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Mostra : un film iranien pointe une lumière crue sur le travail des enfants

Le cinéaste Majid Majidi, en compétition à la Mostra avec "Les enfants du soleil", le 6 septembre 2020 à Venise
Le cinéaste Majid Majidi, en compétition à la Mostra avec "Les enfants du soleil", le 6 septembre 2020 à Venise Tiziana FABI AFP
4 mn
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Venise (AFP)

Sans tomber dans le misérabilisme, "Les enfants du soleil", un film iranien présenté dimanche en compétition à Venise, dénonce la misère des enfants condamnés à travailler pour survivre à travers le portrait touchant d'Ali, 12 ans, et de trois de ses amis.

La caméra du cinéaste Majid Majidi, premier Iranien sélectionné pour l'Oscar du meilleur film étranger en 1999, les suit dans les rues et le métro de Téhéran, où ils vivent d'expédients pour aider leurs familles, tout en ayant chacun un rêve secret : Ali veut sortir sa mère de l'hospice où elle est internée, un de ses copains veut devenir footballeur...

"C'est un film de dénonciation sociale d'un problème qui concerne le monde entier et pas seulement l'Iran", explique le réalisateur dans un entretien avec l'AFP, rappelant qu'"officiellement 152 millions d'enfants travaillent à travers le monde".

"En Inde aussi, la situation des enfants est catastrophique. L'Afghanistan est un pays qui n'a pas connu la paix depuis plus de 40 ans. En Syrie, les enfants sont victimes de la guerre", énumère-t-il. "Les enfants sont les plus affectés par cette situation, alors qu'ils représentent le futur de l'humanité".

Pour interpréter ses protagonistes, Majid Majidi, un habitué des festivals internationaux, a choisi des enfants vivant dans la rue pour "montrer leurs capacités et leur humanité". "Le casting a pris quatre mois, 4.000 enfants ont été interviewés", résume-t-il.

Au final, c'est Ali Nasirian, un gamin débordant d'énergie sous sa tignasse brune, qui a été choisi pour incarner le héros. "Malheureusement, Ali a été testé positif au coronavirus juste avant notre départ. Il est asymptomatique et se porte bien mais il était très triste de ne pas pouvoir venir à Venise", regrette le cinéaste.

En revanche, Shamila Shirzad, une adolescente de 13 ans d'origine afghane objet de l'affection muette d'Ali, a pu être du voyage : "Je travaille depuis l'âge de cinq ans. Le matin, je vais à l'école et l'après-midi je travaille dans le métro", a raconté sobrement la jeune actrice au sourire communicatif lors d'une conférence de presse.

- "Grandir normalement" -

Le droit à l'éducation est au centre du film, qui montre comment la possibilité d'aller à l'école peut révolutionner le quotidien de ces enfants à la dérive en leur ouvrant des perspectives jusqu'ici insoupçonnées.

Majid Majidi, qui a "une longue expérience dans le travail avec les enfants", souligne la capacité hors du commun de ces enfants contraints de mener des vies d'adulte. "Leur vie ressemble à un énorme plateau de cinéma. Tourner avec eux, ce n'est pas compliqué, car ils sont habitués à travailler pour vivre et aider leur famille".

Nombre de ces enfants des rues de Téhéran viennent d'Afghanistan : "Nous avons une frontière très longue avec l'Afghanistan", rappelle le cinéaste. "Beaucoup entrent illégalement dans le pays, sans papiers, alors les enfants ne peuvent pas s'inscrire à l'école car ils n'ont pas de pièce d'identité, on ne connaît pas leur date de naissance..."

En dépit de la délicatesse du sujet, Majid Majidi évite de tomber dans le larmoyant, incluant au contraire des scènes dénotant cette insouciance propre au monde de l'enfance, même dans la misère. "Les thématiques sont déjà tristes, alors j'ai voulu trouver un équilibre entre sujets légers et graves".

Face à l'ampleur et à la complexité des problèmes qu'affrontent ces enfants, le cinéaste est bien conscient qu'"économiquement et politiquement, on ne peut pas espérer un changement radical de leur existence, car ils n'ont pas le contexte approprié pour grandir normalement".

"Mais on peut essayer de les aider à trouver leur voie", conclut-il en note d'espoir.

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