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Polémique en France après l’audition d'une syndicaliste étudiante voilée à l'Assemblée

Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat l'Unef, le 2 mai 2018, à Paris.
Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat l'Unef, le 2 mai 2018, à Paris. © AFP (Archive)
Texte par : Bahar MAKOOI
10 mn

La présence de Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat étudiant l’Unef et musulmane voilée, invitée par une commission de l'Assemblée nationale, jeudi, n'a pas été appréciée par certains députés de droite et une élue LREM. Ils ont quitté les lieux en signe de protestation, accusant la jeune femme d'"acte communautariste délibéré".

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Le voile de cette jeune française, investie dans la vie étudiante, se retrouve une nouvelle fois au centre d’une polémique. Invitée à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une audition sur les effets de la crise du Covid-19 sur la jeunesse, Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat étudiant de gauche l’Unef, a été vivement prise à partie, jeudi 17 septembre, par quelques députés LR et une élue LREM.

Plusieurs parlementaires ont quitté la salle avec fracas pour marquer leur indignation face à la présence de la jeune musulmane voilée. Après la prise de parole de Maryam Pougetoux, le député du Pas-de-Calais (LR) Pierre-Henri Dumont, faisant un "rappel au règlement", s'est insurgé contre le voile porté par l’étudiante, en estimant qu'il s'agissait d'un "acte communautariste délibéré" qui enfreignait "le principe de laïcité auquel doit s'astreindre notre Assemblée".

Pourtant, aucune loi n’impose à cette jeune musulmane d’ôter son voile une fois franchi le perron de l’Assemblée nationale, tout comme il est autorisé dans “l’espace public”. Déplorant un mauvais procès, la présidente de la commission, l'élue de Haute-Garonne, Sandrine Mörch, a d’ailleurs rappelé à ses collègues qu'"aucune règle n'interdi[sait] le port de signe religieux pour les personnes auditionnées".

 Anne-Christine Lang, députée de Paris et seule représentante LREM à avoir rejoint les élus LR hors de la salle, n’est pas du même avis. "En tant que députée et féministe, attachée aux valeurs républicaines, à la #laïcité et aux #droitsdesfemmes, je ne peux accepter qu'une personne vienne participer à nos travaux à l'#AN en hijab, qui reste pour moi une marque de soumission", a-t-elle indiqué dans un tweet.

Latifa Ibn Ziaten huée pour son voile 

En tant que représentante de l’Unef, Maryam Pougetoux avait été conviée à cette audition, avec les homologues d’autres syndicats, afin d’être entendue sur l’impact de la crise du Covid-19 sur les étudiants de France. Ces échanges doivent nourrir les travaux d’une nouvelle commission d'enquête créée "pour mesurer et prévenir” les effets de cette crise “sur les enfants et la jeunesse", à l'initiative de la députée communiste Marie-George Buffet, de Seine-Saint-Denis, qui en est la rapporteure.

“S’en prendre à une étudiante voilée, représentante élue de l’Unef et l’empêcher de représenter les étudiant·e·s à l'AssembleeNat ce n’est ni féministe ni républicain, c’est islamophobe !” a retorqué sur twitter Mélanie Luce, la présidente de l’Unef. Elle a dit regretter que sa comparse qui “venait parler d’un sujet sérieux” n’ait été remarquée que pour son voile. 

La présidente de la commission, Sandrine Mörch, a rappelé, pour sa part, qu'elle ne laisserait pas "ce faux débat autour du voile rentrer dans cette commission, censée travailler sur l'avenir et le présent de la jeunesse, dans une situation très compliquée".

Pourtant, Maryam Pougetoux n’est pas la première femme voilée invitée à s’exprimer à l’Assemblée nationale. Latifa Ibn Ziaten, la mère du soldat Imad Ibn Ziaten, assassiné par le terroriste Mohammed Merah en 2012, avait pris la parole lors d'une rencontre sur la laïcité. Mais cette fois encore, le voile avait suscité de vives réactions. Deux participants de la conférence avaient quitté la salle après avoir hué la mère de famille

Le camps Macron divisé 

À la suite de l’incident de ce jeudi, plusieurs députés ont appelé à un durcissement des règles autorisant le port de signes religieux dans l'espace parlementaire, dont la députée Anne-Christine Lang, qui a émis l'idée "que l'on soit débarrassé de tout signe religieux lorsque l'on vient s'adresser à la représentation nationale" avec, à la clef, un changement du règlement.

Cette querelle sur le port du voile fait ressurgir un débat qui divise la société française depuis l'affaire des "foulards de Creil" en 1989, ceux de trois adolescentes, exclues d'un collège. Première polémique sur le voile islamique. Il refait surface cette fois-ci, à quelques semaines d’un projet de loi contre le séparatisme, prévu pour l'automne, dont les débats s’annoncent houleux, tant le sujet réveille les dissensions au sein du parti LREM sur les questions de laïcité et de diversité. 

“Si à partir d’un moment la représentation nationale choisit de ne pas auditionner la diversité française, j’en serais très très gêné”, a réagi le député macroniste d’Ille-et-Vilaine Gaël le Bohec, en désaccord avec l’attitude de ses collègues. 

Une position partagée par le député LREM de Marseille, Saïd Ahamada, sur twitter : “Je me désolidarise de la décision de boycott de ces députés ! Cette étudiante n’a enfreint aucune loi. Peu importe ce que l’on pense du voile, les députés que nous sommes doivent donner l’exemple en respectant la loi, et accepter la contradiction”.

“Moi, je n’aurais pas agi comme ma collègue [Anne-Christine Lang]. En matière de laïcité, il faut respecter la loi, toute la loi, rien que la loi. Il ne faut pas hystériser les débats”, a estimé pour sa part le délégué général de LREM, Stanislas Guérini, pointant “une sorte de piège médiatique dans lequel on rentre systématiquement et où chacun va aller de sa parole la plus forte.”

Harcèlement sur les réseaux sociaux

Trop tard, l'incident qui n'a duré que quelques minutes, jeudi matin, a déjà dépassé les murs du palais Bourbon et agite les réseaux sociaux. D’autant que Maryam Pougetoux avait déjà été au cœur d'une polémique en 2018 lorsque plusieurs personnalités politiques, dont Marlène Schiappa, alors secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, avaient critiqué l'Unef pour avoir désigné une étudiante voilée comme porte-parole à l'époque.

L’ex-ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait alors jugé "choquant" que la dirigeante de l'Unef porte un voile islamique et avait dénoncé une forme de "prosélytisme". Des propos que Maryam Pougetoux avait jugés “pathétique de la part d'un ministre de l'Intérieur” et “violents”. La jeune militante, arrière-petite-fille de résistants français, expliquait alors porter le voile "par choix, par conviction religieuse, mais dans le respect de la loi, dans le respect d'autrui". “Sachant que mon voile n'a aucune fonction politique. C'est ma foi. Après oui, c'est visible, mais ce n'est pas pour autant du prosélytisme. Je dois presque me justifier de mon choix alors que je ne devrais pas", avait-elle déclaré sur Buzzfeed, après avoir gardé le silence plusieurs jours. 

Cette fois encore, l’étudiante de 20 ans reste silencieuse. “Elle a déjà subi une immense vague de harcèlement en 2018, avec publication de son adresse sur les réseaux sociaux etc. Malgré tout, elle a gardé le courage de continuer à s’investir pour les étudiants, on est donc scandalisés de voir que ça se reproduit, et tout ça parce que des députés confondent laïcité et islamophobie”, regrette la présidente de l’Unef.

Avec AFP

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