Le procès des attaques de Charlie Hebdo, Montrouge et l'Hyper Cacher s'est ouvert à Paris

Un policier devant la salle d'audience au palais de justice de Paris, le 2 septembre 2020.
Un policier devant la salle d'audience au palais de justice de Paris, le 2 septembre 2020. © Charles Platiau, Reuters
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Les attaques de janvier 2015 avaient semé effroi et consternation en France et à l'étranger. Attendu depuis cinq ans, le procès des attentats jihadistes contre Charlie Hebdo, des policiers et l'Hyper Cacher s'est ouvert à Paris sous très haute surveillance.

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Le procès des attentats qui ont visé la rédaction du journal Charlie Hebdo, une policière municipale à Montrouge et un magasin cacher du 7 au 9 janvier 2015, faisant au total 17 morts, s'est ouvert mercredi 2 septembre devant une cour d'assises spécialement constituée de magistrats professionnels au tribunal judiciaire de Paris.

Les trois auteurs des attaques, les frères Chérif et Saïd Kouachi et leur ami Amedy Coulibaly, ont été tués par la police. Quatorze complices présumés sont jugés, dont 11 sont dans le box des accusés.

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Peu après 10 h, le président de la cour d'assises spéciale a annoncé l'audience ouverte. Dix accusés sont répartis dans deux box, étroitement encadrés par des policiers encagoulés, un dispositif de sécurité colossal ayant été mis en place. Le 11e comparait libre sous contrôle judiciaire. Dans la salle, quelques survivants de l'attaque à Charlie Hebdo et des proches des victimes sont venus, dont Patrick Pelloux, qui a longuement étreint d'autres personnes.

 

 

"Refuser de renoncer à nos libertés"

Pour marquer l'ouverture du procès, Charlie Hebdo a remis en une les caricatures de Mahomet qui en avaient fait une cible des jihadistes. "Au fond l'esprit de Charlie c'est ça, c'est refuser de renoncer à nos libertés, de renoncer aux rires, de renoncer y compris au blasphème", a déclaré l'avocat du journal, Me Richard Malka. "N'ayons pas peur, ni du terrorisme, ni de la liberté", a-t-il lancé avant l'ouverture du procès.

Durant deux mois et demi, 150 témoins et experts vont se succéder à la barre. Quatorze personnes sont poursuivies, soupçonnées à des degrés divers de soutien logistique aux frères Saïd et Chérif Kouachi et à Amedy Coulibaly.

 

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Le procès, initialement prévu avant l'été, avait été reporté en raison de la crise sanitaire. Il sera intégralement filmé pour les archives historiques de la justice, une première en matière de terrorisme. Signe de la démarche cathartique de ce procès : les premières semaines d'audience seront consacrées aux témoignages des 200 parties civiles. Le déroulement de l'enquête et l'interrogatoire des accusés ne seront abordés que dans un second temps.

"Nous voulons remplir cette salle d'audience de ce qu'ont vécu nos clients", a déclaré Me Patrick Klugman, qui défend des victimes de l'Hyper Cacher, devant la salle d'audience. En visite à Beyrouth, le président Emmanuel Macron a défendu mardi soir "la liberté de blasphémer" en France, "attachée à la liberté de conscience". "Demain, nous aurons tous une pensée pour les femmes et les hommes lâchement abattus" en janvier 2015, a-t-il ajouté.

Les absents du procès  

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi avaient attaqué la rédaction de Charlie Hebdo à l'arme de guerre, assassinant 12 personnes, dont les dessinateurs historiques Cabu et Wolinski, avant de prendre la fuite.

Le lendemain, Amedy Coulibaly, qui avait côtoyé Chérif Kouachi en prison, tuait une policière municipale à Montrouge, près de Paris. Un jour plus tard, il exécutait quatre hommes, tous juifs, lors de la prise d'otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris.

Ce périple meurtrier avait pris fin avec la mort des trois jihadistes lors d'un double assaut policier, mené quasi simultanément à l'Hyper Cacher et dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, où les tueurs de Charlie Hebdo s'étaient retranchés.

 

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Ces attaques avaient suscité une vague d'indignation dans le monde entier. Quelques jours plus tard, le 11 janvier, une manifestation d'ampleur historique avait rassemblé 1,5 million de personnes dans les rues de Paris, emmenée par des dizaines de chefs d'État et de gouvernements de toute la planète.

Quel rôle ont joué les 14 accusés ? Que savaient-ils des attaques ? Jusqu'au 10 novembre, la cour d'assises va s'efforcer de discerner le degré de responsabilité de chacun dans la préparation des attentats. Trois d'entre eux manqueront cependant à l'appel et seront jugés par défaut : Hayat Boumeddiene, compagne de Coulibaly et figure du jihadisme féminin, et les frères Belhoucine, tous trois partis quelques jours avant les attaques pour la zone irako-syrienne.

La mort des frères Belhoucine, évoquée par diverses sources, n'a jamais été officiellement confirmée. Hayat Boumeddiene, un temps donnée morte, est pour sa part soupçonnée d'être en cavale en Syrie.

Sur le plan pénal, les juges antiterroristes ont retenu les charges les plus lourdes – la "complicité" de crimes terroristes passible de la réclusion à perpétuité, contre l'aîné des frères Belhoucine, Mohamed, et contre Ali Riza Polat, qui sera lui dans le box des accusés. Ce proche d'Amedy Coulibaly est soupçonné d'avoir eu un rôle central dans les préparatifs des attentats, en particulier la fourniture de l'arsenal utilisé par le trio terroriste, ce dont il se défend.

 

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Son avocate, Me Isabelle Coutant-Peyre, a fustigé l'attitude de l'accusation envers son client, privé selon elle "d'un principe qui vaut pour tout le monde, la présomption d'innocence". Les autres accusés sont essentiellement jugés pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et encourent vingt ans de réclusion. Celui qui comparaît libre sous contrôle judiciaire pour "association de malfaiteurs" simple, un délit puni de dix ans de prison.

L'absence des frères Kouachi et Amedy Coulibaly est une "source de frustration", a reconnu le procureur national antiterroriste, tout en "récusant l'idée" que les 14 accusés soient "de petites mains, des gens sans intérêt".

 

 

  Avec AFP et Reuters

 

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