Tour de France: Ineos versus Jumbo, le duel déjà installé

Nice (AFP)

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Une paire d'as, une doublette de jokers et un poker menteur: le duel entre les deux superpuissances du peloton, l'équipe Ineos d'Egan Bernal et la Jumbo de Primoz Roglic, qui ont chacune plusieurs cartes à jouer sur le Tour de France, a déjà commencé avant le grand départ samedi à Nice.

La force de frappe de l'escadre Jumbo sur les trois premières étapes du Dauphiné, où le train à crémaillère jaune et noir a broyé la concurrence sur les pentes alpines, a rappelé les plus grandes démonstrations d'Ineos, pour la première fois dépassée et forcée de revoir ses plans.

Exit l'homme aux quatre Tours de France, Chris Froome, et son successeur au palmarès du Tour 2018, Geraint Thomas, privés de la Grande boucle, l'Equatorien Richard Carapaz, vainqueur surprise du Giro 2019, a été appelé à la rescousse.

Même sans Steven Kruijswijk, blessé, la facilité des Jumbo et en particulier de son leader slovène Primoz Roglic depuis la reprise ont créé des secousses dans l'équipe britannique. Pour la première fois depuis le début de l'hégémonie de l'ex-Team Sky en 2012, un homme de Dave Brailsford n'est pas donné grand favori.

Ce costume, c'est l'ex-sauteur à ski Primoz Roglic, lauréat de la dernière Vuelta, qui l'a enfilé en même temps que le maillot jaune de leader du Dauphiné après son succès lors de la 2e journée, au col de Porte.

Une étape qu'Egan Bernal a fini à la 10e place, à 10 secondes de +Rogla+. Le Colombien ne s'est pas éternisé dans les Alpes abandonnant après la 3e étape alors qu'il était 7e au classement général, son équipe invoquant des douleurs au dos.

Il faut dire que le tenant du titre sur la Grande boucle avait enchaîné depuis la reprise: malgré son abandon sur le Dauphiné, il a cumulé 10 jours de course avant le Tour, le plus haut total parmi les grands favoris.

Son retrait était-il une façon de le protéger physiquement? Pas nécessairement selon Samuel Bellenoue, l'entraîneur du Français Guillaume Martin (3e du Dauphiné) chez Cofidis, qui l'attendait "davantage au-dessus du lot" dans la dernière course de préparation avant le Tour à l'aune de ses longs entraînements en altitude chez lui, à Zipaquira, perché à plus de 2.500 m, avant son arrivée le 20 juillet en Europe.

"Compte tenu de la rivalité avec Jumbo, est-ce qu'ils voulaient éviter aussi que psychologiquement, Jumbo marque des points ?", esquisse Samuel Bellenoue.

- Roglic cultive le doute -

Face à cette stratégie d'Ineos, les hommes en jaune ont aussi semé le doute. D'abord avec l'abandon surprise de Roglic, alors leader du Dauphiné, au matin de la 5e et dernière étape au lendemain d'une chute.

Un doute cultivé par le Slovène lui-même sur Instagram: "Je pensais honnêtement que je me sentirais mieux maintenant après ma chute sur le Dauphiné", a-t-il écrit il y a une semaine dans un message accompagnant une photo de lui s'entraînant sur des rouleaux.

"Quand il se passe 10 jours sans pouvoir faire d'intensité, au niveau de l'organisme, il y a de petites choses qui se dérèglent un petit peu et on ne retrouve pas la carburation idéale derrière, analyse Samuel Bellenoue. Ca peut couper l'élan".

Dans le pire des cas, son coéquipier Tom Dumoulin, après 420 jours sans course entre blessure et Covid-19, a montré une forme ascendante sur le Tour de l'Ain (11e) puis le Dauphiné (7e) et offre une autre carte à jouer à Jumbo. Dans la lignée du leadership bicéphale remis au goût du jour par Ineos ces dernières années.

Le rappel de Carapaz, qui n'était pas le leader annoncé de Movistar lors de son couronnement sur le Tour d'Italie, peut d'ailleurs se lire comme une façon pour Dave Brailsford de ne pas mettre tous ses oeufs dans le panier d'Egan Bernal.

Et pour cause: en plus des habituelles chutes et jours sans sur trois semaines, les leaders d'équipes sont cette année à la merci d'un cas de Covid-19 positif.