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Absents, masques, fin de la bise… Comment le Covid-19 bouleverse les fêtes de famille

Un couple d'Italiens masqués lors de leur mariage près de Milan, le 11 mai dernier.
Un couple d'Italiens masqués lors de leur mariage près de Milan, le 11 mai dernier. © Miguel Medina, AFP
8 mn

Avec la recrudescence des cas de Covid-19, les Français sont contraints de réinventer leur quotidien. Et face à la menace de celui-ci dans les endroits clos, les évènements familiaux tels que les mariages ou les anniversaires peuvent devenir source d'angoisses.

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"Du coup, on se fait la bise ou pas ?" Moment de gêne incontournable en 2020, ce préambule à tous les événements familiaux. Certains s'en tiennent aux gestes barrières en se contentant d'un humoristique salut du coude, d'autres préfèrent envoyer valdinguer le protocole sanitaire sur l'autel de la joie des retrouvailles après des mois d'éloignement et d'inquiétudes durant le confinement. Le Covid-19 a bouleversé l'organisation des baptêmes, mariages et autres anniversaires.

Sarah Philippe en sait quelque chose. Le mariage de sa mère devait initialement avoir lieu mi-mai. Confinement oblige, il a été reporté à fin novembre. Et l'organisation tourne déjà au casse-tête.

Des fêtes qui tentent de s'adapter… Ou pas

"On planche sur une nouvelle version du mariage", sourit la jeune fille de 25 ans. "On travaille sur les gestes barrières à mettre en place. Elle réfléchit à faire un siège sur deux pour une distanciation sociale à table. On réfléchit à la manière d'aménager l'espace. On veut changer le repas en passant d'un buffet à un service à table. C'est toute une réflexion à avoir."

"On revoit plein de choses, même triviales. On avait prévu des animations durant le cocktail pour que les gens de différents groupes se rencontrent. On essaie de transformer ça en jeux compatibles avec la situation sanitaire, en remplaçant par une chasse au trésor dans la salle ou des défis qui insistent avec humour sur les gestes barrières", raconte Sarah Philippe, qui a l'habitude de mener ces réflexions dans le cadre de son métier de responsable dans l'événementiel.

Dans les églises qui accueillent des célébrations, on s'adapte également. Le masque est de rigueur, qu'il s'agisse d'un mariage ou d'un enterrement. Les chaises de l'assistance sont disposées de manière à respecter la distanciation sociale et une jauge est souvent instaurée. On a même vu certains prêtres recourir au pistolet à eau pour baptiser un enfant dans le respect des gestes barrières.

Mais pour d'autres, le respect des gestes barrières ne semble pas aussi évident. "J'étais à un double anniversaire familial la semaine dernière. La fête avait lieu dans un grand jardin. Certes, on était moins tactiles dans les embrassades que d'habitude, mais il y avait quand même assez peu de distanciation sociale, et pas de masques", raconte Mathieu [le prénom a été changé]. "Ça m'a marqué. Personne n'évoquait le sujet. Ma sœur, qui vit en Belgique a dû, de son côté, se résoudre à ne pas faire le déplacement, sous peine de se voir imposer une quatorzaine à son retour. Les Belges ont l'air d'être beaucoup plus sévères que nous."

Annulations en série

Alors que l'Angleterre a décidé d'interdire les rassemblements de plus de six personnes à compter de lundi, faut-il être plus sévère avec les événements privés ?

Certains épidémiologistes et politiques y sont ouverts : "Toutes les fêtes de famille dans les lieux clos, il faut les annuler. […] Si vous avez prévu en septembre de faire une grande cousinade avec toute la famille dans le salon, il ne faut pas le faire", admonestait Martin Blachier, médecin épidémiologiste sur Europe 1 en août dernier, évoquant un "risque de cluster très important".

Le Premier ministre, Jean Castex, recommandait lui aussi "d'éviter autant que possible les fêtes familiales".

Sarah Philippe a renoncé à se rendre au mariage d'une amie début septembre en raison de cas suspects dans son entreprise. Plus de peur que de mal au final, mais la prudence reste de mise pour endiguer la reprise de l'épidémie.

>> À lire aussi : Covid-19 en France : qui, quand et où se faire tester ?

"Il y a beaucoup de gens qui annulent en prévention. Des personnes âgées, mais aussi d'autres qui ont peur des regroupements familiaux", raconte Sarah Philippe. "Et dans le même temps, on est dans l'incertitude totale sur la possibilité de se marier en novembre prochain. Ma mère est forcément un peu déçue, c'est loin d'être le mariage qu'elle imaginait."

Chantal Prouvost est également dans l'incertitude la plus complète. Pour célébrer l'anniversaire de sa belle-mère (95 ans), la famille d'une soixantaine de personnes et disséminée dans toute la France devait se réunir à Pâques. Confinement oblige, l'anniversaire a dû être remis à plus tard.

"La propriétaire de la location a été compréhensive. On a pu annuler notre réservation et trouver une nouvelle date au mois de novembre", raconte cette Bretonne. "Mais aujourd'hui, même le mois de novembre ne semble plus garanti, puisqu'on ne sait pas ce qui peut se passer d'ici là."

"Il y aura moins d'embrassades, ce sera moins chaleureux. On ne se touchera pas. Je ne sais pas si on aura à cœur de dissimuler nos sourires sous des masques. Si l'anniversaire a lieu, ce sera quand même une ambiance bizarre. Cette fête nous réjouit et nous angoisse", déplore-t-elle.

Un lieu de contamination, mais pas le seul

Plusieurs clusters consécutifs à des rassemblements familiaux ont fait la une des médias cet été. Le 14 juillet près du lac d'Annecy (Haute-Savoie), trente personnes ayant assisté à un même mariage ont été testées positives au coronavirus. Même chose fin juillet après des noces dans les Hauts-de-Seine.

Selon Santé Publique France, les événements privés ou publics, dans lesquelles prennent place les anniversaires, mariages et autres fêtes entre proches, constituent 15 % des clusters de contaminations. Il n'y a qu'en entreprise qu'on relève davantage de contaminations (29 %).

"Il ne s'agit pas d'arrêter toutes ces interactions sociales", nuance cependant Matthieu Revest, infectiologue au CHU de Rennes, interrogé par Ouest-France. "Elles doivent continuer, mais de façon différente."

Il préconise de privilégier les fêtes en extérieur, le port du masque et la mise à la disposition des invités de gel hydroalcoolique et de faire en sorte que l'alcool, souvent présent dans ces événements, ne soit pas une excuse au relâchement des gestes barrières.

"Il faut trouver le bon équilibre, car on va devoir vivre avec le virus pendant longtemps et on ne peut pas empêcher les réunions de famille, ce qui pourrait avoir un effet encore plus délétère que les éventuelles contaminations qui pourraient y être liées", avance-t-il. Le Covid-19 n'a pas fini de jouer les trouble-fête.

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