"Là, on savait qu'il y avait un truc grave" : il y a six mois, le réveil dans une France confinée

Une joggeuse longe la Seine au 4e jour du confinement mis en place pour ralentir l'épidémie du Covid-19, à Paris, le 20 mars 2019
Une joggeuse longe la Seine au 4e jour du confinement mis en place pour ralentir l'épidémie du Covid-19, à Paris, le 20 mars 2019 © Bertrand Guay, AFP

Le 17 mars 2020, au lendemain de l'allocution du président Emmanuel Macron, des mesures de confinement de la population française visant à lutter contre la propagation du Covid-19 dans le pays entraient en vigueur. De la "surprise" à  "l'angoisse”, quelques confinés se remémorent, six mois après, ce moment inédit. Témoignages.

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"Dès demain midi, et pour quinze jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits" : le 16 mars 2020, Emmanuel Macron s'exprimait pour annoncer le confinement de la population française à compter du lendemain, le 17 mars. Le moment est grave pour l'exécutif : il s'agit alors d'enrayer la propagation du Covid-19 afin de ne pas arriver à saturation dans les hôpitaux français.

Pour cela, des mesures visent à réduire au maximum les interactions sociales des Françaises et Français. "Le mot d'ordre est clair : restez chez vous !", déclare d'ailleurs le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, après l'allocution d'Emmanuel Macron. Il y a six mois, chacun vivait ce moment particulier à sa manière, sans savoir que ces "quinze jours au moins", s'étendraient sur près de huit semaines (55 jours au total) pour se terminer le 11 mai 2020.

"Mon mari et moi sommes allés en ville pour faire nos courses ce jour-là [le 17 mars]", explique Evelyne, 63 ans, qui vit dans un village dans l'Eure, à proximité d'une ville d'environ 9 000 habitants. "Le premier ressenti quand on est arrivés, ça a été le vide. Pas de voitures, personne sur les trottoirs… On a senti qu'il s'était passé quelque chose et que tout le monde restait chez soi. Habitant à la campagne, nous sommes, très vite, rentrés chez nous. Une autre vie commençait."

L'interdiction de se déplacer, sauf cas exceptionnels, entre peu à peu en vigueur le 17 mars à midi, avec "une tolérance" de la part des services de police et de gendarmerie. "Notre seul contrôle d'attestation, ça a été ce jour-là", explique Evelyne. "On sentait que la police municipale n'était pas bien au courant, c'était tout nouveau aussi pour eux. Nous ne voulions pas qu'ils prennent en main notre document. De plus, ils ne respectaient pas le geste barrière d'un mètre minimum."

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D'autres personnes ont été prises de court par l'enchaînement des événements qui ont conduit à ce confinement. "Quand ils l'ont annoncé, au début, je n'ai pas vraiment compris ce qu'il se passait", reconnaît Pierre, 34 ans, qui vivait alors à Cannes (Alpes-Maritimes). Cet amateur de cyclisme "ne savait pas alors si on pouvait sortir ou pas". Et il ajoute : "J'étais chez moi, je me préparais à ne pas me montrer pendant une semaine, mais je ne m'attendais pas du tout à ce que cela prenne ces proportions [près de deux mois de confinement, NDLR]."

"Je ne sais pas quand c'est la prochaine fois que je vais revoir mes proches"

Romain M., 33 ans, a lui aussi été pris au dépourvu dans le cadre de son travail – journaliste indépendant à Paris – au moment du confinement. "Ces jours-là ont été un énorme ascenseur émotionnel", explique-t-il. "Je devais partir quelques jours après le confinement pour 20 jours de reportage dans une zone de guerre. Les pays en question ayant fermé leurs frontières, je me suis retrouvé coincé. Je suis passé d'une phase de préparation mentale à l'entrée sur une zone où je risquais potentiellement de me retrouver sous le feu… À l'enfermement dans mon appartement, avec mon chat et des bouquins."

La plupart des personnes contactées par France 24 avaient senti le vent tourner avant la journée du 17 mars. C'est le cas de Morgane, 30 ans, qui vit à Paris et pour qui "le vrai tournant" a été l'annonce, le jeudi 12 mars, de la fermeture, des crèches, écoles, collèges, lycées et universités dès le lundi suivant. "Là, on savait qu'il y avait vraiment un truc grave. Je n'avais jamais vu ça de mon vivant, ça a été un énorme choc", se souvient-elle. "On n'avait aucune visibilité,on ne savait pas combien de temps ça allait durer… Et cela m'a rendu un peu dingue de me dire : 'Je ne sais pas quand c'est la prochaine fois que je vais revoir mes proches'."

Morgane, qui se dit "hypocondriaque", "paniquai[t] alors au moindre mauvais ressenti", comme le dimanche 15 mars, lorsqu'elle est allée voter pour le premier tour des élections municipales : "Je n'ai jamais voté avec autant d'angoisse, je flippais dès que je voyais une personne trop proche de moi." Elle ajoute à cela "la communication du gouvernement", qui a aussi été pour elle "une source d'angoisse". La fermeture des écoles le 12 mars, la fermeture des bars et restaurants quasi immédiate dès le 14 au soir, le maintien des élections municipales le 15, les annonces présidentielles du 16... "C'était d'une grande violence, la façon dont le confinement a été annoncé, de vraies montagnes russes émotionnelles", estime-t-elle.

Pour Pierre, qui est professeur, la fermeture des écoles a aussi été un point de basculement. "On la sentait venir depuis quelques jours, on ne savait plus trop où on en était, j'étais donc peu surpris par cette annonce", se souvient-il. Il pensait, cependant, que le confinement ne durerait véritablement "que deux semaines". Et il se rappelle sa sortie à vélo, le dimanche 15 mars, sur la Côte d'Azur : "Je trouvais qu'il y avait énormément de gens dans les rues, comme s'ils sentaient qu'ils allaient être enfermés et qu'ils n'allaient pas pouvoir y échapper."

D'autres personnes, comme Evelyne et son mari, ont réalisé un peu plus tôt que la situation ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices. "Je fais des activités sportives, et quand on arrive, c'est : la bise 'comment tu vas'… C'est la tape sur l'épaule", se remémore-t-elle. "Et là, début mars, j'avais commencé à prendre du recul et à dire : 'Ben non… Il vaut peut-être mieux qu'on fasse attention'. Il y avait alors eu des réactions sur le mode 'Oh… C'est une rumeur…C'est rien… Tu te fais des idées !' On était le 9 mars. Huit jours plus tard, on était confinés."

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