#lundi14septembre : contre le sexisme, des lycéennes appellent à porter des tenues "indécentes"

Les minijupes, shorts, décolletés et parfois même les leggings, sont souvent interdits par les règlements intérieurs des établissements scolaires.
Les minijupes, shorts, décolletés et parfois même les leggings, sont souvent interdits par les règlements intérieurs des établissements scolaires. © Pixabay

Alors que les témoignages de lycéennes refusées à l'entrée de leur établissement à cause d'une tenue jugée trop "provocante" se multiplient, le mouvement #lundi14septembre se répand sur les réseaux sociaux. De nombreuses élèves ont prévu, lundi, de porter les vêtements qui leur sont interdits, afin de protester contre le sexisme subi à l'école.

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Dans le sillage des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, la mobilisation contre le sexisme et le harcèlement prend de l’ampleur dans le milieu scolaire à grand renfort de mots-dièse.

Depuis quelques jours, la parole se libère sous les hashtags #BalanceTonBahut ou encore #lundi14septembre. Ce dernier, lancé sur TikTok puis sur Instagram et Twitter, invite les lycéennes à venir au lycée vêtues de manière "provocante" pour protester contre les interdictions vestimentaires et les remarques subies à propos de leur tenue. En effet, nombre d’entre elles ont récemment raconté s’être vues reprocher le port d’un crop-top (haut court laissant apparaître le nombril) ou d’un short dans l’enceinte de leur établissement. Des pièces souvent jugées "indécentes", interdites par le règlement intérieur de certains établissements, et qui ont parfois valu à certaines élèves de se voir refuser l'entrée dans leur enceinte.

Outre ce rendez-vous militant, les hashtags #BalanceTonBahut et #BalanceTonProf rassemblent, en toile de fond, des témoignages de lycéennes dénonçant les situations de harcèlement, les remarques sexistes voire les agressions sexuelles qu'elles ont subies, mais aussi l'inertie des équipes pédagogiques sur fond de "culpabilisation" des jeunes filles.

"On aimerait que les CPE ne se trompent pas de cible"

Le mouvement a commencé à poindre jeudi 11 septembre sur le Web, après qu'une lycéenne scolarisée à Dax s'est insurgée contre une affiche collée sur les grilles de son lycée. Celle-ci mentionnait le message "tenue correcte exigée" et était assortie de la photo d'un haut court et d'une jupe barrés d'une croix rouge.

La jeune fille, qui a souhaité garder l'anonymat, a aussitôt créé un compte Instagram (borda_révolte, du nom de son établissement, le lycée de Borda) afin de dénoncer ces restrictions vestimentaires qui ne concernent que les filles. À peine quatre jours plus tard, le compte rassemble déjà près de 2 000 abonnés, dont de très nombreuses lycéennes qui partagent leurs propres témoignages sur des remarques proférées par leur établissement sur leurs tenues vestimentaires.

Lundi matin, de nombreuses photos pullulaient sur les réseaux sociaux. Jupes mi-cuisse, shorts, hauts dévoilant quelques centimètres de ventre… Le mouvement #lundi14septembre est soutenu par plusieurs associations féministes. "On soutient les jeunes filles qui rappellent que ce n’est pas la tenue des filles qui est un problème", exprime Céline Piques, porte-parole de l'association Osez le féminisme !, contactée par France 24. "On aimerait que les CPE [conseillers principaux d'éducation, NDLR], ne se trompent pas de cible et changent leur fusil d'épaule et sanctionnent les garçons".

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En effet, selon la porte-parole de l'association féministe, aucun rappel à l'ordre, voire à la loi, n'est effectué dans les établissements, alors que les agressions sexuelles sont répandues dans les couloirs des collèges et lycées sous prétexte de tenues courtes ou jugées provocantes. "Il faut aller jusqu’au bout de l’initiative 'la honte doit changer de camp' et exiger des équipes pédagogiques qu'elles sensibilisent les élèves au harcèlement sexuel et aux agressions sexuelles pour que cessent les comportements inacceptables de certains garçons", estime Céline Piques. En tant que porte-parole de l'association, cette dernière dit être intervenue de nombreuses fois en milieu scolaire et a pu constater la présence latente d'une certaine "culture du viol" à travers des jeux et défis fixés entre garçons, consistant par exemple à toucher les fesses des filles dans les escaliers. "Des remarques avaient fusé quand j'avais dénoncé ce qui est des agressions sexuelles, des remarques du type : 'ah ben en même temps, il ne fallait pas qu'elle s'habille comme ça !'", poursuit Céline Piques.

Dimanche, le collectif "#NousToutes" a également montré son engagement et son soutien au mouvement #lundi14septembre. "Nos tenues ne sont pas le problème. Le problème, c'est le harcèlement, les agressions et les viols. Soutien à toutes celles et ceux qui refusent la culpabilisation des femmes."

Sexualisation et culpabilisation

"Aujourd’hui #lundi14septembre des jeunes filles ont décidé spontanément partout en France de porter jupes, décolletés, crop-top, ou maquillage pour affirmer leur liberté face aux jugements et actes sexistes. En tant que mère, je les soutiens avec sororité & admiration", a réagi, lundi sur Twitter, la Ministre déléguée à la citoyenneté, et ex-secrétaire d'État chargée de l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa.

Cette dernière est à l'initiative, avec le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, de la création des "référents égalité" dont les établissements doivent se doter depuis la rentrée 2018, afin de sensibiliser les élèves à l'égalité entre les filles et les garçons. Une égalité qui ne semble pas encore au goût du jour, déplore Céline Piques. "Les règles doivent être les mêmes pour les filles et les garçons. À partir du moment où il y a des garçons qui viennent encore en short au lycée, il est impossible d’interdire aux filles de porter des jupes aussi courtes qu’un short, c'est une question d’égalité", affirme-t-elle. 

Celle-ci déplore que les contraintes présentes dans les règlements intérieurs ne concernent que les filles, et selon elle, de telles mesures ne peuvent être motivées par la notion de "respect". "Ce n'est pas une question de 'respect', sinon on ne parlerait pas d''indécence'", explique à France 24 la porte-parole d'Osez le féminisme. "Il s'agit bien d'une question de 'décence' de la tenue, donc le fait qu’elle soit sexualisée. Une fille qui vient en mini-short ou en jupe courte, on va la percevoir comme étant sexualisée, et donc forcément responsable des violences sexistes qu’elle pourrait subir à cause de cette tenue, mais les interdictions ne concernent pas les garçons : la décence ne s'applique qu’aux filles et c'est bien là le problème".

De là découle une certaine culpabilisation, dénoncée dans de nombreux témoignages. "En 6e, je portais une combishort avec un collant et ma CPE m'a dit 'Attention tu vas attirer l'œil des mauvais garçons', alors j'ai été renvoyée chez moi", raconte par exemple Leila sur Twitter.

"ll y a une inversion totale", dénonce Céline Piques. "Ces normes ne s'appliquent qu'au corps des filles, uniquement parce qu'il y a du sexisme dans notre société et qu’il y a des violences sexistes et sexuelles qui sont commises par les garçons". Aussi, la porte-parole d'Osez le féminisme le rappelle : il faut, selon elle, supprimer les préconisations vestimentaires à destination des filles et mettre en place un certain nombre de sanctions quand il y a des comportements sexistes de la part de garçons, "pour que les filles puissent enfin venir en jupe à l'école, mais surtout venir en jupe en toute tranquillité… Et ça, ce n'est pas encore gagné".

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