Top 14: avec la jauge, "nos clubs sont en péril", prévient Paul Goze

Paris (AFP)

Publicité

Les annonces du Premier ministre inquiètent en Top 14: avec le maintien de la jauge à 5.000 personnes dans les stades, "nos clubs sont en péril", déplore le président de la Ligue nationale de rugby Paul Goze dans un entretien à l'AFP.

Selon les calculs de la LNR, les trente clubs professionnels français pourraient ainsi perdre entre 30 et 35 millions d'euros pendant les deux premiers mois du championnat.

Q: Dans quel état d'esprit êtes-vous à une dizaine de jours du retour du rugby?

R: "On est extrêmement mobilisés et déterminés à tout faire pour que les matches puissent recommencer mais aussi inquiets devant la crise sanitaire. On sait que cette saison ne sera pas tout à fait comme les précédentes. Il y a un fort désir de reprendre après six mois sans rugby. On est très concentrés sur l'ensemble des mesures à prendre pour que les matches puissent se dérouler dans les meilleures conditions possibles, dans la sécurité des joueurs et du public."

Q: Le protocole, validé mardi, privilégie le report plutôt qu'un forfait...

R: "Notre idée principale, c'est que les matches se jouent. A ce stade, il n'y a pas lieu d'annuler des matches, de prendre des décisions irréversibles. On part du principe que les matches vont pouvoir se jouer. Il n'y a pas lieu de sanctionner une équipe qui ne pourrait pas jouer à cause de joueurs contaminés. Faire perdre le match à une équipe dans ce cas, ce serait admettre qu'elle est fautive. Si au bout d'un mois, on devait s'apercevoir que les reports s'accumulent et qu'il y a un embouteillage dans le championnat, à ce moment-là, on prendra une décision peut-être plus contraignante. Mais ce n'est pas d'actualité."

Q: Ca peut aller jusqu'à un forfait?

R: "Lorsque les matches ne peuvent pas se jouer, il faut trouver des solutions. Si on n'est plus dans le report, il faudra regarder du côté du règlement: ça va du match nul, comme au Mondial au Japon (en raison d'un typhon, NDLR), à un match perdu... C'est un dispositif que nous devons étudier mais qui est prématuré aujourd'hui. Il faudrait qu'une succession de reports embolise notre championnat."

Q: Comment réagissez-vous aux annonces gouvernementales de ce matin?

R: "Jusqu'au 30 octobre, les stades seront limités à 5.000 spectateurs, sauf dérogation des préfets. On espère pouvoir obtenir, dans des zones un peu moins touchées, des dérogations qui nous permettent d'avoir une jauge plus importante. Nous nous adapterons mais nous travaillons avec les pouvoirs publics pour obtenir un soutien massif car la jauge amène des difficultés financières. Si nous ne voulons pas avoir des clubs qui doivent arrêter pour des problèmes financiers, il faut que le gouvernement prennent des mesures."

Q: Quel est l'impact d'une jauge à 5.000 personnes?

R: "Sur les deux premiers mois, soit les six premiers matches, on a chiffré cette perte financière pour l'ensemble des clubs de Top 14 et Pro D2 entre 30 et 35 millions d'euros. C'est une somme importante. Nos clubs sont en péril, il faut éviter qu'ils ne puissent pas continuer, au bout de quelques mois, si la jauge était maintenue."

Q: Qu'avez-vous demandé à l'Etat?

R: "Une exonération de charges entre juin et novembre, qui correspondrait aux 30 à 35 millions évoqués. Le dossier avance petit à petit. On espère qu'il arrivera rapidement à terme pour rassurer les clubs et faire que le championnat se déroule dans une certaine sérénité. Imaginons que le 1er novembre, la situation aille mieux, on aura alors une autre discussion. Si c'est pire, on demandera aux pouvoirs publics un soutien pour la période d'après."

Q: Vous êtes confiant?

R: "La jauge est un handicap financier pour les clubs. Aucun ne pourra y résister pendant plusieurs mois. Sans aides, il pourra y avoir la disparition de clubs et du championnat professionnel. Je ne pense pas que le gouvernement soit dans cet état d'esprit à trois ans de la Coupe du monde en France. On ne peut pas imaginer qu'elle se déroule dans un pays où la moitié des clubs professionnels ont disparu après la pandémie."

Propos recueillis par Nicholas Mc ANALLY