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Meurtre d'humanitaires au Niger : "L'Afrique est désormais l'épicentre du jihad"

La branche ouest-africaine du groupe État islamique a revendiqué le meurtre de six Français et deux Nigériens le 9 août dernier au Niger,
La branche ouest-africaine du groupe État islamique a revendiqué le meurtre de six Français et deux Nigériens le 9 août dernier au Niger, © Boureima Hama, AFP
6 mn

L'organisation État islamique a revendiqué jeudi l'assassinat au Niger des six humanitaires français et de leurs deux guides au Niger. Analyse avec Wassim Nasr, chroniqueur à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes.

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La tuerie avait choqué la France et le Niger au cœur de l'été. La propagande de l'organisation État islamique a revendiqué jeudi 17 septembre l'assassinat au Niger le 9 août de huit personnes, dont six humanitaires français et deux Nigériens. Les jeunes humanitaires français, deux hommes et quatre femmes, avaient été assassinés avec leur chauffeur et leur guide nigériens par des hommes armés à moto le 9 août, alors qu'ils visitaient la réserve de girafes de Kouré, à 60 km au sud-est de la capitale Niamey, où ils étaient basés. Décryptage avec Wassim Nasr, journaliste à France 24 spécialiste des mouvements jihadistes et auteur chez Plon de "État Islamique, le fait accompli".

Quelle est la crédibilité de cette revendication tardive de la part de l'organisation État islamique ?

Wassim Nasr : Cette revendication est totalement crédible dans la mesure où elle est accompagnée d'une photo prise pendant l'attaque. Ce cliché diffère de ceux des dépouilles que l'on a vu circuler juste après l'attentat. En arrière-plan, on y voit des silhouettes totalement floutées : ce sont les femmes. Au premier plan, les hommes déjà blessés sont aisément reconnaissables et s'apprêtent à être exécutés. Il est probable que ces photos soient en réalité des captures d'écran d'une vidéo, mais celle-ci pourrait ne jamais être publiée en raison de la présence de femmes.

La revendication est certes tardive mais il n'y a pas vraiment de règle en la matière. L'organisation État islamique avait mis deux ans avant de revendiquer l'attaque de Tongo Tongo en octobre 2017, où quatre soldats américains avaient été tués. La revendication peut être tardive car l'attaque a probablement été perpétrée par un groupement itinérant. Donc, l'image a pu mettre du temps à être remontée aux services de propagande de l'organisation.

Que cherchaient les terroristes en s'attaquant à des humanitaires et à leurs accompagnateurs ?

S'il s'agit bien d'un groupe itinérant de l'organisation État islamique, il a probablement été poussé vers cette zone en raison de la pression militaire de la force Barkhane et du conflit dans la zone des trois frontières [Mali, Burkina Faso, Niger]. Le véhicule des humanitaires était clairement identifié comme tel. C'est sans doute ce qui a poussé ces terroristes à les attaquer. L'organisation État islamique multiplie les attaques contre les ONG occidentales.

En cela, il diffère d'Al-Qaïda, qui est davantage dans une logique d'implantation dans les populations locales. Or, une tuerie d'Occidentaux ne peut qu'aliéner celles-ci puisqu'elle entraine une perte d'aides et de capitaux. Enfin, le mode d'action d'Al-Qaïda est davantage la prise d'otages alors que l'organisation État islamique n'en a pas les moyens matériels actuellement.

L'implantation en Afrique de l'organisation État islamique est-elle nouvelle ?

L'Afrique est devenue l'épicentre du jihad que ce soit pour Al-Qaïda ou pour et l'organisation État islamique. Cette dernière est implantée territorialement dans plusieurs endroits en Afrique : elle possède une filiale au lac Tchad dont dépend celle du Sahel, une autre au Sinaï et une troisième en Afrique centrale, dans une zone englobant la RD Congo et le Mozambique, pays où le groupe tient plusieurs localités comme Mocimboa da Praia. Il y a également ce qu'on peut appeler des cellules locales, capables d'organiser des attaques sporadiques ou attentats dans plusieurs autres pays : Tunisie, Algérie, Libye…

Malgré la perte de son sanctuaire en Irak et Syrie, l'organisation État islamique continue son expansion. Celle-ci était préexistante à cette chute mais on s'y intéressait moins en raison de l'existence préoccupante de ce proto-État au Levant. Le meilleur exemple est la Libye. Au moins un émissaire y a été envoyé dès 2013 à Syrte, puis des combattants vers Derna en 2014. Abou Nabil al-Anbari, un proche collaborateur de Baghdadi, les a ensuite rejoints, ce qui constitue une preuve irréfutable de l'intérêt et des visées dans la région de l'organisation, alors qu'elle est déjà en guerre sur plusieurs fronts au Levant.

On a vu aussi un groupe au Sinaï lui prêter allégeance en 2014, tout comme Boko Haram, en Afrique de l'Ouest, l'a fait en 2015. On retrouve la mention à une branche d'Afrique centrale dans un discours d'Abu Bakr al-Baghdadi dès 2018. Pour s'implanter, l'organisation État islamique ne sort jamais de nulle part, elle s'appuie sur les dynamiques des groupes locaux. Et avant que sa présence ne soit révélée dans une région, il y a toujours un travail effectué par l'organisation en amont.

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