Violences policières aux États-Unis : mouvement de boycott inédit dans le monde du sport

Le terrain de basket vide à Lake Buena Vista, en Floride, avant le match entre les Denver Nuggets et les Miami Heat, le 1er août 2020.
Le terrain de basket vide à Lake Buena Vista, en Floride, avant le match entre les Denver Nuggets et les Miami Heat, le 1er août 2020. © Kevin C. Cox, AFP

Le monde du basket américain a vivement réagi, mercredi, aux tirs de la police sur un père de famille noir dans le Wisconsin. Les Milwaukee Bucks ont décidé de boycotter leur match contre Orlando prévu le soir même, entraînant l'annulation d'autres matches de NBA, mais aussi de baseball et de tennis.

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Une protestation contre l'injustice raciale aussi forte qu'inédite dans le sport professionnel américain. Les Milwaukee Bucks ont boycotté leur match contre Orlando mercredi 26 août, en réaction aux tirs de policiers sur Jacob Blake. Ils ont ainsi obligé la NBA à en reporter deux autres, Houston-Oklahoma City et Los Angeles Lakers-Portland, les joueurs de ces équipes ayant également opté pour un boycott. Des équipes de baseball, de football et même par la joueuse de tennis Naomi Osaka ont aussitôt suivi le mouvement.

Ce sont d'abord les Brewers – sis comme les Bucks à Milwaukee, à une cinquantaine de kilomètres de Kenosha où a eu lieu le drame de dimanche – qui ont emboîté le pas en refusant de jouer contre Cincinnati. Deux autres matches de baseball (MLB) ont ainsi été reportés. Idem en MLS, la ligue nord-américaine de football, où cinq des six rencontres au programme ont été boycottées par les joueurs.

Enfin, c'est la Japonaise Naomi Osaka qui a décidé de ne pas disputer sa demi-finale de tennis, jeudi à New York, où est délocalisé le tournoi de Cincinnati. "En tant que femme noire, j'ai l'impression qu'il y a des questions beaucoup plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis", a déclaré la jeune femme de 22 ans née de mère japonaise et de père haïtien, et qui a souvent pris la parole ces derniers mois pour dénoncer l'injustice raciale.

Quelques heures plus tard, le tournoi de tennis de Cincinnati a annoncé qu'il reportait les matches de jeudi à vendredi. "En tant que sport, le tennis prend collectivement une position contre l'inégalité raciale et l'injustice sociale qui une fois de plus ont été mises au premier plan aux États-Unis. La Fédération américaine de tennis USTA, les circuits ATP et WTA ont décidé de reconnaître ce moment en interrompant le jeu le jeudi 27 août. Il reprendra le vendredi 28 août", indique le communiqué.

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Choc incommensurable

Les joueurs NBA sont depuis plusieurs mois les plus proactifs sur le terrain de l'antiracisme. La pose du genou à terre pendant l'hymne national, les mots "Black Lives Matter" peints en noir sur les parquets, les slogans au dos des maillots des joueurs, leurs prises de paroles régulières pour réclamer justice, étaient depuis la reprise de la saison il y a un mois la preuve de la mobilisation générale au sein de la ligue, pour œuvrer au changement dans un pays gangrené par le racisme.

Mais trois mois après la mort de George Floyd, le calvaire subi par Jacob Blake, cet Afro-Américain de 29 ans grièvement blessé lors de son interpellation dimanche, qui devrait le laisser paralysé à vie, a fait l'effet d'un choc incommensurable sur les basketteurs NBA. Alors ils ont décidé d'agir plus fort.

Hasard du calendrier, cela se passe quatre ans jour pour jour après la première protestation contre les violences policières faites aux Noirs, par le joueur de football américain Colin Kaepernick. Il s'était assis pendant l'hymne, avant de s'agenouiller une première fois le 1er septembre 2016.

 

"On en a marre"

Au site The Athletic, l'arrière des Bucks George Hill a ainsi expliqué : "Nous sommes fatigués de ces meurtres et de l'injustice. L'équipe ne jouera pas ce [mercredi] soir." Une décision qui a surpris les joueurs du Magic, qui ont confié ne "pas avoir été au courant de l'initiative, tout en y adhérant".

Dans la foulée de ce boycott, les joueurs des Rockets, du Thunder, des Lakers et des Blazers ont décidé d'en faire de même pour leurs matches du soir. LeBron James, la superstar des Lakers lui avait tweeté quelques minutes plus tôt : "NOUS DEMANDONS LE CHANGEMENT. ON EN A MARRE".

Vers un abandon du championnat ?

Barack Obama a félicité les joueurs "qui défendent ce en quoi ils croient". "Il faudra que toutes nos institutions défendent nos valeurs", a ajouté l'ancien président américain sur Twitter.

Ces dernières heures, d'autres joueurs avaient déjà évoqué la possibilité de ne pas jouer leur prochain match, notamment ceux de Toronto et de Boston, censés débuter leur demi-finale de conférence Est jeudi. "À un moment, il va falloir mettre nos c*** sur la table et nous mettre en position de perdre quelque chose, plus que de l’argent ou de la visibilité", avait dit le meneur de Toronto Fred VanVleet.

D'autres boycotts sont possibles. Les joueurs se sont réunis mercredi soir pour débattre de la suite à donner. Certains envisagent de quitter la Floride, où la fin de la saison se déroule dans la bulle de Disney World en raison du coronavirus, et d'abandonner le championnat en cours, selon plusieurs médias.

Avec AFP

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