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Conspiration autour d’un labo à Wuhan : tous les chemins mènent à Steve Bannon

Steve Bannon a œuvré pour promouvoir une étude fumeuse censé donner une vernis scientifique à une théorie du complot suggérant qu'un laboratoire en Chine est à l'origine de la propagation du coronavirus Sars-cov-2
Steve Bannon a œuvré pour promouvoir une étude fumeuse censé donner une vernis scientifique à une théorie du complot suggérant qu'un laboratoire en Chine est à l'origine de la propagation du coronavirus Sars-cov-2 REUTERS - Carlo Allegri

Une étude très controversée d’une virologue chinoise, publiée lundi, a cherché à donner un vernis scientifique à la théorie du complot selon laquelle un laboratoire chinois est à l’origine du Covid-19. Mais en coulisses, c’est Steve Bannon, l’ex-stratège en chef de Donald Trump, qui est à la manœuvre.

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C’est l’une des théories du complot de l’ère Covid-19 les plus connues. Les folles allégations que le virus Sars-CoV-2  viendrait d’un laboratoire militaire chinois à Wuhan ont fait les délices des conspirationnistes depuis le début de la pandémie. Mais ce que l’on sait moins, ce sont les efforts de Steve Bannon, l’ex-stratège en chef du président américain Donald Trump, pour continuer à l’alimenter en coulisses.

Dernière preuve en date : une étrange étude “scientifique” mise en ligne, lundi 14 septembre, sur le portail d’auto-publication scientifique Zenodo. Une équipe de chercheurs chinois, menée par la virologue Li-Meng Yan, y affirment que des “caractéristiques inhabituelles du génome du Sars-CoV-2 suggèrent des manipulations génétiques sophistiquées” plutôt qu’une origine naturelle. 

Invitée sur Fox News

De quoi relancer illico la machine à fantasmes et plusieurs médias conservateurs établis, comme le Daily Mail britannique ou le New York Post, ont consacré un article à cette publication qui n’a, pourtant, pas été évaluée par d’autres chercheurs, comme c’est la coutume avant toute publication scientifique. Fox News a même laissé Li-Meng Yan développer sa thèse, mercredi 16 septembre, durant la très populaire émission de l’animateur pro-Trump Tucker Carlson.

Face à cette montée en puissance médiatique, Science Media Center, un portail britannique de communication scientifique, a jugé nécessaire de faire réagir plusieurs chercheurs de renom à ces allégations. Tous relèvent les incohérences, approximations et conclusions hâtives de l’étude.

De plus, au-delà de l’aspect scientifique, Kévin Bird, un scientifique américain, a été le premier à attirer l’attention, sur Twitter, sur les liens entre Li-Meng Yan et Steve Bannon.

Les travaux de la virologue chinoise ont, en effet, été financés par la  Rule of Law Society et la  Rule of Law Foundation, deux organisations cofondées par l’ancienne éminence grise du président américain et figure centrale de l’extrême droite aux États-Unis, rappelle le site Daily Beast. Steve Bannon était même, jusqu’à sa récente inculpation pour fraude en août, le directeur de ces instituts, dont le but affiché est de “libérer les Chinois du joug du régime de Pékin”. Ces deux entités n’ont jamais soutenu de travaux de recherche avant ceux de Li-Meng Yan.

Coup médiatique préparé de longue date

La rencontre de la chercheuse, en froid avec les autorités chinoises, avec Steve Bannon semblait inévitable en ces temps de désinformation autour de la pandémie. Li-Meng Yan affirme qu’elle a été contrainte de quitter la Chine en avril, après avoir subi des pressions de la part des autorités parce qu’elle remettait en cause la thèse officielle de l’origine du Covid-19. Elle répète, en effet, depuis janvier, sur Internet, que l’hypothèse du virus qui se serait propagé depuis un marché à Wuhan ne lui semble guère plausible, a découvert le journal Libération.

Steve Bannon a, lui aussi, très rapidement plongé dans le bain des conspirations faisant du laboratoire de Wuhan le “Ground Zero” du Sars-Cov-2. Il donne régulièrement la parole, dans son podcast sur la pandémie, à des partisans de cette thèse, rappelle le Daily Beast.

Pour l’ex-conseiller du président américain, Li-Meng Yan était du pain bénit. Sur le papier, déjà, elle présente très bien. Elle est réellement docteur en médecine, et a travaillé pour la prestigieuse université de Hong Kong. Avant de s’autoproclamer lanceuse d’alerte sur les origines du virus, Li-Meng Yan avait même participé à des études sérieuses sur le Sars-Cov-2, publiées dans des revues scientifiques de premier plan comme Nature et The Lancet.

Les chemins de ces deux individus se sont probablement croisés peu avant l’été. En juillet, Steve Bannon assurait au Daily Mail que des scientifiques chinois ayant connaissance de ce qui se passait dans le laboratoire de Wuhan avaient fui la Chine pour révéler la vérité au monde. Un mois plus tard, il invitait Li-Meng Yan à participer à son podcast.

La publication de l’étude semble donc avoir été un coup médiatique préparé de longue date. Elle a aussi été accompagnée par une offensive éclair sur les réseaux sociaux pour assurer une propagation la plus large possible de cet article fumeux. Des centaines de comptes Twitter ont  rapidement partagé des liens vers une poignée de sites américains d’extrême droite qui avaient, opportunément, publié des articles à la gloire des travaux de Li-Meng Yan quelques instants après la mise en ligne de ses travaux. “Je trouve alarmant de constater à quel point ces réseaux sont bien organisés pour diffuser leur désinformation à un moment où la communauté scientifique sérieuse a le plus grand mal à convaincre le public”, regrette, sur Twitter, le scientifique Kevin Bird.

Un milliardaire chinois, troisième pièce du puzzle

Les raisons de cette offensive de Steve Bannon peuvent paraître évidentes. Une théorie du complot qui suggère que des scientifiques chinois, dans un laboratoire militaire, sont à l’origine de la pandémie fait le jeu de son protégé politique, Donald Trump. Le locataire de la Maison Blanche a, en effet, transformé sa croisade anti-chinoise en arme électorale. 

Mais il y a un troisième larron dans l’histoire :  Guo Wengui, milliardaire chinois en exil et associé de Steve Bannon. Il est l’autre cofondateur des deux organisations qui ont financé les travaux de Li-Meng Yan. Depuis son arrivée aux États-Unis en 2015, il met tout en œuvre pour discréditer le régime chinois qu’il tient pour responsable de ses revers de fortune. De son côté, Pékin l’accuse de corruption et en a fait “l’un des fugitifs les plus recherchés”, souligne le Wall Street Journal

À cet égard, Li-Meng Yan peut représenter un pion précieux dans la bataille de Guo Wengui contre les autorités chinoises. Ce n’est, d’ailleurs, pas un hasard si l’un des premiers sites à avoir relaté l’étude de la virologue chinoise ait été G News, un portail d’informations créé par le milliardaire chinois dans le seul but “de révéler l’ampleur de la corruption” des élites chinoises. Site pour lequel Steve Bannon a, d’ailleurs, été un temps chroniqueur…

L’arrière-cuisine de cette publication “scientifique” controversée illustre à quel point des théories du complot, dont l’extravagance peut parfois prêter à sourire, sont souvent des armes entre les mains d’acteurs qui ont des motivations bien plus sérieuses. Et qui, elles, ne font pas du tout sourire, comme mettre de l’huile sur le feu des tensions sino-américaines.

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