Christophe Castaner élu à la tête d'un groupe LREM plus divisé que jamais

L'ex-ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, le 7 avril 2020, à l'Assemblée nationale, à Paris
L'ex-ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, le 7 avril 2020, à l'Assemblée nationale, à Paris ALAIN JOCARD AFP/Archives

L'ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a été élu jeudi chef du groupe parlementaire de La République en marche à l'Assemblée nationale. Il a devancé de quelques voix seulement la députée Aurore Bergé. Un long travail de réconciliation l'attend.

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Successivement porte-parole du gouvernement, patron de La République en marche et ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner était censé être élu confortablement à la tête du groupe LREM à l'Assemblée nationale. Le résultat du second tour, jeudi 10 septembre, a montré une réalité bien différente, signe d'une fracture évidente au sein de la majorité.

Le député des Alpes-de-Haute-Provence a certes été élu, mais avec seulement 55 % des suffrages, contre 45 % pour l'autre finaliste, la députée des Yvelines Aurore Bergé. Celle-ci a réagi au résultat par un tweet lapidaire : "Le rassemblement ne se décrète pas, il se construit. Il n'est pas une option, mais une nécessité. Ensemble, députés LREM, nous devons répondre à l'urgence de la crise démocratique et porter haut nos convictions. Chacun y prendra sa part, aux côtés de Christophe Castaner", a-t-elle écrit sur Twitter.

Figure de la majorité, issue du parti Les Républicains, Aurore Bergé représente davantage l'aile droite et libérale de La République en marche. Mais sa campagne pour la présidence du groupe a fait fi du clivage gauche-droite et a davantage mis en avant l'autonomie du groupe vis-à-vis de l'exécutif. Si bien qu'elle a su rallier à elle des membres de la majorité plutôt étiquetés à gauche, comme la présidente de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, ou la députée de la Manche, Sonia Krimi.

Cette dernière estime qu'il existe désormais deux factions au sein du groupe : une première, légitimiste et fidèle au premier cercle d'Emmanuel Macron, prête à accepter toute consigne venue d'en haut ; et une seconde, désireuse de davantage de liberté et d'indépendance.

"Regarder de près cette fissure qui s'est créée"

"Christophe Castaner va devoir regarder de près cette fissure qui s'est créée, juge Sonia Krimi, contactée par France 24 peu après l'annonce du résultat. Il a énormément de travail devant lui, ce ne sera pas simple d'apaiser certains collègues qui refusaient catégoriquement l'arrivée d'un nouveau cadre historique du parti à leur tête."

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D'autant que l'ancien membre du gouvernement n'a siégé que quelques mois au sein de l'Assemblée nationale depuis juin 2017 et qu'il ne s'est jamais impliqué dans la vie du groupe LREM, actuellement réuni près d'Amiens pour ses "journées parlementaires".

Sa tâche s'annonce donc ardue. "Il doit donner des gages à ces députés qui ont soutenu Aurore Bergé et qui ont l'impression de n'être que des machines à voter", juge une source parlementaire au sein de LREM, contactée par France 24. "Ceux-ci se plaignent essentiellement de deux choses : ils en ont marre de se faire imposer des choses par en haut et ils ont besoin de retrouver un peu de fierté dans ce qu'ils font."

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Concrètement, cela peut prendre différentes formes : un arbitrage en leur faveur, une proposition de loi acceptée par l'exécutif, un fonctionnement plus démocratique au sein du groupe qui respecterait toutes les sensibilités.

De nouveaux départs de députés ?

"Quoi que fasse Christophe Castaner, il y aura très probablement d'autres défections, estime Sonia Krimi. C'est inévitable."

Et pour cause, l'hémorragie au sein de La République en marche se poursuit. De 310 députés à l'été 2017, celui-ci, après avoir perdu la majorité absolue au printemps, n'est désormais plus composé que de 275 membres après trois nouveaux départs, en début de semaine, cette fois vers les alliés du MoDem.

Le parti de François Bayrou fait une offensive depuis plusieurs semaines en tentant de débaucher des élus de la majorité. Une dizaine de députés supplémentaires pourraient ainsi annoncer dans les prochains jours leur ralliement au MoDem, selon Le Point.

C'est là l'autre défi qui attend Christophe Castaner. Car même si La République en marche reste le groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, ses alliés gagnent en influence. Le nouveau patron du groupe devra donc rapidement résoudre cette équation. La solution passera peut-être par la création, dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, d'un intergroupe de la majorité parlementaire réunissant LREM, le MoDem et Agir.

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