Arrestation en Syrie du recruteur français Omar Omsen, un jihadiste trop indépendant

Le recruteur français Omar Omsen (à gauche) a été arrêté le 31 août 2020 par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS).
Le recruteur français Omar Omsen (à gauche) a été arrêté le 31 août 2020 par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS). © Capture d'écran France 24

Le recruteur niçois connu sous le nom d'Omar Omsen a été arrêté par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), le 30 août, dans la ville de Harim, en Syrie. Ce jihadiste indépendant, à la tête de son propre camp, devenait gênant pour HTS qui tient la région d'Idleb d'une main de fer. 

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Le jihadiste français Omar Diaby, alias Omar Omsen, soupçonné d'avoir convaincu de nombreux Français de rejoindre la Syrie, a été arrêté le 30 août à Idleb, en Syrie, par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS).

Dans un communiqué, le groupe Firqatul Ghuraba indique que son chef "Omar Omsen, ainsi que trois autres frères, ont été arrêtés après avoir répondu à la convocation d'un tribunal" du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Le communiqué précise ne pas avoir d'explications claires quant aux motifs de cette arrestation.

Ancien délinquant niçois

Ancien délinquant franco-sénégalais devenu prêcheur, Diaby travaillait en 2012 dans un snack hallal à Nice, avant de rejoindre la Syrie en 2013, où "il est devenu l'un des plus gros recruteurs de Français vers la Syrie", explique Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes à France 24.  

"Parmi les gens qu'il a recrutés, certains ont rejoint l'organisation État islamique (EI), d'autres Al Qaïda, d'autres ont participé au 13-Novembre [attaques dans Paris, NDLR], d'autres enfin sont rentrés en France où ils ont été jugés et ont purgé leur peine", poursuit le journaliste.

Auteur de vidéos de propagande, il s'était autoproclamé imam. En septembre 2016, les États-Unis l'avaient qualifié de "terroriste international". Donné pour mort, il était réapparu dans un reportage sur France 2 en 2016, puis dans un entretien de deux heures accordé à Wassim Nasr pour France 24 en février 2020.

Au cours de cet entretien, le journaliste lui demande pourquoi il n'est pas visé par des frappes de drones de la coalition internationale. "La France a mis ma tête à prix, lui affirme alors Omar Omsen. Je n'ai pourtant jamais appelé à faire des attentats en France et j'en ai même empêché."

Il s'est prononcé contre les attentats de Nice qui ont touché des civils, mais a néanmoins approuvé l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015 à Paris, dont le procès s'est ouvert à Paris mercredi. "Ceux qui ont insulté le prophète ont été exécutés. Il fallait faire ce que les frères Kouachi ont fait. J'aurais voulu être choisi pour faire cela", avait-il déclaré à France 2.

Une longévité inédite en Syrie

Omar Omsen a passé sept ans en Syrie, une longévité inédite qui s'explique notamment pas son indépendance et son refus de participer aux guerres fratricides entre factions jihadistes dans la région d'Idleb.

"Aujourd'hui, il n'a pas d'allégeance à Al Qaïda, il a une vraie animosité contre l'EI qui a mis sa tête à prix. Et il a son propre camp en Syrie, près de la frontière turque, dans la région de Harim, avec d'autres jihadistes français, mais aussi des femmes et des enfants. Il est en totale indépendance et fonctionne en bonne intelligence avec les groupes présents là-bas", poursuit Wassim Nasr.

Il a néanmoins déjà été arrêté deux fois déjà par le groupe HTS avant son arrestation du 30 août. Ce jour-là, il avait quitté son camp avec trois autres jihadistes français "pour régler un petit conflit avec un autre groupe jihadiste, le parti islamique du Turkestan, dans la ville de Harim", précise Wassim Nasr. C'est là qu'il s'est fait arrêter.

"Une arrestation à moindre coût"

"On peut imaginer que HTS l'a arrêté là-bas pour ne pas organiser un raid sur son camp. Une arrestation à moindre coût en quelque sorte", estime encore le spécialiste. Depuis, Omar Diaby est détenu par le groupe avec les trois autres Français et sa famille n'a pas pu lui rendre visite.

C'est principalement son indépendance qui poserait problème à HTS, qui tient la région d'Idleb d'une main de fer, excluant peu à peu tous les autres groupes jihadistes de la région, dont Omar Omsen. "Il se dit qu'Omar Omsen a 'son propre émirat'. Et HTS veut que tout le monde se soumette à sa loi, à sa justice et à son pouvoir dans la région d'Idleb. Ils ont fait plusieurs raids et ont arrêté plusieurs jihadistes étrangers, dont certains ont été livrés à la Turquie", analyse le journaliste. 

"En s'attaquant aux différents groupes dissonants, HTS veut s'imposer comme l'interlocuteur exclusif de la Turquie dans la région", poursuit Wassim Nasr. La Turquie pour sa part, qui ne veut pas entrer en conflit avec le groupe, accepte de déléguer ces arrestations.

Région de Harim, en Syrie, près de la frontière turque, où le jihadiste français Omar Omsen a été arrêté le 31 août par le gropue HTS.
Région de Harim, en Syrie, près de la frontière turque, où le jihadiste français Omar Omsen a été arrêté le 31 août par le gropue HTS. © Studio graphique France 24

 

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