 13 juillet 2020. © Raul Arboleda, AFP
Texte par : Chloé LAUVERGNIER
7 mn

Alors que la Colombie est entrée en confinement le 25 mars 2020, le nombre de personnes contaminées par le nouveau coronavirus augmente de façon exponentielle depuis plusieurs semaines, de même que les décès. Des experts en santé publique interrogés par France 24 avancent différentes explications. 

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Selon le ministère de la Santé colombien, plus de 541 000 cas positifs et 17 300 décès ont été recensés depuis début mars. En comparaison, le pays comptabilisait plus de 84 440 cas et 2 800 morts deux mois plus tôt. D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Colombie fait désormais partie des pays enregistrant le plus grand nombre de nouveaux cas par jour. 

Cette situation peut surprendre après cinq mois de confinement, d'autant plus que les décès se comptaient encore sur les doigts de la main lors de sa mise en place à l'échelle nationale, le 25 mars 2020. Les experts en santé publique interrogés par France 24 estiment d'ailleurs que cette mesure précoce était judicieuse, sans compter que l'usage du masque s'est rapidement généralisé dans la sphère publique. Mais tous assurent que le respect strict du confinement n'a finalement duré qu'un mois, ce qui explique, en partie, l'augmentation graduelle du nombre de personnes contaminées par le Covid-19.

Secteurs économiques autorisés à fonctionner   

Dès le 27 avril, le gouvernement a ainsi autorisé la reprise des activités de l'industrie manufacturière et de la construction, des secteurs employant plus de 4 millions de personnes. Puis, de nombreux autres secteurs – faisant l'objet d'exceptions – ont rapidement pu fonctionner à leur tour. "Les autorités ont listé plus de 40 exceptions, dont une qui concerne les 'activités professionnelles, techniques et de services'", indique Herman Bayona, président du Collège médical de Bogota : "En gros, tout est autorisé." Résultat : les rues de la capitale grouillent de monde. 

De nombreux experts soulignent d'ailleurs le discours parfois "contradictoire" des autorités. "D'un côté, on dit aux gens de rester chez eux, mais de l'autre, il y a toutes ces exceptions, ou encore les journées sans TVA, qui avaient été décidées par le gouvernement pour que les gens aillent dans les grands magasins", poursuit Herman Bayona. Destinées à stimuler l'économie, ces journées avaient été très critiquées, puisqu'elles avaient généré des attroupements dans les commerces, le 19 juin et le 3 juillet.

D'autres "incohérences" sont également pointées du doigt, comme le fait d'envisager de réactiver certains vols nationaux, de rouvrir les restaurants ou encore les écoles, alors que le pic de la pandémie n'est pas encore atteint. "Si les gens ont l'impression que tout va bien en écoutant les autorités, il ne faut pas s'étonner s'ils sont ensuite moins vigilants", estime Carolina Corcho, vice-présidente de la Fédération médicale colombienne.

Dans le centre-ville de Bogotá, beaucoup de gens ne respectent plus le confinement, le 9 août 2020.
Dans le centre-ville de Bogotá, beaucoup de gens ne respectent plus le confinement, le 9 août 2020. © Chloé Lauvergnier

Des travailleurs informels qui ne peuvent pas respecter le confinement

Autre facteur expliquant pourquoi le confinement est finalement peu respecté : environ la moitié des Colombiens travaillent dans le secteur informel, au jour le jour, par exemple comme vendeurs ambulants ou recycleurs. Beaucoup d'entre eux sont donc contraints de continuer à travailler dans la rue, pour tenter de s'en sortir, puisque les aides apportées par les autorités sont insuffisantes pour leur permettre de rester chez eux. De nombreux bouts de tissu rouge, accrochés aux maisons, sont d'ailleurs visibles dans certains quartiers, signifiant que leurs habitants n'ont pas assez à manger.

>> À lire sur les Observateurs : Le ventre vide, les Colombiens se révoltent en pleine épidémie de Covid-19  

Une chemise rouge, symbolisant la faim, accrochée à la fenêtre d’une maison à Bogotá, le 24 avril 2020.
Une chemise rouge, symbolisant la faim, accrochée à la fenêtre d’une maison à Bogotá, le 24 avril 2020. © Chloé Lauvergnier

En outre, certains déplorent "l'indiscipline" d'une partie de la population. "Les liens familiaux et amicaux sont très forts dans notre culture, donc beaucoup continuent à se voir, malgré les restrictions", indique Juan Carlos Eslava, responsable d'un master de Santé publique à la faculté de médecine de l'Université nationale. La presse locale évoque ainsi régulièrement l'interruption de fêtes clandestines par la police, bien que les individus enfreignant le confinement soient rarement sanctionnés, en général.

Des failles dans le système de santé

Enfin, tous les experts interrogés par France 24 estiment que la situation actuelle de la Colombie est également liée au failles de son système de santé, largement privatisé, inégalitaire, et "peu axé sur la prévention". Alors que la majorité des tests de dépistage du Covid-19 relèvent de mutuelles privées, ils dénoncent les délais existant entre le moment où une personne souhaite être testée, la réalisation du test, puis le résultat, généralement connu "10 à 20 jours plus tard". 

Du gel désinfectant pour les habitants de Chapinero, un quartier de Bogotá, le 23 mai 2020. Bien qu’il existe des initiatives pour freiner la propagation du virus, les médecins regrettent que le système de santé colombien soit globalement "peu axé sur la prévention".
Du gel désinfectant pour les habitants de Chapinero, un quartier de Bogotá, le 23 mai 2020. Bien qu’il existe des initiatives pour freiner la propagation du virus, les médecins regrettent que le système de santé colombien soit globalement "peu axé sur la prévention". © Chloé Lauvergnier

De plus, ils déplorent le manque de suivi des personnes contaminées et des gens ayant été en contact avec elles, qui devrait être testés de façon plus systématique. "C'est un élément clé pour casser la chaîne de contagion", explique Juan Carlos Eslava, qui souligne également les inégalités entre les grandes villes et les régions, moins dotées en hôpitaux et en équipements médicaux.

Alors que le pic de la pandémie est attendu en septembre en Colombie, les médecins regrettent que les cinq mois de confinement n'aient pas permis au système de santé d'être mieux préparé à l'affronter.

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