Athlétisme: rififi à la FFA

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Albi (AFP)

Malmenée par les affaires, notamment de dopage, et en panne d'exploits sportifs, la Fédération française d'athlétisme (FFA) peine à se sortir d'un climat morose amplifié par des luttes de pouvoir et un management jugé nocif par plusieurs collaborateurs.

Albi, sa cathédrale, ses hôtels particuliers qui reflètent leurs briques roses dans les eaux calmes du Tarn: le cadre des Championnats de France d'athlétisme disputés samedi et dimanche semble presque idéal. A la FFA par contre, ça fait bien longtemps que l'on n'a pas vu la vie en rose.

L'atmosphère reste tendue entre le Directeur technique national Patrice Gergès et la directrice générale Souad Rochdi et ses proches (notamment Mehdi Baala), considérés comme faisant partie du "clan" de l'ancien DTN Ghani Yalouz, dont Gergès a été l'adjoint.

Aux Mondiaux de Doha fin 2019, les résultats catastrophiques (deux médailles, aucun titre) ont révélé une atmosphère délétère.

"A Doha ce qui a été compliqué c'est que l'on avait besoin de sérénité, mais que tout le monde se tirait dans les plumes. Et personne n'en est sorti gagnant de ces batailles de pouvoir. Même si ça n'explique en rien les résultats", estime le taulier Renaud Lavillenie, lui-même hors du coup (éliminé en qualifications de la perche).

- 'Climat apaisé' -

Au retour du Qatar, des têtes menacent de tomber. Le président André Giraud, le directeur de la haute performance de l'Agence nationale du sport (ANS) Claude Onesta et le ministère des Sports dirigé par Roxana Maracineanu s'entendent pour maintenir en poste Patrice Gergès, mais rognent ses prérogatives en appelant à la rescousse l'ancien cycliste Florian Rousseau pour préparer les JO.

En novembre 2019, lors d'un comité directeur sous tension, le DTN fait son autocritique mais se plaint aussi d'appels anonymes, "dont certains avec des menaces contre son intégrité physique". Ambiance.

"On n'a pas de problème particulier, pour moi le climat est apaisé, estime Souad Rochdi. Je vous rassure, Doha est bien derrière nous. On a mis du temps, c'est certain, comme après un divorce, mais on est bien arrivé à se remettre en selle."

Reste que l'image de la Fédé a été largement écornée ces derniers mois par des affaires de dopage rocambolesques: la marathonienne Clémence Calvin est suspendue quatre ans pour avoir fui un contrôle, la steepleuse Ophélie Claude-Boxberger attend toujours son jugement un an après son contrôle positif à l'EPO, alors qu'elle était en pleine relation sentimentale avec le médecin de la FFA, depuis licencié.

En juin, l'ex-championne du monde en salle de saut en longueur Eloyse Lesueur a également réclamé près de 200.000 euros à la FFA, accusée d'avoir mal géré ses gains à partir d'un système d'aide administrative qui aurait dérivé, ce que nie fermement la Fédé.

Alors que fait la maison bleue pour redresser la pente?

"Reprendre la main sur nos contenus, maîtriser mieux notre image. Etre diffusé en clair peut nous apporter plus d'audience positive", explique Souad Rochdi, alors que les championnats de France sont retransmis ce week-end sur la chaîne L'Equipe.

Sur le dopage, la Fédération assure avoir serré la vis, en ne finançant désormais les stages que sur des critères très stricts.

- 'La Corée du Nord' -

Au coeur de ce bateau qui tangue, la directrice générale Souad Rochdi concentre plusieurs critiques sur son management.

"Elle étouffe tout le monde, c'est une autocratie. C'est la Corée du Nord. Elle change de discours selon ses interlocuteurs, elle perd tout le monde", se désole un employé, qui a requis l'anonymat.

"Le climat social s'est détérioré. Elle applique Machiavel à la lettre, diviser pour mieux régner. Elle peut +tuer+ quelqu'un en claquant des doigts, raconte un ancien de l'avenue Pierre de Coubertin (sud de Paris), le siège de la FFA. Humiliations, stratégies, coups bas, elle pratique le management par la peur."

"Je ne suis pas autoritaire, je suis au contraire dans la délégation, se défend Mme Rochdi. Je n'ai pas dans mes habitudes d'humilier les gens, au contraire, c'est pour ça que je travaille dans une association. Je ne comprends pas, je suis très choquée. On fait tout pour que le climat social soit le meilleur."

Bras droit du président André Giraud, qui se présente en grand favori pour un second mandat en décembre, cette ancienne athlète, figure historique de la FFA, est aussi accusée de vouloir concentrer les pouvoirs en usant ou en évinçant les différents directeurs de pôles.

La FFA et son budget d'environ 19 millions d'euros en 2020 n'a par exemple plus de directeur financier depuis près d'un an. Le confinement n'a pas aidé au recrutement, dont le processus est toujours en cours.

A 10 mois des Jeux de Tokyo (juillet 2021) et à seulement quatre ans de Paris 2024, il reste du travail à la FFA pour redorer son blason dans la sérénité.