Barrage sur le Nil : face à l'impasse des discussions, Washington sanctionne l'Éthiopie

La construction du Grand barrage de la Renaissance sur le Nil en Éthiopie, le 26 septembre 2019.
La construction du Grand barrage de la Renaissance sur le Nil en Éthiopie, le 26 septembre 2019. © Tiksa Negeri, Reuters

Alors que les négociations entre l'Éthiopie, le Soudan et l'Égypte patinent au sujet du Grand barrage de la Renaissance, et qu'Addis Abeba a décidé unilatéralement de remplir le réservoir, les États-Unis ont réagi mercredi en annonçant la suspension d'une partie de leur aide financière à l'Éthiopie.

Publicité

Les États-Unis ont annoncé, mercredi 2 septembre, la suspension d'une partie de leur aide financière à l'Éthiopie en raison de "l'absence de progrès" dans les négociations avec l'Égypte et le Soudan au sujet du mégabarrage construit par Addis Abeba sur le Nil.

"En raison de la décision unilatérale de l'Éthiopie de remplir le Grand barrage de la Renaissance (Gerd) sans accord avec l'Égypte et le Soudan", le secrétaire d'État Mike Pompeo, conformément aux instructions du président Donald Trump, "a décidé de suspendre temporairement une partie de l'aide à l'Éthiopie", a déclaré un porte-parole de la diplomatie américaine. Il n'a pas précisé combien d'argent était concerné, ni la durée de la suspension.

"Les États-Unis sont de plus en plus préoccupés par l'absence de progrès dans les négociations sur un accord trilatéral sur le remplissage et la gestion du Gerd", a-t-il ajouté dans une déclaration transmise à l'AFP.

>> À lire aussi : "Pour son barrage de la Renaissance sur le Nil, 'l'Éthiopie est prête à tout, absolument tout'"

Le Soudan propose un sommet

Addis Abeba estime que cet ouvrage est essentiel à son développement économique et à son électrification tandis que Khartoum et Le Caire craignent que le futur plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique, haut de 145 mètres, ne restreigne leur accès à l'eau.

Le Soudan et l'Égypte insistent également sur le fait qu'un accord "doit inclure un mécanisme pour résoudre les disputes qui pourraient surgir" entre les trois pays. Jusqu'à présent, l'Éthiopie refuse un éventuel mécanisme, considérant que le barrage – dont la construction a commencé en 2011 – lui appartient.

Les multiples réunions ministérielles entre les trois pays ont jusqu'ici échoué à aboutir à un accord, y compris une série de rencontres organisées à Washington sous l'égide du gouvernement américain. Le Soudan a proposé samedi un sommet des dirigeants pour sortir de l'impasse, encore constatée lors d'une nouvelle session de pourparlers fin août.

"Le barrage est à nous"

Addis Abeba a procédé cette année à la première phase du remplissage du réservoir du barrage, à un niveau permettant de tester les deux premières turbines, une étape cruciale pour qu'il commence à produire de l'énergie.

Washington a expliqué que la suspension de l'aide reflétait son "inquiétude" face à cette décision, estimant qu'un remplissage "avant que toutes les mesures de sécurité soient en place" faisait courir "de graves risques aux populations des pays en aval".

"Procéder au remplissage pendant que les négociations étaient en cours sape la confiance des autres parties", a ajouté le porte-parole du département d'État, accusant le gouvernement éthiopien de n'avoir pas respecté ses "engagements" à attendre l'issue des discussions menées par l'Union africaine.

L'ambassadeur éthiopien à Washington, Fitsum Arega, avait déclaré mardi sur Facebook avoir reçu l'assurance que toute réduction de l'aide américaine serait "provisoire". "Le barrage est à nous. Nous le terminerons grâce à nos efforts", a-t-il martelé.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine