Au Soudan, le gouvernement formalise un accord de paix historique avec cinq groupes rebelles

Un manifestant tenant une pancarte avec l'inscription "la paix d'abord", le 4 juillet 2020, à Khartoum.
Un manifestant tenant une pancarte avec l'inscription "la paix d'abord", le 4 juillet 2020, à Khartoum. © Ashraf Shazly, AFP

Le gouvernement soudanais de transition a formalisé lundi un accord de paix avec les cinq principaux groupes rebelles du pays, une étape majeure pour résoudre une série de conflits civils qui ont déchiré le pays depuis plusieurs décennies.

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L'accord de paix historique destiné à éteindre une guerre de dix-sept ans au Soudan, en particulier au Darfour où des centaines de milliers de personnes ont été tuées, a été paraphé, lundi 31 août, par les autorités soudanaises et plusieurs mouvements rebelles.

L'accord a été paraphé en deux temps lors d'une cérémonie à Juba, au Soudan du Sud : d'abord les mouvements rebelles du Darfour, où la guerre débutée en 2003 a fait dans les premières années au moins 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU, puis le mouvement rebelle du Kordofan-Sud et du Nil bleu, où la guerre a affecté un million de personnes.

Entre le passage de chaque groupe de signataires, un chanteur accompagné d'un orchestre entonnait des chants traditionnels.

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Pour les autorités, c'est en uniforme militaire kaki que Mohamed Hamdan Daglo, vice-président du Conseil de souveraineté et accusé d'avoir commis des "atrocités" au Darfour durant la guerre civile, a paraphé l'accord.

Encore plus symbolique : les ennemis d'hier, Mohamed Hamdan Daglo et les chefs des mouvements rebelles, regroupés au sein du Front révolutionnaire soudanais (FRS), se sont serré la main et ont même initié quelques pas de danse.

De nombreux dirigeants soudanais présents à Juba

L'accord a également été paraphé, en tant que témoin, par le président du Soudan du Sud, Salva Kiir. D'autres accords portant sur le développement du pays ont également été paraphés avec des responsables politiques et tribaux de plusieurs régions.

Salva Kiir avait pris place à la tribune sous une banderole précisant "Comité de médiation pour les pourparlers de paix", aux côtés du général Abdel Fattah al-Burhan, qui préside le Conseil souverain à la tête du Soudan, et du Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok.

Pour célébrer le premier succès dont ils peuvent se targuer depuis la chute de l'autocrate Omar el-Béchir au printemps 2019, les dirigeants soudanais s'étaient déplacés en grand nombre à Juba. Plusieurs pays étrangers étaient également présents.

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"Nous savons que nous allons affronter quelques problèmes lorsque nous allons commencer à procéder (à la mise en œuvre de cet accord) sur le terrain mais nous avons cette volonté politique et nos amis dans l'armée ont cette volonté politique pour que cela fonctionne", a commenté auprès de l'AFP Fayçal Mohamed Saleh, ministre de l'Information et de la Culture, en marge de la cérémonie.

"C'est un grand succès. Nous pensons que nous avons ainsi commencé la réelle transformation du Soudan d'une dictature vers une démocratie (...) parce que nous sommes désormais rejoints par les mouvements armés de gens de toutes les régions du Soudan", a-t-il poursuivi.

Le chef des médiateurs et conseiller du président du Soudan du Sud pour les affaires de sécurité, Tutkew Gatluak, s'était déjà réjoui dimanche : "Le rêve est devenu réalité après des efforts considérables qui ont permis d'arriver à un accord de paix entre le gouvernement et le Front révolutionnaire soudanais."

Le FRS est constitué de quatre mouvements de guérilla ayant combattu au Darfour (ouest), ainsi que dans les États du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, au sud.

Une année de négociations

Un an aura été nécessaire pour arriver à cet accord, tant était profonde la méfiance et ardus les dossiers.

"Lors de la déclaration de Juba en septembre (2019), tout le monde s'attendait à ce que la paix soit signée dans les deux ou trois mois, mais (...) nous nous sommes aperçus que les questions étaient d'une rare complexité", a déclaré Abdallah Hamdok dimanche.

Après l'échec de plusieurs accords de paix, comme celui de 2006 à Abuja, au Nigeria, et celui de 2010 au Qatar, les adversaires d'hier ont compris qu'il ne s'agissait pas seulement d'une question de sécurité. Ils sont allés au fond des problèmes qui empoisonnent le pays depuis son indépendance en 1956.

Les rebelles et le gouvernement ont paraphé huit protocoles constituant l'accord de paix : sécurité, propriété foncière, justice transitionnelle, réparations et compensations, développement du secteur nomade et pastoral, partage des richesses, partage du pouvoir et retour des réfugiés et des déplacés.

L'accord stipule que les mouvements armés devront à terme être démantelés et que leurs combattants devront rejoindre l'armée régulière, qui sera réorganisée pour être représentative de toutes les composantes du peuple soudanais.

Ces négociations de paix étaient la priorité du nouveau gouvernement de Khartoum. "Nous examinerons bientôt la mise en pratique de la paix afin d'assister au retour des réfugiés et des personnes déplacées dans leurs villages et nous sommes optimistes quant au fait que le Soudan connaîtra un avenir meilleur", a expliqué Fayçal Mohamed Saleh dimanche à la presse.

Du chemin reste encore toutefois à parcourir, d'autant que deux groupes n'ont pas participé à la cérémonie : le Mouvement de libération du Soudan (MLS) d'Abdelwahid Nour et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLA-N) d'Abdelaziz al-Hilu.

Avec AFP

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