Tour de France: les favoris font jeu égal au Mont Aigoual

Mont Aigoual (France) (AFP)

Publicité

Le Mont Aigoual, deuxième arrivée au sommet de ce Tour de France, a accouché jeudi d'une souris: une neutralisation générale entre favoris qui trouve ses explications dans les forces en présence comme dans le bouleversement de la saison provoqué par le Covid-19.

"On n'a pas vu grand-chose mais on s'y attendait", a souligné Thibaut Pinot, pointant le parcours du jour et son long faux-plat final. Mais au-delà du cas de l'Aigoual, les positions globalement figées malgré les opportunités semées par les organisateurs --"Jamais le Tour n'est monté si haut si tôt", a martelé son directeur Christian Prudhomme-- ont quatre explications principales.

. Des leaders à égalité

Même si le Slovène Primoz Roglic fait figure d'homme à battre, sa victoire à Orcières-Merlette mardi, comme ses deux coups de force sur le Dauphiné (succès d'étape au col de Porte puis 2e place devant tous les favoris à Saint-Martin-de-Belleville), n'ont jamais été des envolées.

"Primoz Roglic était le plus fort mais il n'a pas fait de démonstration extraordinaire. Il se +contentait+ --entre guillemets parce qu'il fallait être là-- d'attendre les 1.500 derniers mètres pour porter des attaques", rappelle Samuel Bellenoue, l'entraîneur du Français Guillaume Martin, actuel 4e du classement général.

"On ne mesure pas s'il avait un punch qui lui permettait de gagner quand même dans le final des bosses, à défaut d'avoir le potentiel physique pour partir de plus loin, ou s'il faisait le strict nécessaire pour garder des forces pour plus tard. C'est difficile à mesurer", développe le préparateur de l'équipe Cofidis.

. La peur de la suite

"Il faut être patient et attendre la deuxième partie du Tour", a encore répété Thibaut Pinot jeudi matin, prédisant déjà peu de mouvement sur le Mont Aigoual. Une attitude généralisée chez les favoris qui ne veulent pas s'entamer si tôt dans le Tour.

"Tout le monde a vraiment peur de la troisième semaine, approuve Pierre Rolland. Et on a eu un début de Tour difficile".

"On est seulement à la 6e étape et il y a déjà eu deux arrivées au sommet", a rappelé lui-même le vainqueur d'étape Alexey Lutsenko pour expliquer la relative apathie des chasseurs du classement général.

"Ils ne savent pas du tout où ils vont, ça gère un peu", estime aussi l'architecte du parcours Thierry Gouvenou, reconnaissant avoir tracé un "Tour très difficile".

. Jumbo furtif

L'équipe Jumbo de Primoz Roglic et Tom Dumoulin, l'autre superpuissance du peloton avec Ineos, n'a pas roulé façon rouleau-compresseur comme à Orcières-Merlette ou dans les Alpes, sur le Dauphiné. Soudaine faiblesse ? "Il y a deux jours, Jumbo était au-dessus du lot, balaie Thibaut Pinot. Aujourd'hui (jeudi, ndlr), ils ont laissé faire Ineos car c'était sûrement pour eux une journée de récupération. Ils n'ont pas eu le poids de la course, ils sont restés tranquillement dans les roues".

Analyse partagée par Pierre Rolland: "Je pensais que Jumbo allait mettre un coup pour durcir mais ils ne l'ont pas fait, je pense que la situation actuelle leur va bien", estime l'ancien vainqueur d'étape à l'Alpe d'Huez. Avec le coureur de Mitchelton Adam Yates en jaune, l'escadre Jumbo, malgré sa puissance de feu, peut continuer à courir à l'économie.

. Des repères brouillés

La pandémie a percuté le calendrier, interrompu plus de quatre mois, et brouillé les repères habituels des coureurs d'un Tour qui n'a jamais eu lieu aussi tard dans la saison.

"Après le confinement, ça a été vraiment difficile d'être dans le rythme, a confirmé Alexey Lutsenko. Je m'en suis rendu compte sur le Dauphiné. Même sur le Tour de France, on ressent bien que le peloton n'a pas couru pendant plusieurs mois".

"Ils ont eu une année spéciale parce qu'il y a eu une grande coupure", insiste lui aussi Thierry Gouvenou qui ne voit pas de bouleversement du classement général ce week-end dans les deux étapes pyrénéennes. "On va voir si des gens vont avoir envie d'attaquer. Je pense qu'ils vont rester assez tranquilles".