Après la tempête, un bout de ciel bleu pour Adrien Rabiot

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Paris (AFP)

Il n'a que six sélections, mais un passif déjà tellement chargé que son retour a fait l'effet d'une déflagration. Adrien Rabiot, le réserviste boudeur de 2018, revient chez les Bleus grâce à Didier Deschamps le "pragmatique", séduit par ses performances majuscules à la Juventus Turin.

Retenu parmi les onze réservistes pour le Mondial-2018, remporté par la France, Rabiot avait refusé cette place de suppléant via un courriel adressé au sélectionneur. Ce choix ne répondait à "aucune logique sportive", avait pesté le milieu de terrain dans une lettre ouverte.

Deschamps n'avait pas apprécié, lui qui fait de la cohésion d'équipe une ligne rouge à ne pas franchir. "C'est une grosse erreur, il n'aurait pas dû faire ça. Pour lui et pour ses partenaires", avait-il taclé, en parlant d'un acte "surtout gênant et embêtant pour lui".

Depuis, la carrière internationale de l'élégant milieu de terrain est restée figée à mars 2018, une dernière titularisation contre la Russie (3-1) en préparation à la Coupe du monde. La faute à des performances en dents de scie, mais aussi à des coups d'éclats ayant terni un peu plus son image.

Il y a eu bien sûr la rupture fracassante avec le Paris SG, son club formateur qu'il a quitté libre à l'été 2019, conspué par les supporters après avoir été mis à pied, placardisé et sanctionné financièrement.

- "Personnalité et sécurité" -

Mais les joutes médiatiques lancées par sa mère Véronique, par ailleurs conseillère du joueur, n'ont pas apaisé les relations avec la Fédération tenue par le président Noël Le Graët, pourtant disposé à un retour du "Duc" en sélection.

"Je sais que les journalistes disent que j'ai eu des contacts avec M. Le Graët, ce qui est faux. C'est ce que M. Le Graët a déclaré. Aujourd'hui, tout à fait droit dans mes bottes, je vous dis: +M. Le Graët est un menteur+", avait-elle ainsi asséné en janvier 2020 sur la chaîne française L'Equipe.

Cette sortie au bazooka n'a pas arrangé les affaires de son fils, longtemps remplaçant et dans l'ombre de Blaise Matuidi à la Juventus Turin.

Mais le rapport de force s'est inversé après le confinement. Rabiot a été l'un des rares éléments bianconeri à avoir du souffle, les jambes légères et une impression de puissance retrouvée alors que les autres tiraient la langue.

"Rabiot est un joueur avec des qualités rares. Après avoir vécu de gros changements, il est en train de se révéler", a déclaré en juillet son entraîneur Maurizio Sarri. Après un nécessaire temps d'adaptation, "désormais je le vois jouer avec beaucoup de personnalité et de sécurité", a insisté le technicien italien.

- "Pas eu d'agressivité" -

Il faut croire que Deschamps, après avoir longtemps justifié l'absence de Rabiot par des questions "de compétitivité et de concurrence", partage l'avis de Sarri.

"Il a retrouvé un très, très bon niveau avec son club. Il s'est passé ce qui s'est passé, on ne peut pas revenir en arrière, ni nous ni lui", a commenté le sélectionneur jeudi, à quatre jours des retrouvailles espérées à Clairefontaine.

Refuser d'être réserviste, "je considère que c'était une erreur de sa part, je pense que lui aussi. Mais il n'y a pas eu de propos durs ou d'agressivité. Ne vous inquiétez pas, si vous avez la moindre petite inquiétude sur mon autorité, je peux vous l'enlever dans la seconde, voire en un dixième de seconde", a plaisanté Deschamps devant la presse.

"Je ne suis pas quelqu'un qui aime prendre des positions radicales. Depuis cette période-là, il restait malgré tout sélectionnable", a ajouté le patron des Bleus, se définissant comme "quelqu'un de pragmatique".

La balle est désormais dans le camp de Rabiot.