Explosions à Beyrouth : des ONG appellent à ne pas oublier les travailleurs migrants sinistrés

Des employées de maison Kényanes, renvoyées par leurs patrons, vivent à la rue devant le consulat du Kenya à Beyrouth, le 20 août 2020.
Des employées de maison Kényanes, renvoyées par leurs patrons, vivent à la rue devant le consulat du Kenya à Beyrouth, le 20 août 2020. © AFP

La double explosion du port de Beyrouth n'a pas épargné les travailleurs migrants. Des ONG tentent de recenser les victimes et les sinistrés "oubliés" par les autorités. Elles demandent au gouvernement libanais de leur venir en aide en accélérant leur rapatriement.

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Sans relâche, les bénévoles de l'Anti-Racism Movement (AMR) au Liban se démènent depuis trois semaines pour retrouver la trace des travailleurs migrants disparus après la double explosion qui a dévasté des pans entier de la capitale libanaise le 4 août. 

"Les travailleurs migrants et les réfugiés sont systématiquement déshumanisés et marginalisés au Liban, dans la vie comme dans la mort", dénonce l'AMR dans un communiqué. La double explosion du port de Beyrouth et son onde de choc ont tué au moins 181 personnes et fait plus de 6 500 blessés, d'après le dernier bilan. Mais plusieurs ONG, dont l'AMR, ont pointé les difficultés d'identification des victimes immigrées, qui n'ont pas été prises en compte dans les premiers bilans officiels, "excluant principalement les personnes d'origine non libanaise". 

"Nous avons comptabilisé 13 morts et quatre disparus par nos propres moyens. Ils sont philippins, pakistanais, bengalais, bangladais, indiens et une femme kényane, sans doute employée de maison ou plongeuse dans un restaurant. Mais le nombre des travailleurs migrants tués dans l'explosion est sans aucun doute bien supérieur", se désole Farah Baba, de l'AMR, jointe par France 24

Sans aucun moyen pour alerter de la disparition d'un proche

Bâtisses éventrées, toits effondrés et décombres… Le quartier de la Quarantaine, situé près du port de Beyrouth où a retenti l'explosion du 4 août, a été dévasté. Il abritait de nombreux migrants. "C'est un quartier marginalisé, avec des habitations précaires et insalubres, coincé entre le port et la plus grande décharge à l'air libre de Beyrouth. Les gens y vivaient déjà dans de très mauvaises conditions. Aujourd'hui beaucoup n'ont nulle part où aller ", poursuit Farah Baba. "De nombreux migrants ont perdu leurs affaires personnelles, sans parler du traumatisme subi. Ils n'ont plus de téléphone pour alerter leur consulat, les ONG ou les médias de la disparition de leurs proches", s'inquiète la militante.

Face à la situation, l'AMR et Amnesty International réclament une aide urgente pour ces étrangers. "Nous devons les aider à trouver un abri, réparer leur maison, payer leur loyer et se procurer de la nourriture et des produits de première nécessité".

Dans un contexte de crise économique aiguë affectant l'ensemble de la population libanaise, aggravée par l'explosion qui a fait des centaines de milliers de sans-abri à Beyrouth, les organisations d'aide craignent que les travailleurs migrants soient oubliés par les autorités.

Les ONG demandent au gouvernement de réagir

Pour Diala Haidar, chargée de campagne d'Amnesty international au Liban, contactée par France 24, l'aide internationale devrait servir en priorité à secourir ces populations qui sont "les moins privilégiées du pays" et qui "nécessitent une aide immédiate". 

Distribution de produits de premières nécessité, nuit chez l'habitant, crowdfunding pour payer des billets retour aux migrants à la rue… "Notre société civile est très active et nous avons des associations qui leur viennent en aide, mais la solidarité ne devrait pas reposer sur les seules épaules des ONG, le gouvernement doit réagir", rappelle Diala Haidar. 

À la rue devant leur consulat

Devant le consulat du Kenya campent depuis le 10 août des dizaines d'anciennes employées de maison, accompagnées de quelques enfants. Certaines de ces femmes ont été blessées dans l'explosion et ont perdu leur toit. Les autres ont été jetées à la rue sans ménagement par leur ex-patron en raison de la crise économique. 

Elles n'ont pas de quoi se payer un billet retour et dorment là, espérant que les autorités de leur pays pourront les rapatrier. "En dépit de multiples relances au gouvernement, rien n'a changé… cela fait des mois que nous demandons à l'État, de se coordonner avec les ambassades des pays d'origine pour accélérer les processus de rapatriement des employées de maison jetées à la rue", déplore Diala Haidar. 

Le Liban est fréquemment accusé de laxisme face à l'exploitation des domestiques étrangères, dénoncée de longue date par les associations de défense des droits humains. Elles demandent notamment la suppression du système de la "kafala". Il permet à un employeur de devenir le parrain légal de son employé au Liban et ce dernier ne peut démissionner sans son autorisation. Rien n'empêche par ailleurs l'employeur de confisquer son passeport, le laissant entièrement à sa merci.

Actuellement, quelque 250 000 travailleurs immigrés sont employés selon ce système, qui les prive des dispositions du droit de travail. Certains sont payés à peine 150 dollars par mois.

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