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Un projet d'oléoduc menace des communautés locales en Afrique de l'Est

Plusieurs entreprises gazières, dont Total, prévoient de forer 419 puits de pétrole principalement dans l'aire protégée de Murchison Falls, en Ouganda.
Plusieurs entreprises gazières, dont Total, prévoient de forer 419 puits de pétrole principalement dans l'aire protégée de Murchison Falls, en Ouganda. © Yasuyoshi Chiba, AFP

Un projet d'oléoduc géant, porté par plusieurs entreprises dont Total, prévoit d'acheminer, dans les prochaines années, du pétrole depuis l'Ouganda jusqu'au port tanzanien de Tanga. Un projet titanesque que les associations écologistes ne cessent de combattre.

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Les cours du pétrole peuvent bien s'effondrer, ils n'altèrent en rien les ambitions des groupes pétroliers. Un projet d'envergure en Afrique de l'Est, baptisé "Tilenga", peut en témoigner : le géant de l'énergie prévoit l'exploitation de gisements, principalement situés dans l'aire protégée de Murchison Falls en Ouganda, et l'acheminement de pétrole par un oléoduc de 1 445 kilomètres. Une construction titanesque opérée par Total en partenariat avec les sociétés chinoise CNOOC et britannique Tullow, qui a interpellé jusqu'aux Nations unies. À terme, la construction, qui inquiète également nombre d'associations écologistes, devrait transporter près de 200 000 barils par jour.

Discuté depuis des années, le tracé de l'oléoduc est désormais confirmé : il reliera des gisements situés à l'ouest de l'Ouganda, dans la région du lac Albert jusqu'au port de Tanga, dans l'océan Indien, en Tanzanie. Les travaux considérables qu'exige ce vaste réseau de pipelines doivent débuter d'ici la fin d'année. Les présidents tanzanien John Magufuli et ougandais Yoweri Museveni ont signé, dimanche 13 septembre, un accord en ce sens. Le projet, aussi ambitieux que coûteux (3,5 milliards de dollars), "va non seulement créer des emplois, mais aussi promouvoir la coopération régionale et stimuler le développement économique dans les zones traversées par l'oléoduc", s'est félicité John Magufuli.

Sur le papier, la Tanzanie table même sur la création de 10 000 emplois. Mais la réalisation d'un tel projet ne pourra se faire sans affecter l'écosystème et les modes de vie des habitants, ont averti la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) et l'ONG Oxfam. Inquiètes, les organisations ont appelé, dans deux rapports publiés le 10 septembre, les gouvernements ougandais et tanzaniens à revoir leur copie et à "écouter les communautés" concernées.

Au moins 12 000 familles expropriées

"On estime qu'avec ce projet, au moins 12 000 familles vont perdre une partie ou la totalité de leur terres", détaille auprès de France 24 Sacha Feierabend, consultant Mondialisation et Droits humains à la FIDH. "Concrètement, les entreprises font du porte-à-porte sur place, rachètent des terres, promettent de réinstaller les habitants dans de nouveaux villages et de leur redonner un terrain". Mais au delà de la dureté que peut représenter une telle expropriation pour certaines familles, les "compensations" promises par les entreprises peinent à satisfaire les habitants. 

"On ne prend pas en considération leurs coutumes, ni leurs façons de vivre. On observe par exemple dans certains villages d'Ouganda, où des familles ont déjà été réinstallées, que des clans ont été mélangés et doivent désormais vivre les uns sur les autres. Enfin, certains biens communs, comme des terrains de pâturage partagés avec les voisins ou des puits, n'ont pas pu être déplacés, ce qui fragilise aujourd'hui le quotidien de chacun", déplore le représentant de la FIDH. 

Autre inquiétude soulevée par les organisations, la qualité de l'air et de l'eau pourraient à leur tour se voir menacées. "Des activités d'exploration pétrolière menées il y a quelques années en Ouganda avaient déjà rendu l'accès à l'eau potable plus compliqué. Il n'y a aucune raison pour que cela se passe différemment aujourd'hui. N'importe quelle fuite pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les lacs et les rivières aux alentours", insiste Sacha Feierabend. 

Total devant la justice

La menace est d'autant plus sérieuse que le projet prévoit le forage de 419 puits de pétrole situés... près du lac Albert, l'un des plus grands lacs africains. "Il s'agit d'un écosystème exceptionnel, qui permet à des milliers de pêcheurs de pouvoir vivre de leurs ressources. Il est alors crucial d'empêcher le forage dans ces zones protégées", ajoute-t-il. 

Si pour l'heure rien ne semble entraver le projet, Total devra toutefois défendre son action devant la cour d'appel de Versailles, le 28 octobre prochain. Les ONG françaises Les Amis de la Terre et Survie, ainsi que les associations ougandaises Afigeo, Cred, Nape et Navoda avaient assigné, le 23 octobre 2019, le géant du pétrole en référé afin de dénoncer les conséquences de cet oléoduc. Elles reprochent notamment à Total de ne pas respecter la loi sur le devoir de vigilance des multinationales en ayant exproprié des habitants de leurs terres avant qu'ils ne reçoivent d'indemnisation. 

>> À lire aussi : Total poursuivi pour les actes de ses sous-traitants en Ouganda

Le tribunal civil de Nanterre s'était déclaré, le 30 janvier, incompétent pour juger l'affaire. Une "mauvaise nouvelle" pour les ONG qui ont décidé de faire appel "face à l'urgence de la situation". Le temps presse, mais l'espoir d'un revirement perdure pour les associations. "Les gens se saisissent du débat et le sujet mobilise, cela nous rassure, mais désormais nous avons besoin d'actes forts", conclut Sacha Feierabend.

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