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Migrants : le camp de Lesbos dévasté par un énorme incendie

Des migrants dans le camp de Moria, à Lesbos, le 9 septembre, après l'incendie qui a ravagé le site.
Des migrants dans le camp de Moria, à Lesbos, le 9 septembre, après l'incendie qui a ravagé le site. AFP - ANTHI PAZIANOU
17 mn

Plusieurs feux se sont déclarés dans la nuit de mercredi dans le camp surpeuplé de migrants de Moria, sur l'île grecque de Lesbos. L'Union européenne a annoncé le transfert immédiat vers la Grèce continentale de 400 enfants et adolescents.

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"Des feux épars" ravagent la prairie "autour du camp mais aussi à l'intérieur" du camp de migrants de Moria, sur l'île grecque de Lesbos. Les pompiers mobilisés pour éteindre les flammes qui se sont déclarées mercredi 9 septembre décrivent des images de désolation. Le camp a "brûlé à 99 % et le feu continue", a alerté le président du syndicat des pompiers de Lesbos, interrogé mercredi matin, Yorgos Ntinos.

Pour l'heure, 25 pompiers et 10 véhicules sont mobilisés pour évacuer le camp qui héberge actuellement près de 12 700 demandeurs d'asile, quatre fois sa capacité d'accueil. Aucune victime n'est à déplorer, assurent, pour l'heure, les soldats du feu. "Seuls quelques blessés légers avec des problèmes respiratoires dus à la fumée", précisent-ils.

Près de 500 demandeurs d'asile fuient le camp à pied en direction du port de Mytilène, mais sont bloqués par les véhicules des forces de l'ordre. D'autres se sont abrités dans les collines environnant le camp.

"L'île de Lesbos est déclarée en état d'urgence", a affirmé sur la chaîne de télévision publique ERT, le porte-parole du gouvernement grec, Stelios Petsas.

Incendie dans le camp de réfugiés de Lesbos
01:43

"Le feu s'étend rapidement"           

Selon le site d'information locale LesvosPost, plus de 3 000 tentes, des milliers de conteneurs, des bureaux de l'administration et une clinique au sein du camp ont été brûlés. Stand by Me Lesvos, une association regroupant locaux et réfugiés, s'alarme sur Twitter : "Tout brûle, les gens fuient". "Certains témoignages rapportent que des locaux bloquent le passage [des réfugiés] dans le village voisin", ajoute aussi l'association.

"Depuis plusieurs heures, des grands feux entourent le centre de réception. Les foyers se multiplient […] et avec la force du vent [7-8 sur l'échelle de Beaufort], le feu s'étend rapidement", commente sur sa page Facebook l'association des habitants de Moria et des autres villages environnants.

"La zone paie le prix de l'indifférence et de l'abandon", poursuit l'association des habitants qui appelle les autorités à agir rapidement pour trouver une solution pour les demandeurs d'asile qui seront sans abri après l'incendie.

FR NW GRAB ALEXIA KEFALAS GRECE INCENDIE DE 21H POUR 21H30
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Urgence humanitaire

De son côté, la Commission européenne a annoncé qu'elle prenait en charge le transfert immédiat vers la Grèce continentale de 400 enfants et adolescents. "Mettre en sécurité et à l'abri toutes les personnes se trouvant à Moria est une priorité", a tweeté la commissaire chargée des Affaires intérieures Ylva Johansson, précisant être en contact avec les autorités grecques.

"J'ai déjà donné mon accord pour financer le transfert immédiat et l'hébergement vers le continent des 400 enfants non accompagnés et adolescents se trouvant encore" sur place, a ajouté Ylva Johansson.

La situation du camp de Moria illustre l'urgence d'une réforme de la politique migratoire dans l'UE, qui bute depuis des années sur les divisions des Européens. La Commission européenne doit présenter à la fin du mois sa proposition, plusieurs fois repoussée, de "nouveau Pacte sur la migration et l'asile".

L'exécutif européen coordonne par ailleurs depuis plusieurs mois un programme de relocalisation vers une dizaine de pays de l'UE de quelque 2 000 mineurs non accompagnés arrivés dans les camps de réfugiés grecs.

35 cas de Covid-19

D'après l'agence de presse grecque ANA, les feux auraient été déclenchés suite à la révolte de certains demandeurs d'asile qui devaient être placés en isolement, ayant été testés positifs au coronavirus ou proches d'une personne ayant été détectée positive.

Les pompiers rapportent également dans leur communiqué avoir "été empêchés d'entrer dans le camp pour intervenir" par certains groupes de réfugiés à leur arrivée dans le camp, et avoir fait appel aux forces de l'ordre pour pouvoir poursuivre l'opération de sauvetage.

La semaine dernière, les autorités ont détecté un premier cas de coronavirus dans le camp de Moria et ont mis le camp en quarantaine pour quinze jours. Après la réalisation de 2 000 tests de dépistage, 35 personnes ont été détectées positives au Covid-19 à Moria.

"Seulement une personne a présenté des symptômes, les trente-quatre autres sont asymptoptiques", a assuré le communiqué du ministère grec des Migrations. "Les trente-cinq personnes positives au coronavirus ont été transportées dans un espace prévu pour leur isolement", a aussi précisé le ministère.

Avec l'incendie, "tout le monde s'est dispersé et les cas positifs se sont mélangés aux autres désormais", s'inquiète mercredi matin une source policière à Lesbos.

De strictes mesures de circulation ont été imposées dans les camps de migrants depuis la mi-mars.

Le gouvernement n'a jamais levé ces restrictions malgré les critiques des ONG de droits de l'homme jugeant ces mesures "discriminatoires", alors que la décision a été prise de déconfiner le pays début mai.

Manque d'hygiène et surpeuplement

Ces ONG dénoncent l'enfermement des demandeurs d'asile dans ces structures qui ne sont pas adaptées pour mettre en place les mesures barrières nécessaires.

Le camp de Moria a été ces dernières années à maintes reprises décrié pour son manque d'hygiène et son surpeuplement par les ONG qui appellent régulièrement les autorités grecques à transférer les demandeurs d'asile les plus vulnérables vers le continent.

Les émeutes et bagarres sont devenues quasi quotidiennes dans le camp de Moria. De janvier à fin août, cinq personnes ont été poignardées dans plus de quinze attaques. En mars 2020, une fillette avait perdu la vie dans un conteneur brûlé. En septembre 2019, deux personnes étaient également décédées dans un incendie.

Avec AFP

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