Face à la majorité, Jean Castex veut s'imposer comme le chef

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Paris (AFP)

En se rendant aux grands raouts de rentrée de La République en marche, du MoDem et dès vendredi du parti Agir, Jean Castex entend affirmer son rôle de chef de la majorité que son prédécesseur Edouard Philippe n'a jamais vraiment réussi à incarner.

"Celui qui accepte de devenir Premier ministre est, par vocation, le chef de la majorité: c'est son devoir de l'animer et de l'associer, dans l'écoute et la pédagogie", avait considéré le chef du gouvernement, dans le JDD, quelques jours après sa nomination le 3 juillet.

L'ex-maire LR de Prades (Pyrénées-Orientales) avait par ailleurs jugé "naturel de (s')inscrire sans ambiguïté dans le mouvement qui soutient l'action du président de la République".

Mais, deux mois plus tard, Jean Castex n'a toujours pas pris sa carte à La République en marche. "Adhérer à LREM, pour lui, c'est pas le sujet", évacue son entourage, alors que cette même indépendance partisane avait été critiquée par nombre de marcheurs historiques à l'endroit d'Edouard Philippe, également issu des rangs de la droite.

"Ce qu'on reprochait à son prédécesseur, ça n'est pas de ne pas avoir pris sa carte à LREM, c'est de ne pas avoir animé la majorité", croit pourtant savoir un proche du nouveau Premier ministre.

Vendredi, Jean Castex se rend à Châlons-en-Champagne aux journées parlementaires du groupe Agir, le parti de centre droit présidé par son ministre du Commerce extérieur, Franck Riester. Edouard Philippe, qui compte pourtant des proches au sein du parti, n'avait jamais fait montre d'autant d'égards.

En début de semaine prochaine, c'est aux troupes du MoDem que Jean Castex rendra visite, à Biscarrosse (Landes), avant de conclure la grand messe de La République en marche, le 10 septembre, à Amiens.

- Gouvernement "galerie commerciale" -

La nomination de l'énarque à Matignon, jusqu'alors connu pour avoir mis en œuvre le déconfinement, avait plongé la majorité dans une "sidération", alors que le gouvernement avait semblé pencher à droite, loin du "et en même temps" macronien originel.

"Il se réclame +gaulliste social+, moi, pas", grince encore aujourd'hui un député, qui regrette une équipe gouvernementale "un peu galerie commerciale".

Le haut fonctionnaire à l'apparence austère et l'accent chantant était toutefois parvenu, avant les vacances, à éviter les procès d'intention de la majorité. "Lors de sa venue en réunion de groupe, à l'Assemblée, il s'est montré intelligent", salue un parlementaire. Le passage du Premier ministre à un bureau exécutif de LREM, fin juillet, s'était également "bien passé", selon un participant.

"Au départ, et pendant longtemps, Edouard Philippe n'était pas non plus très populaire dans le groupe parlementaire", rappelle en outre un ancien ministre. La comparaison avec le maire du Havre tourne d'ailleurs souvent à l'avantage du nouveau locataire de Matignon: "Il tranche assez vite, alors qu'Edouard, il fallait qu'il réfléchisse, qu'il consulte...", s'enthousiasme une ministre en décrivant un chef du gouvernement "qui parle clair, simple, compréhensible par tous les Français".

Surtout, "Edouard avait fait le choix de ne pas s'occuper de la majorité", note un autre membre du gouvernement, qui rappelle que les relations entre Edouard Philippe et le patron du groupe LREM à l'Assemblée, Gilles Le Gendre, étaient orageuses, et à peine meilleures avec François Bayrou.

"Castex est le chef de la majorité", martèle encore une ministre, quand un député le voit comme un "PDG de cette fin de mandat", en louant "un homme d'efficacité, un homme d'opérations qui a l'obsession de l'exécution et de la mise en œuvre", dans une critique en creux de son prédécesseur.

Jean Castex peut par ailleurs espérer une relative tranquillité d'ici la fin du mandat, aidé par un agenda parlementaire dominé par le plan de relance et globalement consensuel dans la majorité - à l'exception de la loi contre le séparatisme, que d'aucuns craignent clivante.

En tant que chef de la majorité, il devra toutefois lui trouver un nouveau souffle: la déroute de LREM aux municipales, les ambitions grandissantes du MoDem et l'essoufflement de la recomposition politique compliquent la mise en ordre des troupes macronistes à vingt-et-un mois de la présidentielle.