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États-Unis : la juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg est morte, bataille politique en vue

La juge progressiste et doyenne de la Cour suprême américaine, Ruth Bader Ginsburg, le 1er juin 2017 à Washington.
La juge progressiste et doyenne de la Cour suprême américaine, Ruth Bader Ginsburg, le 1er juin 2017 à Washington. © Jonathan Ernst, Reuters
10 mn

Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour suprême américaine, s'est éteinte vendredi à l'âge de 87 ans. Cette juge progressiste, icône féministe, a marqué l'Histoire en luttant notamment pour l'égalité des sexes. Elle laisse un siège vide dans une institution que le président républicain Donald Trump a promis de remplir de juges conservateurs.

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"Notorious RBG" n'est plus. La juge Ruth Bader Ginsburg a succombé à un cancer du pancréas à l'âge de 87 ans, a annoncé la Cour suprême des États-Unis vendredi 18 septembre. La doyenne de cette institution avait fait des séjours répétés à l'hôpital ces derniers temps. Sa santé était scrutée de près par le camp progressiste aux États-Unis, qui la considère comme une icône de la lutte féministe, championne de la cause des femmes, des minorités ou encore de l'environnement.

Son décès donne au président républicain Donald Trump l'opportunité de désigner un successeur conservateur. Il s'apprêterait à le faire dans les prochains jours, selon les médias américains. Début septembre, il avait dressé une liste de potentiels candidats, pour la plupart opposés à l'avortement et favorables au port d'arme. Les sénateurs républicains Ted Cruz, Josh Hawley et Tom Cotton en font partie. Mais c'est de la juge Amy Coney Barrett, appréciée des milieux religieux, dont les médias américains parlaient le plus vendredi soir.

Ce sera ensuite au Sénat de confirmer le choix du président. Donald Trump pourra s'appuyer sur une majorité républicaine à la Chambre haute, bien que la position d'une poignée d'élus modérés ne soit pas encore claire sur le fait de confirmer un juge si près de l'élection présidentielle du 3 novembre.

En cas de succès, la Cour suprême serait composée de six juges conservateurs contre trois juges progressistes. L'enjeu est majeur : cette institution a le dernier mot sur tous les sujets qui divisent les Américains, comme l'avortement, le droit des minorités, le port d'arme ou encore la peine de mort.

Les démocrates veulent attendre

Les prochaines semaines pourraient donc donner lieu à une furieuse bataille politique. Selon la radio publique NPR, Ruth Bader Ginsburg avait formulé le souhait, quelques jours avant sa mort, de ne pas être "remplacée avant qu'un nouveau président soit investi".

En février 2016, la mort du juge conservateur Antonin Scalia avait donné lieu à une bataille du même genre. À l'époque, le patron du Sénat, Mitch McConnell, avait réclamé au président démocrate Barack Obama de ne pas nommer de successeur et d'attendre l'élection présidentielle. Il avait obtenu gain de cause.

Vendredi soir, le patron des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a tweeté la même déclaration, mot pour mot, que Mitch McConnell à l'époque : "Le peuple américain devrait avoir son mot à dire sur le choix du prochain juge de la Cour suprême. Ainsi, ce siège ne devrait pas être pourvu tant que nous n'avons pas un nouveau président."

Un vote aura bien lieu

Mitch McConnell a pourtant confirmé dans la soirée de vendredi qu'un vote serait bien tenu au Sénat une fois que le président Trump aura fait son choix.

Tous les yeux sont donc tournés vers une poignée de sénateurs républicains modérés. Juste avant l'annonce de la mort de "RBG", la sénatrice républicaine de l'Alaska Lisa Murkowski a déclaré à un média local qu'elle refuserait de voter la confirmation d'un juge à la Cour suprême si près du scrutin présidentiel.

Vendredi soir, les médias américains attendaient avec impatience une déclaration du sénateur de l'Utah Mitt Romney, un fervent opposant à Donald Trump, ainsi que de la sénatrice du Maine Susan Collins.

Donald Trump, lui, a tenu un meeting dans le Minnesota vendredi soir. Il a appris la nouvelle à l'issue de celui-ci et déclaré aux journalistes que Ruth Bader Ginsburg avait "mené une vie formidable" et "était une femme formidable, qu'on soit d'accord avec elle ou pas". Dans un communiqué, il a ensuite salué un "titan du droit". Mais il n'a fait aucun commentaire sur la suite des événements.

"Notorious RBG"

"RBG", nommée en 1993 à la Cour suprême par le président Bill Clinton, avait atteint depuis une dizaine d'années un statut de superstar, notamment auprès des jeunes Américains progressistes qui lui vouaient un culte inédit. Au point de gagner le surnom de "Notorious RBG" en référence au rappeur Notorious BIG.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des centaines de personnes se sont rassemblées devant la Cour suprême à Washington pour lui rendre hommage. Son parcours force l'admiration de nombreux Américains. Issue d'une famille juive de Brooklyn, elle commence ses études à l'Université de Cornell, où elle rencontre son futur mari, Martin Ginsburg. Elle passe ensuite par les universités d'Harvard et de Columbia, où elle finit major ex aequo de sa promo.

Elle peine pourtant à trouver du travail immédiatement : "J'avais trois choses contre moi. Un, j'étais juive. Deux, j'étais une femme. Mais, le plus grave, c'était que j'étais la mère d'un enfant de quatre ans", a-t-elle raconté.

C'est ainsi que Ruth Bader Ginsburg est devenue une militante féministe. Entre 1972 et 1978, elle remporte cinq victoires sur six affaires de discrimination basée sur le sexe plaidées devant la Cour suprême. Elle est accueillie dans cette institution quinze ans plus tard et devient la deuxième femme à y siéger, avec Sandra Day O'Connor.

Depuis, elle s'est distinguée par ses positions progressistes. "Il y aura suffisamment de femmes à la Cour suprême quand elles seront neuf" (le nombre maximal de juges, NDLR), avait-elle l'habitude de répondre aux journalistes.

Elle s'est aussi illustrée par son indépendance. "I dissent" ("Je ne suis pas d'accord"), avait-elle écrit sans ajouter "respectueusement", quand, lors de la présidentielle contestée de 2000, la majorité des juges avait tranché en faveur de George W. Bush. Des mots qui résonnent particulièrement fort à 46 jours d'un scrutin qui pourrait lui aussi être contesté.

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